Par Nadir Kadi
Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Hamid Hamdani, est revenu hier, lors de son passage sur les ondes de la Radio nationale, sur les récents incendies qui ont ravagé le couvert végétal de la wilaya de Khenchela. Le responsable, pour qui l’origine « criminelle » ne fait aujourd’hui plus aucun doute, a notamment fait savoir qu’un plan d’urgence allait être lancé pour la protection des « 4,1 millions d’hectares de forêt » du pays. Une stratégie dont l’axe principal reste la « prévention » en incluant au maximum les acteurs locaux : « Je déplore ce qui s’est passé ces derniers jours (…) il faudra être plus présent sur le terrain. Il faudra que toutes les composantes de la société civile, les associations, les riverains… soient pleinement impliqués dans la lutte et la veille contre les incendies de forêt. C’est la stratégie que nous sommes en train de mettre en place. »
En effet, le responsable fait savoir que le détail des « nouvelles mesures » sera débattu aujourd’hui : « Je ferai une grande rencontre jeudi avec les organes de sécurité, la Conservation des forêts, la société civile, les syndicats… C’est une question qui nous interpelle tous. » Les premiers éléments avancés par le ministre laissent toutefois apparaître que les principaux points sont notamment une augmentation des moyens de la Direction générale des forêts (DGF ), mais aussi le mise en place d’un système de veille et de surveillance passives incluant les habitants des zones boisées : « Il est vital de renforcer le secteur des forêts (…) Il faut des effectif, mais aussi l’implication de tous : les associations des chasseurs, les comités de village, les scouts… tous ont un rôle à jouer dans la lutte contre les incendies de forêt.» Et l’une des mesures qui est déjà en cours d’exécution est l’entretien et l’ouverture de pistes forestières. « L’accès à ces zones est difficile, un programme spécial d’urgence a été arrêté, notamment au niveau de la wilaya de Khenchela, pour l’ouverture de près de 300 kilomètres de pistes (…) dont 200 qui seront aménagées, et 100 nouvellement créées (…) Je pense que cela pourrait atténuer les conséquences des feux de forêt », déclare en ce sens Hamid Hamdani.
Quant à l’origine des récents incendies, il s’agit clairement pour le ministre d’actes à caractère criminel. « Il est maintenant prouvé que la plupart des incendies sont d’origine criminelle », expliquant plus loin que le rapport demandé à l’Agence spatiale (Asal) montre que l’origine des départs de feu est systématiquement proche des zones de passage : « Les photos satellitaires du rapport de l’Asal montrent que tous les feux ont démarré à partir des bordures des forêts, aucun n’a débuté de l’intérieur de la forêt ». Et à ce sujet, mais sans toutefois donner plus d’informations, Hamid Hamdani avance qu’une volonté politique est perçue derrière ces actes de pyromanie : « Je ne vais pas m’étaler sur des considérations à caractère politique (…) mais il est inadmissible que les forêts des Aurès, ô combien symboliques, soient brûlées de cette façon à la veille de l’anniversaire de l’Indépendance du pays. »
Quoi qu’il en soit, le pré-bilan des derniers feux de forêt fait déjà état d’un niveau alarmant de perte alors que la saison chaude n’est qu’à ses premières semaines : « Selon le rapport de l’Asal, nous ne sommes pas loin de 8 500 hectares perdus. Si je compare ce chiffre avec la même période de l’année dernière nous étions à 2 600 hectares (…) C’est inédit dans l’histoire de notre pays, c’est la première fois que l’on assiste à un phénomène aussi criminel. » La majorité des pertes, « 92% », est par ailleurs concentrée au niveau de la wilaya de Khenchela et des forêts des Aurès. Une zone où les exploitations agricoles ont par ailleurs enregistré des pertes : « A ce stade de l’évaluation, les pertes des exploitations agricoles ne sont pas très catastrophiques et c’est tant mieux. Mais il s’agit d’un peu plus de 8 000 arbres dont près de 95% de pommiers. » Abordant la question des indemnisations des victimes d’incendies, le ministre de l’Agriculture a fait savoir que le secteur prendra à sa charge la majorité des cas. Ainsi Hamid Hamdani rassure : « Quel que soit le bilan final de l’évaluation (…) je réitère et confirme que l’indemnisation sera prise en charge sur les fonds du secteur. » Le responsable a également expliqué, hier, que deux types d’indemnisations entreraient en action : la première, celle des agriculteurs ayant contracté une police d’assurance. « Là, il s’agit d’une relation directe avec les institutions concernées ». Quant à le seconde, la plus importante en nombre, il s’agit de « plus de 95% des cas », elle concerne les agriculteurs et les personnes qui n’ont pas d’assurance : « Ils seront indemnisés en nature (…) c’est-à-dire que l’on veillera à leur permettre la relance de l’activité agricole, qu’il s’agisse de l’arboriculture, du cheptel, de l’irrigation… » <