Le traitement par la justice des affaires de corruption, à commencer par le dossier de l’automobile, des transports, celui de l’ancien DGSN, en attendant le réexamen de l’affaire de l’autoroute Est-Ouest et celle de Sonatrach, a révélé l’ampleur de la corruption dans le pays durant ces vingt dernières années. De toute l’histoire de l’Algérie postindépendance, jamais la justice n’a eu à faire face à un tel volume d’affaires de corruption. De vastes réseaux d’enrichissement illicite, de dilapidation des deniers publics, de corruption et d’abus de fonction s’étaient créés durant l’ère Bouteflika.

Hommes d’affaires, anciens hauts responsables de l’Etat, ministres, Premiers ministres, banquiers… la liste des mis en cause dans les différentes affaires de corruption est longue. Certains sont passés à la barre tandis que d’autres sont dans l’attente d’un procès et/ou d’une convocation, soit par les brigades spécialisées dans les enquêtes anti-corruption, soit par les juges instructeurs. Jamais la justice algérienne n’a eu à gérer un tel flux de dossiers, de surcroît lourds en accusations et impliquant d’importants anciens hauts responsables de l’Etat. Comparé à toutes ces affaires, le dossier Khalifa n’est, tout compte fait, qu’un fait divers, bien qu’il soit expédié et/ou organisé en vase clos. Tout a commencé avec le départ du Président déchu, Abdelaziz Bouteflika, contraint à démissionner sous l’effet du mouvement populaire dit «du 22 février». La justice s’est aussitôt mise en branle et commence à sortir les dossiers de corruption, épaulée en amont par les brigades spécialisées de la Gendarmerie nationale. Des hommes d’affaires et des hauts responsables de l’Etat étaient convoqués pour enquêtes préliminaires et/ou instructions dans diverses affaires de corruption, dont la plus retentissante est, sans l’ombre d’un doute, le dossier du montage automobile. Concocté dans les cuisines de l’ancien ministre de l’Industrie Abdesselem Bouchouareb, l’assemblage automobile, destiné initialement à réduire la facture d’importation de véhicules, s’est révélé en quelques années un véritable panier à crabes et un gouffre financier géant. Les premiers procès, celui de Mohamed Bairi, Ahmed Mazouz et Hacène Larbaoui, respectivement représentant algérien de la marque Iveco, patron du groupe Mazouz et représentant de la marque Kia, ont levé le voile sur des pertes colossales pour le Trésor public et des pratiques frauduleuses dignes des gangs auxquelles s’adonnaient ministres, banquiers et hommes d’affaires, qui faisaient jadis la pluie et le beau temps. Ces procès ont donné lieu également à des peines lourdes, assorties d’importantes amendes. Les affaires du montage automobile se sont soldées ainsi par des peines de 15 et 12 ans de prison ferme prononcées en appel à l’encontre respectivement d’Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, anciens Premiers ministres. Ils sont poursuivis pour corruption dans l’affaire du montage automobile et le financement occulte de la campagne électorale du 5e mandat de l’ancien président Bouteflika. Des peines de 5 ans de prison ferme ont été prononcées également à l’encontre des deux anciens ministres, Youcef Yousfi et Mahdjoub Bedda, alors que l’ancien ministre des Transports, Abdelghani Zaalane, a été acquitté dans un procès en appel.

Réseaux occultes
Les hommes d’affaires Ahmed Mazouz, Hacène Larbaoui et Ali Haddad ont été condamnés quant à eux à 4 ans de prison ferme, alors que Mohamed Bairi a écopé d’une peine de 3 ans de prison ferme. La peine la plus lourde dans cette affaire a été prononcée à l’encontre de l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Abdesselem Bouchouareb, condamné à 20 ans de prison avec émission d’un mandat d’arrêt international à son encontre. L’histoire s’est reproduite dans l’affaire Sovac, où l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et l’ex-ministre de l’Industrie et des mines, Abdesselem Bouchouareb, ont été condamnés respectivement à 12 et 20 ans de prison ferme avec émission d’un mandat d’arrêt international contre Abdesselem Bouchouareb. Mourad Oulmi, patron du groupe Sovac, a été condamné en revanche à 8 ans de prison ferme. Dans l’affaire Ali Haddad, dont les chefs d’inculpation se rapportent essentiellement à des faits de corruption, de dilapidation de deniers publics et abus de pouvoir, plusieurs anciens hauts responsables ont été cités, dont les deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, et trois walis. En attendant le verdict qui devrait être prononcé le 1er juillet, le Procureur de la République a requis, faut-il le rappeler, 18 ans de prison ferme contre Ali Haddad, 15 ans contre Ahmed Ouyahia et Abdemalek Sellal, 20 ans contre Abdessalem Bouchouarab, et huit ans contre plusieurs ministres. Plusieurs autres mis en cause sont dans les starting-blocks, dans l’attente de l’ouverture d’autres dossiers, dont l’affaire Mahieddine Tahkout, autoroute Est-Ouest, Sonatrach, Khalifa et bien d’autres dossiers à l’image de celui de l’ex-DGSN, condamné à 15 ans de prison pour enrichissement illicite par le Tribunal d’Alger, 12 ans de prison pour détournement du foncier agricole par le Tribunal de Boumerdès et 4 ans dans un troisième procès l’impliquant ainsi que des membres de sa famille au Tribunal de Blida. De toute l’histoire de l’Algérie postindépendance, jamais la Justice n’a eu à faire face à un tel volume d’affaires de corruption. De vastes réseaux d’enrichissement illicite, de dilapidation des deniers publics, de corruption et d’abus de fonction s’étaient créés durant l’ère Bouteflika. Ces fléaux se sont aggravés depuis 2012, au lendemain du premier incident de santé qui avait fragilisé le Président déchu. Des «forces extra constitutionnelles» se sont ainsi emparées du pouvoir politique, arrosant à coups de milliards de dollars et de dinars les clients du régime, au moyen de marchés publics douteux, de licences d’importations et d’improbables projets de montage automobile. Les institutions de l’Etat ont été carrément mises au service de ces réseaux. Ce scandale politico-financier dans lequel sont impliqués plusieurs ministres, Premiers ministres, walis, banquiers, administrateurs… risque de laisser des séquelles durables dans l’économie, sérieusement fragilisée par des années de gabegie, de prédation, de dilapidation et d’abus de fonctions. <