Le grand projet d’exploitation et de transformation du phosphate à l’Est du pays va être financé en très grande partie par des banques chinoises. Celles-ci, selon le conseiller auprès de Sonatrach, Ferhat Ounoughi

, devraient assumer 80% des 6 milliards de dollars nécessaires à la mise en place de ce complexe industriel, devant améliorer le classement de l’Algérie en tant que pays producteur de phosphate et jeter, à l’Est du pays, les bases d’une activité de diversification économique et hors hydrocarbures. Notre pays est actuellement classé 9e producteur mondial de phosphate avec 0,4 million de tonnes produites en 2017. Son potentiel est estimé à 2,200 millions de tonnes, des réserves classées 3es au monde, après le Maroc et la Chine. Ferhat Ounoughi, qui s’est exprimé lors d’une journée d’études sur le dossier et sur « les besoins en ressources humaines qualifiées » pour le projet, a indiqué que les partenaires, actuellement en négociations pour lancer leur société mixte, comptent recourir aux banques chinoises pour avoir les 80% du financement nécessaire, alors que les 20% restants seront assurés par leurs fonds propres. Selon le mémorandum d’entente, signé entre les partenaires du projet en novembre dernier à Tébessa, la société Asmidal (filiale du groupe Sonatrach) détient 34% de ce complexe intégré d’exploitation et de transformation du phosphate, contre 17% pour le groupe Manadjim El Djazaïr (Manal), soit un total de 51% pour la partie algérienne. La partie chinoise, qui détient les 49% restants du projet, comprend le groupe Citic, le Fonds de la Route de la soie (créé par la Chine en décembre 2014), le Fonds sino-africain pour le développement ainsi qu’un technologue à intégrer, qui sera choisi prochainement par les partenaires, a fait savoir M. Ounoughi.

«Les négociations pour la création de la société mixte sont à un stade très avancé», a souligné, selon l’APS, ce conseiller chargé par le gouvernement de mener les négociations au nom de la partie algérienne. De son côté, le P-DG du groupe Manal, Tahar-Chérif Zerarka, a expliqué à la presse que cette société mixte devrait voir le jour durant le premier trimestre 2019, après l’accomplissement de toutes les procédures légales nécessaires, notamment celles liées au Conseil des participations de l’Etat (CPE). Cette joint-venture s’attellera, durant les six mois qui suivront sa création, à la mobilisation des fonds nécessaires et le choix d’un opérateur Engineering, Procurement and Construction/Ingénierie (EPIC), Approvisionnement et Construction. Les travaux, qui seront lancés courant 2019, devraient prendre 42 mois, a avancé M. Zerarka, en soulignant la « complexité » du projet qui nécessitera, par ailleurs, des infrastructures connexes comme l’extension du port de Annaba, la construction de stations de dessalement d’eau de mer et l’installation d’un réseau ferroviaire dont le coût global est estimé à 790 milliards de dinars.
Le mégaprojet intégré d’exploitation et de transformation du phosphate et du gaz naturel s’étend sur cinq wilayas de l’Est du pays, Tébessa, Souk Ahras, El Tarf, Skikda et Annaba, avec des effets indirects sur les wilayas voisines, Guelma, Jijel, Constantine, Oum El Bouaghi, Khenchela et El Oued. Il est réparti sur quatre sites-clés, les gisements de Bled El-Hadba/Bir El-Ater (Tébessa), la plateforme de Oued Kebrit (Souk Ahras), celle de Hadjar Essoud (Skikda) et le port de Annaba. Ce complexe permettra de créer 13 500 emplois pour les besoins de chantiers de réalisation et 2 900 emplois directs pour
la phase d’exploitation, selon l’étude du projet réalisée par trois bureaux spécialisés (allemand, français et indien).