Par Bouzid Chalabi
Avec ce nouvel appel d’offres international, lancé vendredi 9 juillet 2021 par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), pour l’achat de 30 000 tonnes de blé de mouture pour livraison en août prochain, faut-il s’attendre, après l’opération de refoulement tout récemment de 30 000 tonnes de blé français depuis des ports algériens, que les fournisseurs français soient supplantés par d’autres prestataires européens ? Une hypothèse à prendre en compte, car jusqu’ici, l’enquête menée pour connaître les tenants et les aboutissants de la présence de carcasse d’animal à bord d’une cargaison lors de son débarquement au port d’Oran, est à son point mort.
Il faut aussi croire dans la foulée que cette affaire d’animal mort à bord d’une cargaison de blé aura vite fait d’avoir un impact chez les fournisseurs de blé européens au marché algérien. Les traders sélectionnés à l’issue de l’avis d’offres n’en sont pas moins avertis du risque de refoulement en cas d’avarie ou de présence d’un corps étranger. Le cas échéant, le financement du refoulement est à leur charge. Du côté de l’OAIC, on apprend de sources concordantes que, dorénavant, il sera exigé des inspections plus rigoureuses à l’embarquement sur les vraquiers. Cela dit, il y a lieu de savoir que la découverte de restes d’animaux dans une cargaison de blé importé depuis un port français a fait l’objet d’une interdiction totale d’entrée sur le territoire algérien. Autrement, tout le reste de la cargaison à bord des navires a été renvoyé à son expéditeur.
Toujours est-il que cette affaire a fait couler beaucoup d’encre sans parler des rumeurs folles qui ont circulé. Relayer avec insistance dès lors où selon le ouï-dire c’était une carcasse de cochon. Ce n’est pas pour déduire que c’est là un acte délibéré afin de porter atteinte à crédibilité des fournisseurs français. Tandis que d’autres ont avancé que «c’était un coup bas porté aux fournisseurs européens, sous-entendu les Français, au profit des concurrents russes». C’est pour dire que cette affaire n’est pas près de connaître un dénouement. Mais toujours est-il que le marché algérien tant convoité par les pays gros exportateurs de céréales pourrait connaître un léger chamboulement dans le classement de ses principaux fournisseurs. Dans cette hypothèse, ce sont les Français qui, depuis des lustres classés premiers, risquent d’être délogés. Faut-il rappeler dans ce cadre que jusqu’à présent, le blé russe était limité en Algérie du fait d’un seuil de dégâts causé par des insectes fixé à 0,1 % sur les cargaisons, qu’il pouvait difficilement respecter. Au-dessus de cette limite, les bateaux qui arrivent sont systématiquement refusés. Mais la Russie vient de gagner une «approbation préliminaire», avait déclaré le responsable de la sécurité agricole de Moscou, Rosselkhoznadzor, début février 2020. Depuis, aucune avancée dans ce sens si ce n’est que l’OAIC a, en début d’année, fait passer la limite de punaisons à 0,5 % permettant ainsi au blé russe de participer aux futurs appels d’offres, ce qui pourrait bien remettre en cause prochainement l’hégémonie française. Néanmoins, Andrey Sizov, Directeur général de SovEcon, avait montré un enthousiasme limité face à la nouvelle : «Même si la limite des dégâts d’insectes est assouplie, il faudra du temps avant que quelqu’un de courageux vende du blé russe à l’Algérie.» <