Par Feriel Nourine
La production nationale de médicaments a réalisé des performances encourageantes durant l’année 2021. C’est, en tous les cas, le constat que suggèrent les statistiques livrées par le ministère de l’Industrie pharmaceutique à travers une production qui a dépassé les 2,5 milliards d’euros et augmenté de près de 50% en valeur, grâce l’entrée en service de près de 60 lignes de production, ainsi qu’une facture d’importations allégée de 800 millions de dollars. Hier, le ministre du secteur Abderrahmane Djamel Lotfi Benbahmed a fourni d’autres données versées au compte de la même démarche positive. Il dira que «les laboratoires étrangers producteurs et fournisseurs d’insuline ont été convaincus de réduire les prix de 20%, ce qui permettra d’économiser 10 milliards DA/an». Par ailleurs, depuis l’installation du Comité économique intersectoriel, en janvier 2021, «il a été procédé à la révision des prix de 1 654 médicaments et l’enregistrement, pour la première fois, de 38 bio similaires et 16 génériques, outre la production de 83 médicaments localement», a assuré M. Benbahmed, ce qui «permettra d’économiser au moins 30% des recettes», s’est-il réjouit. Evoquant la nouvelle politique pharmaceutique réglementaire, inscrite dans le cadre de la réforme du secteur de l’Industrie pharmaceutique, le ministre a fait état de «l’élaboration de 20 décrets exécutifs, dont 12 ont été publiés et 39 arrêtés ministériels, dont 28 publiés, le reste étant en cours d’examen au niveau du Secrétariat général du Gouvernement».
Les résultats obtenus par le secteur sont le fruit des efforts déployés par les opérateurs s’inscrivant pleinement dans les engagements des hautes autorités du pays qui visent notamment à asseoir une véritable industrie pharmaceutique en mesure d’assurer la couverture, à hauteur de 70%, des besoins nationaux en produits pharmaceutiques, insiste-t-on régulièrement au niveau d’un ministère, créé en 2020 pour mener l’industrie pharmaceutique aux objectifs visés et réduire ainsi la facture des importations en la matière. Sur ce registre, les 800 millions de dollars économisés en 2021 l’ont été grâce aux investissements consentis dans ce domaine et à la politique de régulation du marché engagée, souligne-t-on, tout en mettant en avant la portée d’une telle avancée dans une période marquée par la pandémie de la Covid-19. Mais bien plus que d’avoir résisté à une conjoncture sanitaire peu favorable à l’amélioration des performances des entreprises, tous secteurs confondus, l’industrie pharmaceutique en Algérie s’est dressée en rempart au virus en lançant carrément la production du vaccin anti-Covid-19. Cela s’est passé en septembre dernier au niveau de l’usine Saidal de Constantine, suite au partenariat avec la société pharmaceutique chinoise Sinovac. Une opération qui permet à l’Algérie d’intégrer le cercle restreint des pays producteurs de ce médicament à l’échelle mondiale avec des capacités de production de plus de 8 millions de doses par mois. Alors que Saidal avait laissé entendre qu’il aspirait à produire 200 millions de doses par an à l’unité de Constantine et aller vers l’exportation, pour répondre aux besoins des pays du continent africain notamment, M. Benbahmed a indiqué, hier, que le groupe pharmaceutique national «envisage de produire 96 millions de doses/an du vaccin anti-Covid-19».
S’exprimant devant les membres de la Commission de la Santé, des Affaires sociales, du Travail et de la Formation professionnelle de l’Assemblée populaire nationale (APN), le ministre a assuré que le Groupe se dit prêt à «adapter la quantité de ce vaccin aux besoins nationaux, dans la perspective de se lancer dans l’exportation vers les pays africains». La production locale du vaccin «permettra d’économiser 60% des recettes d’importation», a-t-il encore expliqué. Baptisé Coronavac, ce vaccin ne tardera pas à être commercialisé, a fait savoir, il y a une semaine, l’Agence nationale des produits pharmaceutiques. Ce sera dans «quelques semaines», a indiqué son directeur Kamel Mansouri. Pour l’année 2022, les perspectives pour le secteur s’inscrivent dans la même dynamique de 2021. L’année qui arrive promet, en effet, de nouvelles réalisations au profit de l’industrie pharmaceutique, notamment avec l’entrée en activité du projet de production locale d’insuline, au niveau d’une nouvelle usine à Boufarik (Blida). Laquelle inclut une unité développée de production de trois générations d’insuline dans le cadre d’un projet de partenariat algéro-danois, entre Saidal et les laboratoires Novo Nordisk. Cette nouvelle usine aura une capacité de production annuelle de 12 millions de stylos d’insuline pré-chargés.
Le groupe Saidal compte également entamer la production d’anti-cancéreux en mode full process, en partenariat avec le laboratoire coréen CKD Otto, ce qui lui permettra d’assurer la couverture des besoins en produits d’oncologie qui connaissent régulièrement des perturbations en matière de disponibilité. <