Le ministre des Finances, présent à la conférence sur l’épargne organisée, hier, au CIC par l’Abef, est largement revenu sur l’évolution de l’épargne des ménages, faisant observer que l’épargne a connu une certaine stagnation durant ces deux dernières années.

Elle est passée de 2.089 milliards en 2016 à 2 138 milliards en 2017. Il a par ailleurs précisé que l’épargne des ménages en 2013 était de 1 662 milliard de dinars. Et à propos de l’argent de l’informel, Mohamed Loukal, le gouverneur de la Banque d’Algérie, qui y était également présent, a avancé un chiffre de 4 800 milliards de dinars dont les petites épargnes des ménages qui échappent au système financier et qui tournent autour de 2 000 milliards de dinars. Pr Nemiri-Yaïci Farida et Mme Aliouche Meliha, deux universitaires de Béjaïa, ont fait un exposé sur les déterminants de l’épargne des ménages algériens, en mettant en exergue le lien entre la croissance économique et la formation intérieure du capital.
Ce lien a amené de nombreux académiciens à vouloir expliquer le rôle de l’épargne dans l’économie.
Elles ont aussi précisé qu’une condition préalable à l’étude de l’épargne nationale réside dans l’analyse du comportement d’épargne des trois agents économiques de base, à savoir les ménages, les entreprises et l’Etat. Dans la littérature sur l’épargne, beaucoup de choses ont été dites. M. Friedman, cité dans l’exposé en question, stipule, par exemple, que le consommateur ne peut pas déterminer ses dépenses sur la base du revenu encaissé pendant la période courante, mais bien en fonction du revenu qu’il anticipe toucher à long terme. Modigliani postule, lui, que le revenu est une variable qui épouse parfaitement le cycle de la vie de l’individu. Ainsi, les ménages transfèrent une partie de leurs revenus quand ils sont élevés vers la consommation de la période de retraite afin de garder une structure de consommation stable au cours de toute la vie. Quant à Keynes, il a conclu à une relation positive entre l’épargne et le revenu courant. Les deux universitaires ont sommairement expliqué qu’il « est établi que la consommation est proportionnelle à la richesse, elle-même dépendante du revenu permanant ». Aussi, il devient normal que les deux variables en question présentent une corrélation négative. Pr Nemiri-Yaïci Farida et Mme Aliouche Meliha analysent que les effets du taux d’intérêt et du taux d’inflation sont difficilement interprétables, surtout dans le contexte algérien où l’Etat a mis en place un système collectif de protection sociale. Cette configuration de protection ne sert pas, selon elles, l’épargne, la rendant encore plus faible. Elles relèvent par ailleurs que l’impact positif du revenu sur l’épargne est un résultat intuitif mais soutenu par la théorie et les recherches empiriques antérieures. Elles ont souligné également que la consommation et le taux d’inflation ont un impact négatif sur l’épargne. Quant au taux d’intérêt et le taux d’emploi, selon elles, ils n’ont aucun effet significatif sur l’épargne des ménages. Elles en outre relevé que les résultats ont montré un effet significatif et positif de l’épargne publique sur l’épargne des ménages. Il s’agit en fait d’une épargne institutionnelle que les pouvoirs publics ont orientée vers le financement des infrastructures, consommations collectives et transferts sociaux.
Les banquiers participant à la rencontre d’hier, ont estimé qu’il est tout indiqué de mettre en place un Observatoire national et de lui confier un rôle pivot en matière de mobilisation de l’épargne.
L’Observatoire a été officiellement installé hier. Il devrait contribuer à mieux connaître le marché et le comportement des différents intervenants. Et par conséquent, cela permettrait d’adapter les outils nécessaires pour une meilleure collecte de l’épargne. <