Le projet d’une usine Peugeot en Algérie n’a pas été abandonné en dépit des remous qui ont secoué l’industrie automobile, poussant à la cessation d’activité des quatre sites d’assemblage opérationnels.

Par Feriel Nourine
Les responsables de l’usine Peugeot Citroën Production Algérie (PCPA) tiennent, en effet, à leur projet, et c’est l’un de ses actionnaires, en l’occurrence le président du conseil d’administration du groupe Condor, Abderrahmane Benhamadi, qui le confirme. «Pour la relance du gigantesque projet devant créer de l’emploi et de la richesse, on n’attend que la publication de la nouvelle réglementation régissant l’industrie automobile en Algérie», a indiqué M. Benhamadi dans un entretien accordé à El Watan.
Sauf que la nouvelle réglementation à laquelle fait référence le responsable de Condor existe déjà à travers le nouveau cahier des charges régissant l’industrie automobile, publié en août 2020. Introduisant de nouvelles mesures auxquelles doivent se conformer les porteurs de projet dans la filière, le nouveau texte de loi change la donne, notamment en matière d’intégration locale en portant son taux initial à un minimum de 30%, contre 5% auparavant. Il opère ainsi la rupture avec l’ancien mode opératoire qui a permis à une activité d’assemblage de kits CKD-SKD de se faire un espace dans quelques usines qui jouissaient d’une multitude d’avantages et royalties sans la moindre plus-value d’intégration locale, promise lors des opérations de montage des projets et des cérémonies de signatures des conventions avec les pouvoirs publics.
Les opérateurs acceptant de s’engager dans l’industrie automobile dans sa nouvelle version réglementaire bénéficieront néanmoins du régime préférentiel dont avaient profité les usines ayant activé avant leur arrêt depuis plus d’une année. Lequel régime, faut-il le rappeler, offre des avantages incitatifs, notamment en matière de Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les matières premières importées ou acquises localement ainsi que sur les composants acquis auprès des sous-traitants, conformément à l’article 61 du projet de loi de finances complémentaire.
En fait, la démarche dégagée par ce nouveau cahier des charges favorise l’installation des équipementiers en Algérie. Dans cet objectif, ces derniers ne sont pas obligés de travailler avec des assembleurs puisqu’ils peuvent opérer sur le marché de la pièce de rechange en bénéficiant des mesures incitatives incluses dans un autre cahier des charges en voie d’être promulgué à leur adresse. Et c’est peut-être à ce texte que M. Benhamadi fait référence dans sa réponse à El Watan.
En tous les cas, ce dernier n’est pas le premier à indiquer que les responsables de l’usine CPCA comptent aller jusqu’au bout de leur projet d’usine à Oran. Le groupe PSA avait déjà fait part de cette intention à plusieurs reprises et, en juillet dernier, il l’avait confirmé, alors que le nouveau cahier des charges était en phase de finalisation et que l’essentiel de son contenu avait été déjà rendu public. «Nous suivons avec beaucoup d’attention les déclarations sur l’évolution des conditions de production en Algérie et attendons avec impatience le nouveau cahier des charges», avait alors déclaré une source proche du groupe français.
Concernant la construction de l’usine algérienne de Peugeot, elle devait être opérationnelle à la fin du premier semestre de l’année dernière, mais les turbulences qui ont secoué le secteur automobile Algérie ont automatiquement reporté cette échéance. Les travaux du site avaient été entamés début 2019 dans la zone industrielle de Tafraoui, avant d’être arrêtés.
La relance du projet est aujourd’hui évoquée, alors que des échos font état, depuis quelques semaines, de la réouverture des usines à l’arrêt. Les autorités concernées ne verraient pas d’obstacle à cette réouverture, à la condition qu’elle soit opérée en conformité avec le nouveau cahier des charges. Elle permettrait ainsi à des milliers de travailleurs de renouer avec leur poste d’emploi qu’ils ont perdu suite à l’arrêt d’activité des usines Renault, Hyundai, Kia et Volkswagen. Dans le cas de Renault, quelque 6 000 kits CKD-SKD, en souffrance dans les ports depuis de nombreux mois, ont été récemment libérés. Quelques jours avant cette opération, l’Ambassadeur de France en Algérie avait effectué, début mars, une visite à l’usine Renault Algérie Production (RAP). Sur place, il classera ce site parmi les «grandes réalisations» de son pays en Algérie. «Elle (l’usine, ndlr) est à l’arrêt depuis plus d’une année et a dû procéder récemment à une réduction importante de ses effectifs. C’est malheureux. L’importation des kits de montage nécessaires à la reprise de son activité reste, à ce stade, bloquée. Mais je puis vous assurer que nos entreprises, en général, sont animées de la volonté de nouer des partenariats de long terme en Algérie», a déclaré l’ambassadeur. Une semaine plus tard, c’était au délégué local du médiateur de la République de se manifester en effectuant une visite à l’usine RAP pour s’enquérir de la situation qui y prévaut. Au vu de l’importance dont ils jouissent sur l’échiquier des investissements français en Algérie, tout indique que l’usine RAP et le projet PCPA font partie des dossiers économiques programmés pour le compte du 5e Comité intergouvernemental franco-algérien (CIHN) qui devait se tenir en début de semaine à Alger, avant que ce rendez-vous ne soit reporté après l’annulation de la visite en Algérie du Premier ministre français. <