Par Bouzid Chalabi
Alors que l’affaire des 30 000 tonnes de blé tendre avarié importées de Lituanie, qui avait fait couler beaucoup d’encre, n’a pas révélé tous ses dessous, voilà que l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) prend les devants en décidant de porter de 0,5% à 1% le taux tolérable sur les dégâts d’insectes à la réception à quai. Une mesure qui intervient à la suite de la sombre affaire susmentionnée. Elle est d’ailleurs entrée en vigueur à travers un appel d’offres lancé tout récemment par l’OAIC pour l’achat de 50 000 tonnes de blé et dont le cahier des charges stipule, entre autres conditions strictes, aux soumissionnaires que le taux de dégât d’insectes toléré à l’achat est de 1% et non plus de 0,5% comme cela était de mise. En clair, lors du chargement qui s’effectuera en trois périodes, comprises entre le 15 décembre et fin janvier prochain, le taux des dégâts admis est de 1% et ce n’est qu’à cette condition que le contrat d’achat sera conclu. En agissant ainsi, l’Office s’est montré très prudent car l’affaire du blé lituanien plane encore sur les têtes des responsables de l’OAIC, d’autant plus que son directeur général de l’époque , Abderrahmane Bouchahda, s’est vu évincé de son poste le 17 juin 2021, à la suite de cette affaire qualifiée de scandaleuse au sein de l’opinion publique.
C’est pourquoi, l’OAIC, après le feu vert des pouvoirs publics de diversifier les pays d’origine de ses fournisseurs, est appelé à être très minutieux dans l’élaboration de ses contrats d’achats. A ce titre, il convient de souligner que l’Algérie est le second pays, après la Chine, à s’approvisionner en blé tendre auprès de l’UE. Soulignons également que l’OAIC a continué d’acheter abondamment, tout au long de 2019-2020 et 2020-2021. Le dernier avis d’appel avant celui de cette semaine date de septembre 2021 pour l’achat de 50 000 tonnes de blé meunier d’origine optionnelle pour livraison en novembre 2021.
Toujours à propos de l’origine des importations de blé par l’Algérie, il y a lieu de citer un fait majeur, celui du retour des Russes sur le marché algérien. Cela à la faveur d’une retouche à la réglementation apportée par les autorités algériennes qui ont décidé, il y a près d’une année maintenant, de revoir le cahier des charges relatif aux caractéristiques du blé à importer, ouvrant ainsi les portes du marché algérien au blé russe. Une tendance qui s’est confirmée par la réception d’une cargaison envoyée de Russie au mois d’août dernier. Ce qui avait démontré à l’époque que l’Algérie est partie pour diminuer beaucoup plus sa dépendance en blé vis-à-vis des habituels fournisseurs, notamment français, dont les affaires n’ont pas été arrangées par cette histoire de cadavre d’animal découvert dans une cargaison de blé acheminée vers le port d’Oran, qui a fait grand bruit au tout début de cet été.
Rappelons enfin, qu’en raison de la sécheresse durant la campagne céréalière, la production de céréales du pays va chuter de 38 à 35 millions de quintaux, selon les prévisions du département américain de l’agriculture (USDA). Par conséquent, l’Algérie devrait importer 8 millions de céréales en 2021-2022 contre 7,5 millions de tonnes durant la campagne 2020-2021. Du pain sur la planche pour l’OAIC dans l’élaboration de ses contrats d’achat afin d’éviter les dommages collatéraux, c’est-à-dire les lourds frais de surestarie sur le compte du Trésor public. n