Le ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi, a annoncé jeudi, à l’APN, que le Conseil national de l’investissement (CNI) avait approuvé plusieurs projets d’investissement importants, dont 19 projets pour la production du ciment avec une capacité de production de 48 millions de tonnes/an. Pour quels marchés ?

L’objectif de production à terme, annoncé par M. Yousfi, aurait été accueilli avec la plus grande satisfaction il y a quelques années, lorsque l’Algérie était encore un importateur net de ciment. Aujourd’hui, cette déclaration a de quoi susciter de sérieuses interrogations sur la stratégie à suivre en ce qui concerne la régulation du marché national déjà sursaturé et faisant perdre des parts importantes à des fleurons nationaux et internationaux présents en Algérie. La demande nationale en ciment, doit-on rappeler, s’était établie au titre de l’année 2016 à 26 millions de tonnes. Cette politique de surproduction suscite également de sérieuses inquiétudes sur la capacité des opérateurs publics et privés à l’export vers des marchés le plus souvent fermés. «Pour notre part, nous essayons de placer un maximum notre ciment au niveau national et de prospecter des marchés à l’étranger», confie Azzeddine Asfirane, chef de division partenariat, marketing communication chez Gica, sans préciser davantage le plan d’action de l’entreprise publique pour assurer un flux commercial régulier sur les marchés extérieurs.
«Il y a un contrat de 200 000 tonnes qui a été acté début mai avec un partenaire européen, qui compte placer le ciment sur les marchés africains», tient-il cependant à rassurer. Ajoutant que le Groupe Gica a, par ailleurs, reçu des demandes de pays européens pour leur propre marché. «Nous comptons augmenter le volume de notre contrat à 350 000 tonnes de clinker exporté en 2018. Nous tablons sur 400 à 500 000 tonnes jusqu’à la fin d’année», précise le même responsable. Il indique que, pour 2019, l’entreprise publique compte doubler cette capacité d’export de clinker et ciment.
Des navires de la Cnan ont été «adaptés» pour la réalisation, en début de semaine, d’une opération d’export de 10 000 tonnes à partir du port
d’Arzew à destination de l’Afrique de l’Ouest. A noter que le Groupe
Gica prévoit de réaliser deux autres opérations d’export de ciment d’ici la fin de l’été, «ainsi que deux opérations courant juillet, qui concerneront l’export de clinker vers différents pays africains», assure Azzeddine Asfirane.

L’aspect écologique, l’autre interrogation

L’urgence à élaborer une stratégie à l’export pour le ciment local est évidente et ne semble pas être la seule. En effet, le secteur du ciment suscite un nouveau débat. Cette fois, il s’agit de l’aspect écologique qui a été mis sur la table au niveau de l’APN, jeudi. La production de ce matériau de construction étant connue pour être très polluante.
A une question orale sur les effets négatifs du projet de réalisation d’une cimenterie dans la commune de Bellara (Jijel) sur l’environnement et la santé, M. Youcef Yousfi a fait savoir que l’Etat prend en considération cet aspect, notamment à travers le projet de réalisation d’une usine de ciment écologique d’une capacité de production de 2 millions de tonnes/an, dans la commune de Bellara à Jijel, dans le cadre d’un partenariat algéro-émirati-indien.
Le ministre a d’ailleurs rappelé que le projet avait obtenu la décision d’octroi du droit de concession le 20 novembre 2016 et avait bénéficié des avantages du Code de l’investissement en obtenant, en 2016, la décision d’octroi d’avantages. Quid de l’ensemble des 17 cimenteries publiques et privées, d’une capacité globale de 25 millions de tonnes que compte l’Algérie, alors que, comme l’a indiqué le ministre de l’Industrie, 19 nouveaux projets pour la production du ciment ont été approuvés par le CNI, sans toutefois préciser si, parmi ces projets, il y a des projets de production écologique. Quant aux cimenteries traditionnelles en service, peuvent-elles être adaptées à moindre frais pour une production plus écologique ? L’industrie du ciment en Algérie fera-t-elle de cette orientation une nécessité ou bien l’Etat doit-il légiférer à ce sujet ?
Des questions qui voient leur pertinence prendre de l’ampleur lorsqu’on constate que la fabrication du ciment se fait à partir de calcaire et nécessite un chauffage à très haute température (1 450°C) qui engendre d’importantes émissions de CO2, faisant de la fabrication de ce matériau une importante source de gaz à effet de serre.
D’autre part, chaque tonne de ciment produite requiert l’équivalent de 60 à 130 kg de fuel (ou son équivalent) et une moyenne de 210 kWh. A titre de comparaison, la fabrication du ciment représente environ 7 à 8 % des émissions totales de CO2 à l’échelle du globe, contre 2% pour l’aviation civile.
Concernant le projet de Bellara, M. Yousfi a fait savoir que le coût global du projet était de 1,847 milliard de dinars, financés sur fonds propres de l’investisseur, ajoutant que le projet permettra la création de 143 emplois, dont 115 postes dans les unités de production. La durée de réalisation du projet est fixée à 36 mois. Les spécialistes indiquent que la pollution causée par les cimenteries est essentiellement due à la production de clinker, le principal constituant du ciment. La production d’une tonne de clinker émet 900 tonnes de CO2 et nécessite 1,6 tonne de matières extraites en carrière. Afin de réduire l’empreinte carbone de la construction, d’autres pays optent pour la réduction de la consommation de clinker en le remplaçant par des liants à faible empreinte carbone. Un substituant au ciment qui est utilisé dans la fabrication du béton. Les industriels du béton l’intègrent directement dans leur malaxeur à béton et l’utilisent à la place du ciment courant à des taux de substitution de 30 à 85 % selon les caractéristiques du béton attendu. Les réductions d’impacts sur la pollution de l’environnement vont de 18 à 60%.