Le gouvernement se dirige-t-il vers l’abandon de l’annonce de laisser entrer dans le marché algérien les véhicules de moins de trois ans ? Après avoir annoncé le gel de cette décision contenue dans la loi de finances 2020, le ministre de l’Industrie, Ferhat Ait Ali Braham, persiste et signe pour dire qu’il est «non convaincu de cette mesure», signe que son département semble vouloir lâcher le volant de la voiture d’occasion importée. Le dernier mot revient, cependant, au Conseil des ministres qui devra autoriser ou refuser l’arrivée de ce type d’automobile sur le sol national.

Annoncée comme ayant été gelée, la mesure ouvrant droit à l’importation de véhicules de moins de 3 ans risque de ne jamais se concrétiser sur le terrain. Introduite par la Loi de finances 2020, elle est restée, plusieurs mois durant, sans dispositif devant fixer les modalités qui accompagnent ce type de transaction. Et la sortie, il y a quelques jours, du ministre de l’Industrie, annonçant son «gel momentané» est venue confirmer que les pouvoirs publics n’ont pas l’intention de fixer ces modalités parce que, tout simplement, ils ne veulent pas d’une mesure qui, en plus d’être héritée d’un gouvernement de transition, ne semble plus avoir sa raison d’être depuis que la Loi de finances complémentaire de la même année a ouvert la voie de nouveau à l’importation de véhicules neufs sous la bannière des concessionnaires.
C’est en tous les cas ce qui se dégage de l’attitude des autorités concernées, dont l’attentisme et la mise du dossier véhicules de moins de 3 ans ont pu compter sur la fermeture des frontières provoquée par la pandémie de la Covid-19. Mais un retour à la vie normale risque de ne pas suffire pour libérer les autorisations d’importer ce type de véhicules et c’est toujours le même Ferhat Aït Ali Braham qui se charge de l’annoncer d’ores et déjà, et de manière indirecte, quitte à se faire reprocher par des observateurs sa démarche qui empiète sur les prérogatives du ministère des Finances. M. Aït Ali affiche, en effet, clairement son ambition de faire annuler la disposition qui a réhabilité l’importation des moins de 3 ans, et ce, depuis sa nomination à la tête du secteur de l’Industrie. Samedi, il n’a fait qu’aller un peu plus loin dans son projet lorsqu’il a annoncé qu’il présentera une communication dans cette perspective en Conseil des ministres. Il rappellera, à l’occasion, sa position à ce sujet, en se disant «non convaincu de cette mesure» et en réitérant ses déclarations antérieures, entre «son refus d’encourager le recours au marché informel de la devise». Le ministre ne manquera pas d’insister une nouvelle fois pour estimer qu’«on ne va pas débourser l’argent qui nous reste dans l’importation de voitures de moins de trois ans». «L’Algérie est aujourd’hui dans une phase de projection pour mettre en place une industrie automobile», a-t-il précisé.
C’est donc apparemment vers l’annulation pure et simple de cette mesure que l’on se dirige. Une mesure mort-née, comme nous l’avons déjà écrit sur ces mêmes lignes, qu’une approbation par le Conseil des ministres puis, sans doute, par voie de Loi de finances complémentaire, se chargera d’enterrer.
Pour ce faire, le gouvernement pourra compter sur le peu d’engouement chez le citoyen qu’a pu susciter une mesure difficile à concrétiser pour différents paramètres, aussi objectifs les uns que les autres. D’ailleurs, le retour aux importations de véhicules de moins de 3 ans avait été considéré par de nombreux observateurs comme un échec annoncé, dès son annonce. Parmi ces paramètres, sont cités notamment les prix relativement élevés de cette catégorie de voitures et les autres frais qu’il faudra payer, assurances, transport du véhicules, hôtel…, sans compter les démarches à accomplir pour se déplacer dans le pays d’achat et en revenir, à commencer par ce fameux visa devenu plus que difficile à décrocher pour une grande majorité d’Algériens, et qui le sera encore davantage une fois les frontières rouvertes.
En somme, l’ensemble des données vont actuellement à l’encontre de la fameuse mesure introduite par la LF 2020. Et ceux qui avaient applaudi, à chaud, le retour des véhicules de moins de trois ans ont certainement fini par abandonner cette piste et ses nombreuses contraintes techniques de logistique et attendent le retour des véhicules neufs et des concessionnaires, de nouveau autorisés par la LFC 2020.