Par Nadir Kadi
Premiers jours «d’accalmie» sur le front des incendies après près de deux semaines tragiques pour l’ensemble des wilayas du Nord et du Nord-Est du pays. Les feux de forêt laissent aujourd’hui un paysage dévasté, un bilan humain tragique et un difficile travail de reconstruction et d’indemnisation des victimes des 35 régions touchées. Ainsi, si plusieurs questions restent sans réponses quant à l’origine des départs des feu, une chose est néanmoins certaine, le pays a enregistré l’une des pires catastrophes de son histoire avec près d’une centaine personnes disparues, civils et militaires, en attendant le bilan définitif. Le nombre de blessés est lui toujours incertain, quant aux «dégâts» matériels, ils se chiffrent en dizaine de milliers d’hectares de forêt et d’exploitations agricoles… Une catastrophe qui ne doit plus se reproduire, les autorités semblent adopter une nouvelle stratégie dans la lutte contre les incendies.
Bilan humain particulièrement tragique, notamment à Tizi-Ouzou où près de 70 personnes auraient perdu la vie entre le 9 et le 14 août. Les témoignages qui remontent des régions les plus touchées, dont les villages d’Agoulmime, d’Ikhlidjen et Larbaâ Nath Irathen, montrent une population traumatisée par les pertes humaines et matérielles et qui lance des appels «à la continuité de la solidarité». Et à ce titre, en plus des 832 exploitations agricoles, des habitations des écoles… en ruine, certains infrastructures de bases ont également été, en parti ou totalement, détruites, dont 610 km de réseau électrique et pas moins de 710 postes électriques selon un bilan de Sonelgaz ; un total de 306 821 abonnés répartis sur 35 communes de la wilaya sont actuellement privés d’électricité.
Quant à l’estimation des pertes sur le couvert végétal, il s’agirait selon la directrice de la protection de la faune et de la flore à la DGF, Mme Ilhem Kabouya, de «62 000 hectares» selon les premiers bilans. Une estimation qui fait également apparaître que «plus de 2 000 incendies» ont été recensés au niveau de 35 wilayas. La responsable ajoutant à ce titre que «la seule wilaya de Tizi-Ouzou a perdu près de 30 000 hectares» suite aux «66 incendies enregistrés du 9 au 14 août».
Bilan encore provisoire mais néanmoins décrit comme l’un des plus importants depuis les terribles incendies de 1983 et 1994, où «222 000 hectares et 280 000 hectares» étaient partis en fumée. Les 62 000 hectares ravagés durant ces derniers jours étaient pour leur part «à 60% constitués de forêt». Et le reste englobe, selon la responsable, les zones de broussaille, de maquis, d’alpha… «C’est une perte indéniable qui sera très difficile à régénérer, les forêts mettent énormément de temps à se régénérer». La même responsable, qui a par ailleurs fait savoir que des campagnes de «fixation des sols» puis de reboisement seront lancées, a également appelé, entre les lignes, à la refonte de la stratégie de protection du patrimoine forestier et l’augmentation des moyens qui lui sont alloués : «Nous sommes en deçà des normes internationales en termes d’effectifs. Chaque année, des saisonniers sont recrutés, mais faute de postes budgétaires, nous n’avons pas assez d’effectifs pour couvrir tous les postes de vigiles et toutes les brigades mobiles. Si nous nous soumettons aux normes internationales, nous devrons recruter au moins trois fois plus de saisonniers qu’il n’en est recruté chaque année».
Et dans cette logique, l’une des «conséquences» notable de cette véritable tragédie nationale, apparaît être une certaine prise de conscience des autorités quant au caractère indispensable des moyens aériens de lutte contre les flammes. Ainsi des hélicoptères bombardiers d’eau ont pour la première fois été utilisés de manière intensive, leur déploiement en plus de l’aide de canadairs français, espagnols et suisses ont rapidement fait la différence sur le terrain. Un «test» grandeur nature, qui a par ailleurs démenti les discours des précédents responsables de la lutte contre les feux de forêt, répétant en substance que ce type d’avions étaient inadaptés dans le contexte algérien. Et en ce sens, il est à souligner que le ministère de la Défense nationale a fait savoir mardi dernier qu’il était déjà en négociation pour l’achat de 4 avions bombardiers d’eau auprès du constructeur russe Beriev. n