Par Feriel Nourine
Chez l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), les projections pour l’économie mondiale et la demande de pétrole sont en recul, contrairement à celles émises plus tôt par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui a annoncé un relèvement de sa prévision de demande pour cette année.
Dans son dernier rapport mensuel, publié jeudi, l’Opep met en avant «une croissance en baisse au second trimestre dans les grandes économies et une tendance molle observée dans certaines économies clés», et s’attend à ce que l’économie mondiale enregistre, en 2022, une croissance de 3,1%, contre 3,5% qu’elle avait prévus au cours des mois précédents.
C’est la seconde révision à la baisse qu’opère l’organisation après celle de mai, lorsqu’elle était descendue à 3,5% contre 3,9% préalablement.
Côté demande mondiale de l’or noir, l’Opep prévoir une croissance de 100 millions de barils par jour contre 100,3 mbj prévus dans ses rapports des derniers mois. Un abaissement des prévisions que justifient «les anticipations de retour de restrictions liées à la Covid-19 et les incertitudes géopolitiques persistantes» au cours du second semestre de l’année.
Avant d’être publiées dans le rapport mensuel de l’Opep, ces projections se sont apparemment exprimées lors de la récente réunion ministérielle de l’organisation et ses partenaires dans l’Opep+, laquelle s’était soldée par une augmentation de 100 000 bpj décidée pour septembre. Ce qui constitue le plus faible supplément injecté par l’alliance à sa production depuis sa réunion, en juillet 2021, portant sur la mise en œuvre du plan d’augmentation graduelle à son offre qui a été fortement réduite en mai 2020 pour faire face à l’effondrement du marché pétrolier engendré par la pandémie de Covid-19.
Pour rappel, le supplément dégagé par les 23 pays membres de l’Opep et leurs 10 alliés était de 400 000 bpj, à partir d’août 2021, avant de passer à 432 000 bpj/jour, puis 648 000 bpj pour juillet et août 2022.
La démarche adoptée par l’Opep+ se base sur une prudence constamment en éveil dans un marché pétrolier de plus en plus instable sous l’impact d’une économie mondiale éprouvée par des menaces en série, entre tensions géopolitiques et problèmes de chaîne d’approvisionnement existants, persistance de la pandémie de Covid-19, montée d’inflation, niveaux de dette souveraine dans un grand nombre de régions ou encore durcissement monétaire attendu des banques centrales aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Japon et dans la zone euro.
A l’inverse de l’Opep, l’AIE a révisé légèrement à la hausse ses prévisions de demande mondiale de pétrole pour 2022. Quelques heures avant la publication du rapport de l’organisation, l’agence qui conseille des pays développés sur leur politique énergétique, a publié le sien dans lequel elle table sur une augmentation de de 380 000 bpj et devrait ainsi être de 2,1 mbj sur l’ensemble de cette année, a-t-elle indiqué.
Cette demande devrait ainsi atteindre 99,7 mb/j en 2022 puis 101,8 mb/j en 2023, surpassant alors les niveaux pré-Covid, selon les projections de l’AIE qui relève que la demande de brut a bénéficié cette année d’un recours accru au pétrole au détriment du gaz, devenu très cher. Elle explique que les prix de l’or noir ont baissé de 30 dollars depuis leurs sommets de juin, en raison d’une augmentation de l’offre et des craintes sur le ralentissement économique mondial, alors que les cours du gaz et de l’électricité ont bondi au même moment à de nouveaux records, encourageant le passage du gaz au pétrole dans certains pays.
Lors des séances d’échange qui ont suivi le rapport de l’Opep et celui de l’AIE, les cours évoluaient dans un marché hésitant, oscillant entre pertes et gains.
Portés par les prévisions de l’AIE, quant à une demande mondiale meilleure que prévu, les prix sont d’abord remontés au-dessus des 100 dollars le baril, avant de redescendre et de clôturer la semaine sous ce seuil.
Le Brent de la mer du Nord pour livraison en octobre a terminé à 98,15 dollars, alors que le West Texas Intermediate (WTI) était échangé à 94,65 dollars. Les analystes attribuent en outre cette baisse à l’annonce qu’une fuite dans un pipeline dans le Golfe du Mexique, qui avait mis les cours sous pression, allait finalement bientôt être réparée. <