Si le cahier des charges relatif à l’importation des véhicules neufs a fini par voir le jour et être publié, après plusieurs semaines de report, celui destiné aux opérateurs étrangers tarde toujours à être promulgué et communiqué aux intéressés. Ces derniers sont des filiales qui ont exercé pendant de nombreuses années sous la houlette de leurs maisons mères respectives, mais qui ont dû, elles aussi, cesser la commercialisation de voitures après l’interdiction en la matière intervenue en 2016.
Mais aujourd’hui que le retour au métier de concessionnaire a été de nouveau autorisé par la loi de finances complémentaire 2020, et que les opérateurs nationaux connaissent le contenu du cahier des charges auquel ils devront se soumettre pour décrocher l’autorisation d’exercer, les étrangers se trouvent, quant à eux, à la croisée des chemins, attendant toujours le nouveau texte de loi spécial concessionnaires non algériens qui ne vient pas. Parmi ces derniers, Renault Algérie, Peugeot Algérie et Toyota Algérie restent les plus en vue, à travers une présence d’au moins deux décennies sur le marché algérien ; les deux marques françaises évoluant en tant que filiales de leurs groupes respectifs, alors que la filiale algérienne de Toyota active sous la coupe du groupe saoudien Abdelatif Jamil, premier représentant exclusif du groupe japonais dans le monde. Sur le même registre, nous pouvons citer également le cas de Diamal, filiale du groupe CFAO Automotive, ou Saïda, filiale du groupe GBH représentant notamment la marque française Citroën.
Aujourd’hui, des responsables de ces trois filiales disent qu’ils ne savent pas réellement que leur réserve l’avenir. Les entreprises qu’ils représentent et leurs employés regardent des opérateurs nationaux déposer des demandes d’agrément sans avoir le droit d’en faire autant, soulignent-ils. «Nous aimerions savoir de quoi est fait le cahier des charges destiné aux opérateurs étrangers, et pouvoir ainsi entamer les démarches nécessaires et rassurer nos employés», s’inquiète l’un des responsables, préférant garder l’anonymat, comme le veut la coutume de ces dernières années dans la filière automobile dans notre pays.
Cependant, si les filiales attendent toujours le nouveau texte de loi qui leur sera consacré, certains opérateurs nationaux ne perdraient pas, quant à eux, leur temps, et seraient même à l’affût de la moindre occasion qui leur permettrait d’exploiter cette situation et de récupérer la représentation de marques comme Renault-Dacia, Peugeot, Toyota ou encore Citroën.
Le déploiement dans cette perspective serait difficile à mener à termes, font remarquer certains spécialistes du marché, considérant que des constructeurs, comme Renault et Peugeot notamment, n’accepteront jamais d’échanger le statut de leur filiale étrangère, dirigée de surcroît par des expatriés, contre un partenariat à 49/51, ou sous une autre forme juridique.
Tout pourrait arriver néanmoins, considèrent d’autres observateurs, faisant remarquer qu’un constructeur comme Renault serait prêt à faire des concessions pour reprendre ses activités d’importation dans un marché qu’il domine sans concurrence aucune depuis une quinzaine d’années et qui, de surcroît, lui avait permis de soigner ses ventes à l’international des années durant avant l’arrêt des importations.
Dans le cas de Toyota, l’opération récupération aurait déjà été actionnée, nous font savoir certaines sources proches du dossier, précisant que celle-ci associerait la construction et l’importation de la marque japonaise autour du même opérateur algérien. Ce dernier serait bien connu dans la filière automobile où il a longtemps représenté une marque asiatique, parmi les plus vendues chez nous. Mais c’est apparemment du côté de Diamal que les tractations ont le plus de chances d’aboutir. De chances, et de raison aussi, sachant que le prétendant à la récupération de la filiale de CFAO Automotive ne serait autre que le groupe Hasnaoui, partenaire privilégié du groupe français avec 40% de parts dans le capital social. Le représentant historique de la marque nippone Nissan, aurait, en effet manifesté son intérêt pour représenter les marques de Diamal. Reste à savoir si, en cas de récupération, le groupe Hasnaoui pourrait représenter la marque Chevrolet, locomotive commerciale de Diamal pendant des années, avant de passer sous la bannière du groupe Tahkout.
Pour rappel, le nouveau cahier des charges portant importation de véhicules neufs est destiné aux seuls opérateurs nationaux, excluant ainsi les opérateurs étrangers jusqu’à promulgation d’un nouveau texte de loi à leur destination.
Au début du mois en cours, le ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali Braham, avait annoncé que son département avait déjà accusé réception de 113 demandes d’agrément pour l’importation de véhicules neufs. Un chiffre qui témoigne de l’engouement toujours intact pour cette activité, en dépit d’un texte de loi jugé «trop contraignant» au lendemain de sa publication, fin août dernier. n