Les fabricants locaux de médicaments disent faire face à une tarification complexe et des contraintes à l’exportation. Ils parlent d’une situation qui freine leur élan.

La tarification des médicaments produits localement et leur exportation étaient au cœur des débats aux 3es Journées de l’industrie pharmaceutique en Algérie, tenues les 29 et 30 janvier 2020 au Centre international des conférences Abdelatif-Rahal d’Alger. Chaque intervenant et non moins acteur dans la production pharmaceutique n’a pas manqué de remettre en cause quelques décisions de la tutelle les qualifiant « d’irréfléchies » et pouvant provoquer « des conséquences en cascades », a lâché l’un d’eux. Un autre s’est dit étonné devant le fait que « si la politique tarifaire en vigueur vise à améliorer la fabrication locale, il n’en demeure pas moins que la tarification de référence et la réduction des coûts ont baissé les prix », ce qui « a entraîné une crise de la marge des bénéfices », a-t-il fait remarquer. D’autres estiment que « la tarification des médicaments est complexe en raison du nombre de mécanismes et particulièrement celui concernant les licences d’enregistrement valables 5 ans, alors qu’auparavant les prix étaient révisés seulement lorsque l’entreprise demandait le renouvellement ». L’un des intervenants a tenu à rappeler que « le ministère de la Santé surveille les prix internationaux et s’il y a une réduction de prix, c’est-à-dire une baisse de 10% dans n’importe quel pays de référence, le ministère demande directement une réduction de prix même avant la période de renouvellement de 5 ans stipulée ». Notons enfin pour clore ce chapitre que de nombreux intervenants se rejoignent pour dire que « cette tarification complexe et ces directives règlementaires ont retardé le lancement de nouveaux produits dans le pays ».

Des exportations insignifiantes
Concernant la problématique de l’export de médicaments produits par les unités de production, là encore les intervenants autour de cette question ne sont pas allés par quatre chemins. En effet, selon l’un d’eux, « c’est un véritable parcours du combattant » citant « les banques qui ne jouent pas le jeu et rendant ainsi le rapatriement des dividendes un véritable casse-tête ».
Toujours à propos du volet financier dans l’acte d’exporter, « l’absence d’un tissu bancaire dans les pays où nous exportons devient de plus en plus pesant au point de fléchir notre engouement à vouloir exporter ». Un intervenant a lancé : « L’exportation est devenue notre seule planche de salut dès lors où dans certaines familles de médicaments, la production locale dépasse largement les besoins du pays. »
Faut-il rappeler au passage que le directeur des opérations IMC Fares Bachtarzi avait indiqué, dans sa communication sous le thème « Export des produits pharmaceutiques : potentiel et contraintes », que l’industrie pharmaceutique algérienne peine à développer ses exportations. Et de s’interroger quelles sont les raisons ? Ce communicant s’est demandé : «S’agit-il d’un manque de vision stratégique ou de l’autosatisfaction due à la garantie du marché local, ou bien de contraintes administratives, logistiques et financières lourdes qui minent les opérations d’export ? » Pour Fares Bachtarzi,

« c’est un peu les trois ».
Toujours dans ce même registre, un intervenant dit ne rien comprendre. « Alors que l’Algérie a une production locale élevée et pourrait éventuellement être un centre de fabrication régionale, les exportations actuelles sont insignifiantes », a-t-il déploré. Sur ce dernier constat de volume d’exportation insignifiant, il y a lieu de savoir qu’une étude menée sur le terrain fait ressortir en substance que les activités d’exportation sont limitées à quelques acteurs pharmaceutiques locaux. Les auteurs de l’étude l’expliquent en partie par le fait que les entreprises se concentrent sur le marché national, mais reflète également les difficultés liées à la rentabilité dans l’expansion de la fabrication locale. Notons que l’étude a montré qu’à l’exception de la Turquie, les prix en Algérie sont parmi les plus bas, « ce qui pourrait affecter le potentiel d’exportation », conclut enfin l’étude sur le chapitre des exportations de médicaments locaux.<