L’industrie cinématographique était au centre du Conseil interministériel consacré à l’examen du dossier relatif à l’industrie cinématographique, jeudi dernier présidé par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad. A l’issue de cette réunion, le Premier ministre a donné à l’initiative de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, cinq instructions avec pour objectif la relance du secteur.

Par Sihem Bounabi
En premier lieu, il a ordonné la mise en place d’un groupe de travail multisectoriel, élargi aux experts et aux professionnels du cinéma, chargé de proposer les adaptations nécessaires à apporter aux instruments juridiques et à l’organisation institutionnelle régissant l’activité cinématographique. Parmi les objectifs à atteindre, il s’agit d’élaborer dans les plus brefs délais un projet de décret exécutif permettant le transfert des salles de cinéma, gérées actuellement par les collectivités locales, vers le ministère de la Culture et des Arts. Il s’agit également de procéder à une évaluation des coûts de réhabilitation des salles de cinéma qui sont dans un état de détérioration avancé. Le Premier ministre a aussi ordonné le lancement, à travers tout le territoire national, d’une opération de recensement des espaces pouvant servir d’assiette pour la réalisation de studios de cinéma. Le volet de la formation a aussi été abordé lors de ce conseil interministériel, où Abdelaziz Djerad a instruit les secteurs concernés d’élargir l’offre de la formation professionnelle dans les métiers du cinéma en augmentant les spécialités et en modernisant les équipements pédagogiques nécessaires.
Le financement de l’industrie cinématographique était aussi au centre des préoccupations du gouvernement. A ce sujet, le Premier ministre a demandé une évaluation de l’efficacité des dispositifs financiers de soutien direct et indirect à l’industrie cinématographique en vue de les adapter aux besoins de la nouvelle stratégie dans ce domaine et d’encourager la participation du secteur privé dans la chaîne des valeurs de l’industrie cinématographique, à savoir la production, la distribution et l’exploitation.
Les cinq chantiers lancés par le Premier ministre illustrent le fait que l’industrie cinématographique est, aujourd’hui, une priorité pour l’Etat. Cela s’était confirmé, il y a près de deux ans par la nomination d’un un ministre délégué consacré exclusivement au secteur du cinéma mais qui, finalement, n’a pas réussi à répondre aux attentes et aux objectifs fixés. Ce qui a mené à l’annulation pure et simple d’un poste gouvernemental suite à l’intervention du chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune, qui avait exprimé son insatisfaction quant à la gestion de ce dossier aux enjeux politiques et économiques qui vont au-delà du secteur de la culture. Cette priorité nationale s’est confirmée, ces derniers mois, avec la nomination d’Ahmed Rachedi en tant que conseiller à la présidence pour le secteur. Ajoutant à cela, le fait de consacrer un conseil interministériel à l’industrie cinématographique confirme la volonté de l’Exécutif d’accélérer le traitement de ce dossier.
Pour rappel, la problématique de la gestion des salles de cinéma, dont la majorité sont passées sous la houlette des APC durant les années 90, est soulevée depuis des années par les professionnels du secteur. Les communes s’étaient ainsi attribuées la gestion de plus de 251 salles majoritairement inexploitées, délabrées ou détournées.
Au mois de janvier passé, le texte du Projet de loi de finances (PLF 2021), publié sur le site Internet du ministère des Finances, avait d’ores et déjà souligné que «les salles de cinéma, inexploitées ou détournées de leur vocation initiale, peuvent être rétrocédées au domaine privé de l’Etat et dont la gestion est confiée au ministère de la Culture. Selon les termes de l’article 109 du texte, toutefois des réserves avaient émises sur la suite à donner après la récupération de ses salles de cinéma, en l’occurrence leur réhabilitation et leur gestion.
C’est sur ce point que, jeudi passé, le Premier ministre a répondu en ordonnant «une évaluation des coûts de réhabilitation pour les salles de cinéma qui sont dans un état de détérioration». En effet, en janvier passé, les professionnels du cinéma avaient mis en exergue que pour une réelle réhabilitation d’une salle de cinéma, il faudrait l’équiper de technologies modernes, ce qui «risque de coûter excessivement cher au ministère de la Culture». La récupération des salles de cinéma pose également la problématique de la gestion de ses salles sachant que depuis 2015 les recrutements sont gelés. Le véritable intérêt, selon les professionnels du secteur, pour la récupération des salles de cinéma, c’est le renforcement du réseau de distribution qui demeure le maillon faible du secteur.
Même si la récente sortie du film Héliopolis, de Djafer Gacem, dans plusieurs salles au niveau national, illustre une réelle volonté d’accompagner les films pour une large distribution mais, les observateurs soulignent qu’ «une hirondelle ne fait pas le printemps», et le dossier de la distribution est beaucoup plus titanesque que cela paraît. Concernant la question cruciale du financement, le constat est que le financement du cinéma en Algérie dépend entièrement de l’Etat. La suspension annoncée du Fonds de développement des arts, des techniques et l’industrie cinématographique (Fdatic) a fait couler beaucoup d’encre et laissé les professionnels dans l’expectative. <