L’indignation et la colère suscitées par les révélations du détenu Walid Nekkiche, lors de son audience, ont fini par faire réagir le Parquet général près la Cour d’Alger, qui a annoncé avant-hier avoir ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire sur ce qu’a déclaré l’étudiant pendant son procès.

On se rappelle que les révélations de l’étudiant affirmant avoir subi des sévices physiques et des agressions sexuelles ont fait de l’ombre même au requis incompréhensible du procureur qui a retenu, à la surprise générale, «la perpétuité» contre Nekkiche, avant que le verdict ne sonne la sortie de prison pour le jeune de 24 ans qui a purgé en détention provisoire plus que la peine retenue contre lui.
Les révélations de Nekkiche ont été tellement choquantes et bouleversantes qu’elles ont fait oublier Kamel Benssad, l’autre accusé dans la même affaire, contre lequel un acquittement a été prononcé.
«Conformément aux dispositions de l’article 11 du code de procédure pénale, le Parquet général près la Cour d’Alger, après avoir pris connaissance d’un exposé des faits présentés par Monsieur le Procureur de la République adjoint, représentant du Parquet général à l’audience du Tribunal criminel dans le procès du nommé Nekkiche Walid, tenue au siège du Tribunal de Dar El Beïda (Alger) en date du 2 février 2021, et après avoir compulsé l’attestation dressée par le greffier de l’audience concernant le déroulement du procès», a indiqué dimanche le Parquet général. «Attendu qu’il ressort des deux documents suscités que l’accusé Nekkiche a déclaré lors de son procès, en réponse à une question qui lui a été adressée par sa défense, avoir été victime durant sa garde à vue de violences et d’agressions sexuelles de la part des éléments de la police judiciaire en charge de l’enquête préliminaire», lit-on dans le communiqué du Parquet.
Ce dernier ne cache, par ailleurs, pas être sensible aux réactions qui ont suivi les révélations de Nekkiche dans les médias, les milieux politiques, les avocats et le monde associatif… «Ainsi, au vu des réactions et commentaires relayés par les différents titres de presse et provoquées par ces déclarations, ainsi que la remise en doute et les interrogations suscitées auprès des parties qui s’intéressent à l’action judiciaire, notamment concernant le respect de la liberté et de la dignité des citoyens suspects, placés en garde à vue, et dans le but d’établir la vérité sur ce qui se serait passé dans l’affaire du citoyen Walid Nekkiche, le Parquet général près la Cour d’Alger a ordonné, en date du 07-02-2021, sur la base des informations en sa possession et des pièces en rapport avec l’affaire du concerné, à Monsieur le Procureur de la République près le Tribunal de Bir Mourad Raïs de diligenter une instruction préliminaire sur les faits avancés par le concerné et chargé la police judiciaire compétente de cette mission», précise-t-on.
L’annonce de l’ouverture de l’enquête préliminaire sur les révélations de Nekkiche sur les sévices et agressions qu’il a subis est considérée comme un «point positif» chez des avocats, au moment où d’autres préfèrent plutôt attendre sur quoi va déboucher la procédure.
«L’appareil judiciaire nous a habitués à être ferme en appliquant strictement la loi quand il ouvre des enquêtes pour des sujets similaires», a affirmé l’avocat Abderrahmane Salah, qui dit tenir cette lecture sur la base de dossiers traités antérieurement.
De son côté, l’avocat Hakim Saheb a expliqué que pour qu’une information judiciaire soit considérée ouverte, le Parquet doit appeler la victime pour l’auditionner et lui demander si elle maintient ses déclarations et se constitue partie civile».
Il a ajouté, en termes de procédures à suivre, qu’un «procès-verbal doit être établi pour servir de base juridique à cette information judiciaire».
Pour sa part, Maître Saïd Salhi a estimé que c’est «une bonne chose» que le Parquet ordonne l’ouverture d’une enquête sur ça, mais, «nous devons continuer à exiger une comparution publique et un procès équitable pour réhabiliter Walid et asseoir la Justice». A souligner que Maître Nabila Smaïl a indiqué, après le déroulement du procès, que sa consoeur du Collectif de défense de Walid Nekkich, Nacéra Haddouche, «a déposé plainte pour tortures, bâtie sur les propos de Walid au juge d’instructions déclarant avoir «subi des tortures et sévices à la fois sur les plans physique et moral».