Par Khaled Remouche
L’industrie nationale reste très extravertie en dépit des efforts pour débloquer les entreprises à l’arrêt ou les investissements freinés par la lourdeur de la bureaucratie administrative. On parle ici du caractère peu intégré de l’industrie nationale. Il suffit de décrypter les 4,5 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures réalisés en 2021. Ce sont, analyse un expert, soit des dérivés d’hydrocarbures comme l’ammoniac et l’urée, soit des produits à faible valeur ajoutée, en ce sens que la matière première et les autres intrants constituant l’essentiel du produit sont importés. Ce qui fait dire à l’expert M. Ourabah «la quasi-totalité des biens produits en Algérie s’assimilent à de l’importation déguisée».

Pétrochimie à la traîne
Cette situation, qui se résume à des progrès modestes dans l’intégration de l’industrie nationale, résulte de l’absence d’une politique cohérente de substitution aux importations. L’exemple le plus frappant est celui de la pétrochimie. Après avoir raté le virage de 2007-2008, la pétrochimie nationale ne produit toujours pas les matières premières indispensables à des secteurs comme la plasturgie, la mécanique, l’industrie chimique (détergents et peinture), ne contribuant pas ainsi à l’intégration de ces secteurs. A la source, la mise en oeuvre du plan de développement de la pétrochimie nationale traîne depuis plus de dix ans. Les projets majeurs, à l’exception du complexe de polypropylène, ne sont pas encore lancés alors qu’ils devaient l’être il y a au moins cinq à dix ans. Il s’agit du complexe de méthanol, le steam cracker d’éthane, le complexe PET/PTA, le complexe LAB, les unités d’éthylène et de MBTE à Skikda.
A l’aisance financière de la première décennie 2000 et la moitié de la deuxième décennie 2000 s’est succédé ainsi la difficulté rencontrée actuellement par Sonatrach pour financer ces méga projets. Les spécialistes sont divisés sur les raisons de cet échec : problème de rentabilité, faut-il céder le gaz à un prix bas pour rentabiliser le projet ou non ? difficulté à trouver un marché à ces produits à l’extérieur et donc à conclure un partenariat avec de grands acteurs internationaux de ce marché ?Alors que le chef de l’Etat a érigé au rang de priorité nationale le développement de la pétrochimie nationale, le rythme d’avancement de ces projets s’avère très long. Sonatrach, durant ces dix dernières années, a fait et refait les études de faisabilité de ces projets sans que le premier coup de pioche ne soit donné. Cela, en l’absence de suivi de ces projets stratégiques par les autorités concernées.
Il n’y a pas que la pétrochimie qui manque à l’appel, l’agro-industrie est également peu intégrée : importation de la matière première pour la fabrication de PET localement ou importation du produit fini destiné à l’emballage, poudre de lait pour le lait en sachet et pour les dérivés du lait, importation du concentré de fruits pour les sodas et les yaourts. Tout cela, alors que l’agriculture tout comme l’agro-alimentaire sont considérés comme des secteurs prioritaires. Concernant la mécanique, et particulièrement, l’industrie automobile, l’Algérie a tourné en rond pendant trois ans au lieu de se servir du tissu industriel actuel pour enclencher rapidement un véritable processus d’intégration avec l’exigence de faire de la carrosserie en Algérie comme condition du cahier des charges dans une première phase. On aurait pu maintenir et développer le tissu de sous-traitance pendant ces trois ans au lieu de recommencer presque à zéro aujourd’hui. Presque même topo pour les filières électroménager et électronique.
Quant à la sidérurgie, on a laissé construire des laminoirs dépendant de l’importation de billettes au lieu de soutenir ou d’imposer des projets plus intégrés. Et le complexe sidérurgique d’El Hadjar reste emblématique des grands gâchis commis dans le secteur industriel.
El Hadjar a produit moins d’acier en 2021 que lors de la gestion catastrophique de ce complexe par Arcelor Mittal, en dépit de la mise en oeuvre d’un plan d’investissement pour ramener sa production à plus de 2 millions de tonnes en 2018. Ce complexe a été également victime du manque de suivi de son évolution alors qu’elle est la seule installation sidérurgique à produire les aciers plats nécessaires notamment aux filières automobile, mécanique, électroménager mais en volumes moins importants du fait de problèmes que vit depuis plusieurs années ce complexe.
Tout cela montre que l’Algérie n’a pas mis en oeuvre une véritable politique continue de substitution aux importations qui signifie, entre autres, classer comme prioritaires les projets qui viennent en substitution aux importations. Cette catégorie de projets devrait être éligible à une fiscalité incitative : exonération de droits et taxes ainsi qu’à l’accès au foncier industriel et aux crédits à des taux bonifiés et à maturité longue.