L’Algérie prévoit une baisse de la facture d’importation des médicaments de 500 millions de dollars sur l’année 2021 en comptant sur la production nationale. Parallèlement, la tension persiste sur le marché national sur certains médicaments indispensables pour les malades. Cette tension se fait ressentir non seulement sur les médicaments importés, mais aussi sur d’autres, pourtant, fabriqués localement, comme l’anticoagulant Lovenox dont le problème persiste au niveau de la Pharmacie centrale des hôpitaux, nous a-t-on affirmé au Syndicat national des pharmaciens d’officine (SNAPO).

PAR INES DALI
L’exemple le plus édifiant de la tension, voire de la pénurie, est celui de la non-disponibilité des médicaments anticancéreux qui n’arrive toujours pas à trouver une solution, et ce, alors que «la pénurie dure depuis plusieurs mois», selon les professeurs en charge des malades, qui n’ont cessé de lancer des alertes quant à ce problème qui semble s’éterniser. Le Pr Kamel Bouzid, chef de service Oncologie au Centre Pierre-et-Marie-Curie (CPMC) du Centre hospitalo-universitaire Mustapha-Bacha et président de la Société algérienne d’oncologie médicale (SAOM) l’a amplement fait savoir, très souvent par des coups de gueules devant son incapacité à soulager les malades en raison du manque flagrant des médicaments.
Même si «la production nationale couvre 66% du marché local», selon le président du SNAPO, Messaoud Belambri, il n’en demeure pas moins que les 34% restants ne sont pas complètement comblés et le déficit en médicaments importés pèse lourd dans l’aggravation de la situation des malades et leur prise en charge. Chose qu’il reconnaît puisqu’il a affirmé, avant-hier, à l’occasion de la tenue de la 14e Conférence nationale de la pharmacie organisée par ce Syndicat, que «le marché fait face à des perturbations non négligeables qui se traduisent par une pénurie de certains produits pharmaceutiques indispensables, notamment en période de crise sanitaire comme celle liée au Covid-19». A ce titre, il y a lieu de citer, encore une fois, le cas des médicaments d’oncologie qui connaissent des ruptures récurrentes et que le premier responsable de ce service au CPMC n’arrive pas à comprendre, qualifiant ces ruptures d’«inacceptables», notamment pour les enfants atteints de cancer qui «guérissent souvent de leur maladie», a-t-il souligné il y a quelques jours, précisant, cependant, que la guérison à de fortes chances de se produire «s’il y a le médicament qu’il faut au moment qu’il faut». Ce qui n’est pas le cas puisqu’ils reçoivent souvent «le médicament sans son antidote» pourtant «nécessaire», car sans cet antidote, le médicament en question devient «inutilisable». Sa collègue, le Pr Houda Boudiaf, chef du service oncologie-pédiatrie, a cité deux médicaments en rupture de stock pour les enfants cancéreux hospitalisés, à savoir la Vincristine et l’Asparaginase. La baisse de la facture des importations des médicaments ne devrait pas se faire au détriment des malades, estime-t-on, même si certaines explications font état de tensions ou pénuries de façon plus marquée en période de crise sanitaire, comme pour le Lovenox qui reste rare au niveau de la PCH. Le Pr Belambri a déjà mis le doigt sur cette rareté qui ne devrait pas exister, expliquant qu’il ne devrait normalement pas y avoir de tension sur cet anticoagulant, mais il se trouve que des gens l’achètent et le stockent chez eux pour différentes raisons, dont celle qui consiste à l’avoir sous la main s’ils venaient à tomber malades, tandis que d’autres ont en fait carrément un business au plus haut de la 3e vague de la pandémie de Covid-19 en le revendant à 8.000 DA.

Une situation qui dure depuis plusieurs années
Quoi qu’il en soit, les raisons des tensions et pénuries sont multiples, mais le malade qui a besoin de médicament et le médecin qui le soigne n’ont pas à s’encombrer de détails qui doivent être réglés à un autre niveau. Ces situations de pénuries en produits pharmaceutiques ne datent pas d’aujourd’hui et le Dr Abdelouahed Kerrar, président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (Unop), l’a bien résumé, soulignant que ce phénomène récurrent dure depuis de très longues années, y compris quand l’Algérie vivait une aisance financière. Il a, toutefois, noté que les pénuries ont touché même les pays les plus développés en cette période de pandémie de Covid-19 qui a aggravé la situation par l’augmentation des prix de certaines matières premières et la hausse vertigineuse des coûts du transport aérien ou maritime. L’Algérie n’a pu, donc, échapper à ce phénomène mondial, a-t-il estimé.
L’Algérie qui a mis en place un ministère de l’Industrie pharmaceutique, après qu’il eut été ministère délégué rattaché à celui de la Santé, mise beaucoup sur la production locale. Actuellement, le nombre des produits pharmaceutiques localement fabriqués a atteint 1.102 sur la liste des Dénominations communes internationales (DCI), tandis que le nombre des produits exclusivement importés s’élève à 247 produits, a annoncé lundi à Alger la secrétaire générale du ministère de l’Industrie pharmaceutique, Mme Drifa Khoudir, lors de la journée nationale de Pharmacie.
Elle a ajouté que «dans le cadre de la régulation du marché des médicaments, à la lumière des développements des tendances des marchés national et international, en ce qui concerne les différents produits pharmaceutiques, en vue de réduire la facture d’importation du secteur, le ministère veille à maitriser les importations sans pour autant entrainer des pénuries de médicaments». Des pénuries pour certains produits sont, pourtant, bien là et il s’agit, maintenant, de rattraper cette situation insoutenable et pour les malades et pour leurs soignants qui les voient souffrir sans pouvoir les soulager. La même responsable, citée par l’APS, a indiqué que parmi les mesures prises par le ministère figurent l’établissement de certificats de régulation et l’élaboration d’un nouveau cahier des charges pour l’importation, ainsi que la création d’une plateforme numérique afin de traiter les programmes de production et d’importation. Il s’agit également de l’accélération de l’enregistrement des premiers médicaments bio-thérapeutiques similaires et des médicaments génériques pour «mettre fin au monopole et réduire les prix des médicaments coûteux. «Depuis janvier 2021, 17 médicaments bio-thérapeutiques similaires ont été enregistrés pour la première fois», a-t-elle révélé. Par ailleurs, des licences d’importation sont accordées pour les médicaments essentiels, en complément de la production locale, a-t-elle dit, évoquant le développement industriel en cours pour se libérer de l’importation. Le gel sur les unités de production a été levé et 60 accréditations ont été accordées. <