Les entreprises industrielles se trouvant à l’arrêt depuis l’incarcération de leurs patrons sont nombreuses. Lors de sa visite effectuée jeudi dans la wilaya de Relizane, le Médiateur de la République, Brahim Merad, a laissé entendre que l’Etat est en train d’étudier les moyens d’une solution à cette situation, afin d’assurer la reprise des activités au niveau des entités concernées.

Par Feriel Nourine
Interrogé par la presse sur le cas de l’usine Sovac, située dans le parc industriel de Sidi Khettab, dans la même wilaya, M. Merad a répondu : «Le Gouvernement s’attèle à trouver la solution opportune à cette question, actuellement au stade d’enrichissement, afin de trouver un cadre adéquat permettant le retour à l’activité des unités industrielles à l’arrêt.» Si le retour à l’activité de ces unités, ou du moins celles qui sont éligibles à la reprise, venait à se produire, il permettrait de récupérer les investissements qui y ont été consentis au compte de la richesse et la diversification industrielle dont a besoin le pays pour opérer sa relance dans le secteur.
Sur le registre de création de richesses, les usines débloquées pourraient, à cet effet, avoir le même impact que les centaines de projets d’investissement qui sont en train d’être débloqués sur l’ensemble du territoire national. Ils se chiffrent déjà à 570 cas et devraient contribuer à la création de plus de 50 000 postes d’emploi à travers le pays, a indiqué le Médiateur de la République.
Concernant les unités industrielles qui ont déjà activé avant de se retrouver à l’arrêt, une bonne partie, de celles qui appartenaient aux hommes d’affaires poursuivis par la justice pour divers délits de corruption, a fait l’objet d’une saisie décidée par l’institution judiciaire. A l’exemple de l’usine Sovac, sur laquelle M. Merad a été questionné à Relizane. Sa réouverture et, surtout, le retour à son activité initiale dépend, en premier lieu, de la disponibilité d’investisseurs, locaux ou étrangers, qui accepteront de se lancer dans la construction automobile sur les bases du nouveau cahier des charges annoncé par les pouvoirs publics, mais qui ne voit toujours pas le jour. D’autres usines confisquées à leurs ex-propriétaires, après leur condamnation définitive, sont en voie d’être remises en activité après leur récupération par l’Etat. Plusieurs oligarques sont concernés par cette mesure, dont Ali Haddad, les frères Kouninef, Mahieddine Tahkout et Maazouz qui ont ramassé de l’argent à la pelleteuse sous le règne du président déchu Abdelaziz Bouteflika. Les biens saisis de ces patrons emprisonnés seront transférés au secteur public, avait indiqué le Directeur général du secteur public commercial au ministère de l’Industrie, Bendif El Houssein, à la fin de l’année dernière. Concernant le groupe KouGC (Kouninef), M. Bendif a rappelé le cas de l’usine d’huile Cogral (corps gras) filiale de l’Entreprise nationale des corps gras, située au port d’Alger, que les frères oligarques avaient pu récupérer à leur compte, il y a 13 ans, mais qui est retournée récemment dans le giron étatique par la porte du groupe industriel public Agrodiv, né de la restructuration du secteur public marchand en février 2015. Une fois opérationnelle, cette usine couvrira 40 % des besoins du marché national en huile de table et 70 % en aliments de bétail, avaient fait savoir ses responsables. Concernant les nombreux biens saisis au groupe Tahkout, M. Bendif citera l’entreprise de transport des étudiants qui sera «bientôt transférée au ministère des Transports», a-t-il fait savoir. Toutes les entreprises dont les biens ont été saisis dans le cadre des scandales de corruption «vont passer par ce processus et seront réactivées», avait insisté la même source. La procédure devrait toucher également les entreprises du groupe Mazouz, composé de plusieurs filiales, le groupe Haddad et ses nombreux biens illicitement acquis ou encore Mahieddine Tahkout, dont l’entreprise de transport universitaire devrait être placée sous la tutelle du ministère du Transport pour devenir une société publique, avait ajouté M. Bendif. Le même intervenant avait, par ailleurs, mis en avant la situation d’autres entreprises appartenant au secteur industriel public et qui font face à des difficultés pour d’autres raisons. Ce secteur compte 10 groupes industriels comptabilisant plus de 180 entreprises et unités. Nombreuses parmi celles-ci, soit exactement 51 entités, se trouvent actuellement en souffrance dont certaines risquent carrément la disparition, avait-il fait savoir, mettant ces souffrances sur le compte de trois principaux paramètres décisifs, à savoir «le retard technologique, la concurrence face aux produits importés et la faiblesse de gestion de certaines entreprises», précisera-t-il.
En guise de solutions au mal de ces entreprises, M. Bendif dira que son secteur est en train d’opérer, à travers la nouvelle vision de l’Etat, dont la privatisation figure parmi les voies à suivre pour les sauver. «Ce sera au cas par cas», a-t-il souligné, expliquant que l’ouverture du capital des entreprises publiques fait partie de la stratégie adoptée par le gouvernement, mais qu’elle devrait se faire «dans le souci d’insuffler une nouvelle dynamique aux entreprises». <