La politique d’interdiction de nombreux produits finis et d’intrants menée par l’Algérie en réponse à la crise financière qui la frappe depuis 2014 continue de susciter l’incompréhension, voire l’agacement de l’Union européenne (UE).

Une perplexité déjà exprimée par Cecilia Malmström, commissaire européenne au commerce, qui, il y a une semaine, devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée française, reprochait aux autorités algériennes en charge du commerce de ne pas se conformer à l’accord de libre-échange Algérie – UE. Hier encore, c’est au tour de l’ambassadeur et chef de la délégation de l’UE en Algérie, John O’Rourke, de saisir l’opportunité d’un séminaire sur l’économie sociale et solidaire qui s’est tenu à Alger pour dire ce qu’il – ou l’UE – en pense : « Nous avons un accord qui nous lie. Un accord qui prévoit une zone de libre-échange et une circulation des biens sans entrave ; il prévoit également des clauses de sauvegarde dans le cas où notre partenaire rencontre une difficulté ». Manifestement, les mesures d’encadrement des importations prises par le gouvernement algérien semblent « incomprises » par les Etats de l’UE qui n’y voient pas, pour le moment, une explication à la démarche algérienne, prise sans concertation avec le partenaire européen, selon lui, et d’aller même jusqu’à se demander si, vraiment, ces mesures servent réellement à la diversification de l’économie algérienne. Autant de questions avancées par l’ambassadeur européen, mais qui restent sans réponse : « On se demande s’il y a derrière ces restrictions et interdictions une stratégie économique et si ces dispositions d’interdiction ne sont pas en train de nuire au développement de l’économie algérienne », s’interroge M. O’Rourke qui émet « un doute » quant à l’efficacité de la décision algérienne. Contrairement à Cecilia Malmström, qui a évoqué un échange de lettres et des discussions avec les autorités algériennes, l’ambassadeur de l’UE en Algérie fait savoir que des questions sont à élaborer d’une manière sereine pour discuter sur ladite décision avec la partie algérienne. « On se demande ce qu’il y a derrière cette mesure ? », insiste l’ambassadeur de l’UE en Algérie avant d’ajouter : « Lorsqu’on a recours à l’interdiction de produits, nous nous interrogeons si ces mesures servent à la diversification de l’économie ». Et d’évoquer l’hypothèse d’une politique protectionniste de l’Algérie : « On s’interroge si l’Algérie n’a pas besoin d’un recul pour protéger ses industries naissantes », poursuit M. O’Rourke, qui a affiché sa « frustration » de la démarche algérienne : « Je regrette que l’Algérie ne se soit pas engagée dans un dialogue avec son partenaire européen sur sa nouvelle stratégie. Il y a un dispositif et nous regrettons qu’il ne soit pas exploité pour un éventuel dialogue entre les deux parties », dit-il. Ce qu’avait, une nouvelle fois, déjà souligné la commissaire européenne au commerce : «Plusieurs démarches ne sont pas en conformité avec nos accords de libre-échange (…) et favorisent la Chine (…) il faut qu’on trouve des solutions, sinon il faudra évoquer dans l’accord les clauses de règlement de différends », avait-elle menacé. Toutefois, M. O’Rourke aspire à une amélioration de la situation avec le nouveau ministre du Commerce, Said Djellab : « Il se trouve que le nouveau ministre du Commerce connaît très bien cette problématique […] Nous aurons l’opportunité d’aborder cette question dans les prochains jours avec lui », annonce l’ambassadeur de l’UE en Algérie. Ce dernier trouve toutefois qu’il ne faut pas se focaliser dans ce « différend » uniquement sur le volet commercial : « Il ne faudrait pas se focaliser uniquement sur les relations commerciales, comme si notre intérêt était de vendre des produits à l’Algérie », explique M. O’rourke. A ses yeux, « l’UE veut une Algérie qui se développe d’une manière saine et qui sera un partenaire commercial pour les investissements ». « Nous avons des différends dans certains dossiers commerciaux et nous avons également la pleine conscience que l’Algérie est un partenaire extrêmement important dans toutes sortes de domaines et avec qui nous sommes prêts à coopérer dans divers domaines en lui apportant notre savoir », tempère-t-il encore. Cette collaboration se concentre également sur les questions migratoires, de contreterrorisme et sécuritaires. « Nous échangeons des informations pour dialoguer sur des questions migratoires. Un problème très complexe, l’Europe est confrontée à des défis majeurs d’immigration non régulière et non contrôlée, il en est de même pour l’Algérie qui était, à une certaine époque, un pays de transit, mais qui devient actuellement un pays de destination », rappelle le chef de la délégation de l’UE.

PAJE prolongé jusqu’à 2019
D’autre part et dans un tout autre registre, le même M. O’Rourke a annoncé que le Programme d’appui jeunesse emploi (PAJE), débuté en septembre 2014, sous l’égide de l’UE, et qui devrait se poursuivre jusqu’en décembre 2018, sera prolongé jusqu’à fin 2019 dans l’espoir de généraliser cette expérience sur tout le territoire national. Actuellement, le programme intervient au plan central et régional dans 4 wilayas pilotes, à savoir Annaba, Khenchela, Béchar et Oran. L’Algérie et l’Union européenne ont, en effet, signé en décembre 2012 une convention de cofinancement de 26 millions d’euros, dont 2,5 millions d’euros à la charge de l’Algérie.
Ce programme vise à soutenir l’action et les réformes du gouvernement algérien dans sa politique nationale envers la jeunesse. « C’est effectivement ce que nous avons à l’esprit, parce que le grand pilier de notre coopération avec l’Algérie, c’est d’essayer d’appuyer son effort pour la diversification de son économie ; la jeunesse et l’emploi restent un grand pôle de notre coopération », précise M. O’Rourke. Le programme est mis en œuvre par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale en partenariat avec 13 autres ministères et le CNES. Le programme se structure en 3 composantes : l’appui à la création d’activités favorisant l’employabilité et la structuration de l’économie sociale et solidaire ; le renforcement de l’intersectorialité et des partenariats dans la mise en œuvre de la Politique nationale de la jeunesse et le renforcement de l’accompagnement des jeunes en vue d’une meilleure insertion socioprofessionnelle. « 86 associations ont été dotées de 4 millions d’euros », souligne, à ce titre, M. O’Rourke.