Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural a communiqué, hier, le bilan actualisé des dégâts matériels causés par les incendies qui ont ravagé le Nord du pays. Abdelhamid Hemdeni, qui intervenait lors d’une réunion avec les responsables de la Direction générale des forêts (DGF) ainsi que ceux de la Conservation des forêts des wilayas sinistrées, a indiqué que «89 000 hectares» de couvert végétal ont été incendiés dans 35 wilayas du Nord et Nord-Est du pays.

Par : Nadir Kadi
Un chiffre largement en hausse par rapport aux dernières estimations de la DGF, qui faisait état de près de 62 000 hectares perdus. Le ministre a, par ailleurs, fait savoir que les services de lutte contre les incendies avaient recensé, jusqu’au 21 août, un total de 1 186 incendies et départs de feu.
Nouveau bilan établi par le secteur de l’agriculture qui démontre l’ampleur de la catastrophe et la lourde facture éco-environnementale ; le «détail» des pertes matérielles devrait encore évoluer dans les prochains jours, le responsable soulignant en ce sens que l’avancement du recensement avait «atteint 75%». Quant aux régions les plus touchées, il s’agit, selon Abdelhamid Hemdeni, des wilayas densément boisées de Tizi Ouzou, Béjaïa et Khenchela : «La majorité de ces feux ont été enregistrés à Tizi-Ouzou (la plus touchée) mais, également, dans d’autres wilayas, à l’instar de Béjaïa, Khenchela, Skikda et Guelma.» Et à ce titre, le ministre a souligné que la commission nationale installée par le président de la République travaille «actuellement» à l’évaluation des pertes, notamment dans le «domaine agropastoral (…), le couvert végétal et les richesses animales». Le lancement effectif des indemnisations financières ou «en nature» se basera, explique le même responsable, sur les résultats des évaluations en vue de trouver «une approche sérieuse et pratique pour les indemnisations».
Pour rappel, les dernières estimations dans la seule région de Tizi-Ouzou font état, selon La Direction des services agricoles (DSA) de la wilaya, de 5 193 hectares d’arbres fruitiers ravagés par les flammes «dont 4 500 hectares d’oliveraies» en plus de la mort de «19 178 animaux d’élevage». Les bilans sont, en effet, tragiques pour les économies locales, la DSA note, entre autres, la perte de 295 têtes de bovins, 1 318 d’ovins, 1 131 de caprins, 4 892 poulets de chair, 10 000 poules pondeuses, 1 542 lapins mais aussi 8 110 ruches… au niveau des «24 communes inspectées» par les équipes de recensement dans les premiers jours de leur mission. En ce sens, et dans toutes les régions du pays, les agriculteurs et propriétaires, victimes des incendies, sont invités à se manifester auprès des autorités. La commune de Bejaïa a ainsi fait savoir qu’elle mettait à disposition de ses administrés un «guichet unique» pour le dépôt des dossiers au niveau de ses services d’état civil. Une première étape en vue d’une indemnisation par la commission de wilaya.
Quant à la question du «reboisement» et de la «réhabilitation des espaces forestiers endommagés» durant les premiers incendies à Khenchela, puis encore lors de la «vague» de feux déclenchée le 9 août dernier, le ministre de l’Agriculture a qualifié le lancement de ce type de programmes de «priorité urgente». Une manière d’expliquer que son secteur devra mettre en place des plans appropriés avant la saison des pluies qui expose les sols aux risques d’érosion. En ce sens, il est annoncé que «20 millions d’arbrisseaux (…) dont 11 millions d’arbres fruitiers» seront plantés en coordination avec la Direction générale des forêts (DGF) et des spécialistes du domaine. L’objectif pour Abdelhamid Hamdani serait ainsi de fonder l’opération sur des méthodes «scientifiques et techniques, en définissant les espaces et espèces appropriés pour chaque région».
Et dans cette même optique, Abdelhamid Hamdani a annoncé l’installation de la «Commission nationale de coordination des opérations de reboisement». L’une de ses missions devrait ainsi se concentrer sur l’accompagnement des initiatives des citoyens et des associations. Le responsable qui «salue», en effet, les actions de reboisement des particuliers des «bonnes initiatives», explique toutefois qu’elles doivent s’intégrer dans un programme global, en accord avec les spécificités des forêts de chaque région. La réunion, organisée hier avec les acteurs du secteur des forêts serait ainsi, selon le ministre une occasion pour «coordonner les efforts» pour lutter plus efficacement contre les incendies. Mais également pour «jeter les bases» d’une campagne nationale de reboisement.