Le Conseil des ministres, tenu dimanche, a tranché dans le vif : annulation du régime préférentiel pour l’importation des lots SKD/CKD pour le montage de véhicules et autorisation d’importer de véhicules touristiques neufs par les concessionnaires automobiles. Le gouvernement signe ainsi un retour à l’avant-2014, lorsque l’activité de concession automobile se limitait à importer des véhicules neufs et à les revendre en l’Etat, en assurant le service après-vente.

L’activité du montage automobile est ainsi suspendue jusqu’à publication d’un nouveau cahier des charges. Les mesures prises dans le cadre de la loi de finances complémentaire 2020 sont venues fixer les grands axes de ce que sera la politique du gouvernement qui, par la voix de son ministre de l’Industrie et des Mines, avait laissé entendre par le passé la préparation en cours d’un nouveau cahier des charges encadrant l’activité de l’assemblage automobile. En revanche, à l’issue dudit Conseil des ministres, le gouvernement a décidé également l’exonération des taxes douanières et de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour une durée de deux ans renouvelables pour les composants acquis localement par les sous-traitants dans le secteur des industries mécanique, électrique et électronique et les pièces de rechange, et la création d’un régime préférentiel pour les activités de montage. Ainsi, à travers ces mesures, l’Exécutif vient de planter le décor de ce que sera sa stratégie dans ce secteur d’activité qui a connu un grand chamboulement dès 2014. Pour le moment, le gouvernement Djerad fait le choix de rétablir la politique des concessions automobiles afin de continuer à approvisionner le marché, en attendant le cahier des charges qui devrait régir l’activité de montage ainsi que les textes d’application de l’article autorisant le retour de l’importation des véhicules de moins de trois ans d’âge, contenu dans la loi de finances 2020. L’option d’un retour à la situation d’avant-2014, tout en laissant la porte entrouverte à l’activité de l’assemblage, serait la plus approprié en l’état actuel de l’économie et du marché. Force est de constater également que l’activité de montage automobile, mise en place par le gouvernement Sellal à la mi-2014, s’était révélée un gouffre financier pour l’Etat et une filière réservée à une poignée d’hommes d’affaires triés sur le volet. De 2016 à 2018, les importations des kits SKD-CKD, destinés aux usines de montages, se sont chiffrées à environ 8 milliards de dollars, alors que le transfert technologique et la création d’emplois que les investisseurs devaient garantir se sont révélés un leurre. C’est cette triste réalité, appuyée par des chiffres fous sur les coûts de cette activité de montage automobile, répartis entre les lignes de crédits en devises ouvertes par les banques, les avantages fiscaux et parafiscaux, foncier…qui a amené les pouvoirs publics à opter pour le retour à la concession en attendant de réparer les dégâts de la précédente politique. Fin février, le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Ait Ali, a indiqué que le nouveau cahier des charges relatif à l’industrie automobile, qui devrait être prêt avant la fin du mois d’avril écoulé, exigera de l’investisseur un taux d’intégration initial de 30% ainsi qu’un apport initial en capital égal ou supérieur à 30% de l’investissement. Faisant remarquer qu’un investissement minimum de 250 millions de dollars était nécessaire pour produire 200.000 coques/an, à titre d’exemple, le ministre avait estimé que l’implication financière directe de l’investisseur allait le responsabiliser et l’inciter à respecter le cahier des charges. Outre la participation financière de l’investisseur et le taux d’intégration exigé au commencement de la production, le nouveau cahier des charges en préparation exige que la main d’œuvre de l’usine soit essentiellement locale, exception faite des cadres dirigeants.<