La liste des premiers concessionnaires sera dévoilée aujourd’hui. Les opérateurs concernés recevront un agrément provisoire avant l’étape de confirmation, a fait savoir le ministère de l’Industrie.

Ce document tant attendu sera délivré par le Comité technique interministériel conjoint, chargé de suivre les dossiers des opérateurs souscrivant à l’importation de véhicules neufs, autorisée de nouveau par la loi de finances complémentaires 2020, et ce, après une suspension de près de quatre années, ouvrant la voie à une industrie automobile qui s’est rapidement transformée en importation déguisée encore plus coûteuse pour le pays que l’achat direct de véhicules finis.
L’agrément provisoire permettra aux opérateurs concernés d’entamer les procédures d’obtention des agréments définitifs et de débuter les opérations d’importation «conformément au décret exécutif 20-227 fixant les conditions et les modalités d’exercice de l’activité de concessionnaires de véhicules neufs», rappelle le ministère de tutelle, précisant que les noms des opérateurs qualifiés seront dégagés d’une première liste de 10 dossiers examinés par le comité, dont 9 pour l’importation de véhicules de tourisme et un pour les motocycles.
D’autres demandes d’agrément seront examinées jusqu’au bouclage de l’ensemble des dossiers déposés par les opérateurs, a souligné la même source, notant que le comité concerné par cette mission «a augmenté son rythme de travail en tenant des réunions urgentes tout au long de la semaine». Ce sont donc normalement une trentaine de dossiers d’importation de véhicules qui restent à examiner, le ministre de l’Industrie ayant fait savoir, la semaine dernière, que 40 dossiers de concessionnaires locaux, déposés en ligne, étaient complets au niveau de son département. Référence faite sans doute aux déclarations, quelques jours auparavant, chiffrant à plus de 180 dossiers du genre déposés, mais dont le plus grand nombre étaient incomplets, avait expliqué Ferhat Aït Ali Braham.
«Pour l’instant, sur le plan documentaire, nous avons recensé 40 dossiers qui sont complets (…) et nous avons tardé dans le choix des dossiers d’importateurs de véhicules neufs, car il fallait bien examiner leur conformité aux conditions fixées dans le cahier des charges et s’assurer que le client ne soit pas pris en otage comme c’était le cas dans le passé», a-t-il dit. Ajoutant que «ce n’est pas l’Etat qui va importer les véhicules mais les concessionnaires». C’est pourquoi, «ceux qui ont des dossiers propres et qui répondent aux conditions fixées dans le cahier des charges seront retenus», a-t-il insisté.
Il est utile de souligner que le reste des dossiers à examiner pour l’octroi d’agrément aux concessionnaires englobe ceux déposés pour l’importation de véhicules touristiques, d’utilitaires, de camions et de motocycles. Ce sont, en effet, ces quatre segments qui se partageront la facture des importations plafonnée à 2 milliards de dollars par an.
Quant à l’industrie automobile, le comité technique chargé d’étudier et de suivre les dossiers relatifs à l’exercice de cette activité s’est penché sur un seul dossier sur 18 reçus, poursuit le ministère, sans préciser si ce dossier a été retenu.
Le département de M. Aït Ali a, à l’occasion, réagi publiquement aux listes relayées ces dernières semaines par certaines «sources» concernant des noms d’opérateurs retenus pour les deux activités. Il dément catégoriquement et souligne que «les listes relayées comme étant les listes des opérateurs économiques ayant obtenu les agréments sont dénuées de fondement».
Priorité à l’entrée
de gamme ?
Quels sont donc les opérateurs ayant décroché les premiers agréments pour l’activité d’importation automobile et combien sont-ils ? C’est la question que se posent ceux qui suivent le déroutant dossier automobile depuis que le ministère de l’Industrie a annoncé cette opération pour aujourd’hui. En attendant, ces derniers n’hésitent pas, cependant, à miser sur les opérateurs ayant souscrit à un agrément en optant pour la représentation d’un constructeur, dont l’offre peut assurer au marché algérien des modèles d’entrée et de moyenne gamme. Ils expliquent que c’est en privilégiant ces deux gammes et leurs prix relativement abordables que le plafonnement de la facture des importations à 2 milliards de dollars pourrait être appliqué tout en garantissant au marché des volumes acceptables au moins par rapport à la disette qui l’a caractérisée en 2020.
Ce raisonnement peut tenir la route dans le cas où le véhicule touristique est classé comme besoin de locomotion auquel a droit le citoyen algérien et non comme un luxe, comme il est tenté de le faire admettre par certaines parties responsables.
Il était d’ailleurs aisément vérifiable durant les années du boom automobile dans notre pays qu’en termes de volumes importés et écoulés, les transactions étaient largement dominées par les véhicules d’entrée et de moyenne gamme et de petites cylindrées, dans un marché essentiellement de prix.
Et pourtant, ce ne sont pas ces volumes dominants qui gonflaient forcément la facture des importations, mais plutôt les volumes relativement réduits de grosses cylindrées et autres véhicules de luxe introduits sur le marché local par des concessionnaires et autres importateurs multimarques.
L’explosion de la facture automobile durant la première moitié des années 2010 n’était pas, en effet, une conséquence directe et inévitable du nombre, continuellement croissant, de véhicules importés par la cinquantaine de concessionnaires, dont plusieurs représentaient plusieurs marques. Si cette corporation avait porté les importations au-dessus de la barre à une moyenne de 5 milliards de dollars entre 2010 et 2014, avec un pic de 7,33 milliards de dollars en 2013, c’est aussi pour les gammes diversifiées de véhicules haut de gamme et de luxe qui était déchargés dans le port d’Alger, puis de Mostaganem.
Des gammes de plusieurs marques Premium, entre européennes, asiatiques et américaines, qui fleurissaient dans les showrooms des importateurs. Celles-ci étaient, certes, moins nombreuses dans le décompte des importations globales, mais dont un seul exemplaire était payé de cinq à dix fois, et même plus, le prix des modèles les plus demandés par la clientèle algérienne. De plus, le véhicule de luxe était livré à son acquéreur privilégié à un prix largement réduit grâce aux avantages de la licence des moudjahidine que de nombreux concessionnaires proposaient aux clients au niveau de leurs espaces commerciaux. Autrement dit, ces concessionnaires se servaient des devises du pays pour aller importer des véhicules à plusieurs milliers d’euros ou de dollars qu’ils revendaient sans TVA, dont le seul taux pouvait atteindre le prix d’au moins trois petits véhicules.
C’est pourquoi, aujourd’hui, que les voitures importées s’apprêtent à faire de nouveau leur apparition dans les showrooms des concessionnaires, le plafonnement de la facture consacrée à leur achat en monnaie forte ne devrait pas se faire au détriment d’une demande qui se fait sentir en premier lieu chez un citoyen en besoin urgent de moyen de locomotion. Pour les demandeurs du haut de gamme et de luxe, il existe sans doute de nombreuses solutions pour se faire livrer un plaisir à leurs goûts et moyens. <