Visiblement, le ministère de l’Industrie et des Mines est en train de revoir sa copie concernant la filière automobile en Algérie. En effet, le ministre en charge du secteur a affirmé, jeudi dernier, que « l’Algérie a besoin de 20 à 30 ans pour asseoir une industrie automobile».

Ainsi, Youcef Yousfi, ministre de la tutelle, n’hésite plus à reconnaître qu’une industrie dans ce secteur nécessite nettement plus de temps que les 5 années exigés au départ aux opérateurs économiques engagés dans l’assemblage de véhicules et qui, au bout de cette période, devaient atteindre les 60% et plus d’intégration locale, un taux à valeur d’une industrie automobile et non d’assemblage de kits SKD comme c’est le cas actuellement.
Ainsi, après avoir reconnu, il y a quelques semaines, que l’activité d’assemblage automobile « exige de la patience et ne peut avoir lieu en une ou deux années », soulignant au passage que pour certains pays ce type de processus avait même pris cinquante ans. M. Yousfi a donné, jeudi, une durée chiffrée à cette patience, considérant que l’Algérie a besoin de 20 à 30 ans pour asseoir une industrie automobile intégrée.
S’exprimant en plénière à l’Assemblée populaire nationale (APN) consacrée aux questions orales, le ministre a précisé que « le principal objectif (à travers l’appui des projets automobiles) n’est pas le montage, mais asseoir plutôt une véritable industrie automobile, et ceci prendra entre 20 à 30 ans »
Le premier responsable du secteur rejoint ainsi l’avis des porteurs de projets, opérationnels ou non, qui revendiquent régulièrement, beaucoup plus de temps que celui qui leur a été imposé dans le cahier des charges pour passer de l’activité d’assemblage à celle d’une industrie qui mériterait son appellation.
Construire une vraie base industrielle dans ce domaine passe, en premier lieu, « par des projets de montage puis par une intégration progressive de la sous-traitance, à travers l’industrialisation locale de composants de qualité aptes à être intégrés par les constructeurs », a ajouté le premier responsable du secteur, affirmant que ce processus constitue le « seul moyen pour parvenir à des prix bas et concurrentiels dans l’intérêt du consommateur algérien ».
Les prix bas, où réels, devraient donc, eux aussi, attendre la mise en branle effective d’une industrie de pièces de rechange nécessaire à l’intégration pour devenir une réalité, selon M. Yousfi. Un discours qui rompt avec les « mises en demeure » répétées des pouvoirs publics exigeant des entreprises déjà opérationnelles à revoir leur politique tarifaire et à adapter leurs grilles aux prix payés pour les mêmes modèles importés. Le ministre n’a toutefois pas omis de rappeler la publication par son département d’une liste de prix sortie d’usine qui « se voulait une concrétisation de notre engagement (…) à garantir la transparence et à veiller à ce que les prix soient raisonnables, et ce en collaboration avec d’autres secteurs directement concernés ».
Ainsi donc, après s’être empressés de lancer une industrie automobile sans aucune base industrielle locale, les pouvoirs publics se rendent à l’évidence d’une activité qui ne se bâtit pas à partir du néant, ni dans le creux du discours politique, mais qui a plutôt besoin de tout le temps nécessaire pour s’affirmer et se concrétiser en puisant sa substance industrielle d’une sous-traitance locale en conséquence.
Or, c’est justement cette sous-traitance, promise par les opérateurs dont les usines sont déjà opérationnelles, qui tarde à se manifester et à livrer ses premiers taux d’intégration.
Et si les choses se passent ainsi c’est aussi parce que la sous-traitance est elle aussi une industrie qui a besoin de temps pour s’installer et tisser son réseau d’équipementiers à même s’assumer l’intégration visée par les usines automobile.n