Les moteurs diesel sont désormais appelés à disparaître du parc automobile algérien. Les pouvoirs publics semblent décidés à donner un tour de vis à ce type de carburant en introduisant les dispositions nécessaires à travers les cahiers des charges portant sur l’activité de concessionnaire et de constructeur, publiés jeudi dernier.

Par Feriel Nourine
En effet, la motorisation diesel, connue pour être fortement polluante, mais aussi pour avoir prospéré durant les belles années des importations de véhicules par les concessionnaires, ne sera désormais plus autorisée à figurer sur les gammes de véhicules commercialisés par ces derniers, comme il n’aura pas de place dans les chaînes de montage qui seront implantées en Algérie.
Après une poussée qui lui a permis d’atteindre jusqu’à 40% du parc national automobile de tourisme, le diesel n’est plus autorisé à figurer dans les gammes commercialisées sur le marché algérien, qu’il soit importé ou fabriqué localement.
Le cahier des charges portant sur l’activité des concessionnaires est très clair sur cette disposition dans son article 27. Lequel oblige les concessionnaires d’importer uniquement des véhicules de tourisme équipés d’un «moteur essence, électrique, hydrogène ou hybride», c’est à dire un mix soit essence/électrique, soit essence/hydrogène, soit GPL/GNC, ou bien avoir la capacité d’être convertis en carburant vert. Même obligation faite au constructeur installé en Algérie de ne pas fabriquer de véhicule de tourisme diesel, et d’intégrer dans ses chaînes un modèle électrique du même segment à partir de la cinquième année de son activité.
Ainsi, après avoir chassé définitivement le polluant essence «normal» des stations de services, et généralisé la consommation du sans plomb, en juillet 2021, le gouvernement semble décidé à faire plus de chemin vers le carburant vert, en s’attaquant au gasoil, même si ce carburant reste accessible à la pompe grâce à un prix compétitif, et qui l’est devenu davantage depuis l’augmentation du prix de l’essence.
Pour atteindre progressivement son objectif, l’Etat compte sur des mesures d’exonérations fiscales aux opérations d’importation des véhicules hybrides et électriques, comme indiqué dans le projet de loi de finances de 2023.

Le GPL/c en bonne position
Mais en attendant le passage à l’électrique, c’est sans doute la conversion au GPL/c qui est le mieux placé pour assumer la mutation souhaitée, sachant que ce carburant bénéficie depuis déjà plusieurs années de campagnes de promotion et d’incitation en provenance des pouvoirs publics.
Les concessionnaires qui avaient activé sur le marché algérien durant la période d’ouverture du marché aux importations de véhicules neufs étaient d’ailleurs nombreux à proposer des modèles prédisposés à la conversion en GPL/c qu’ils importaient d’usines implantées dans certains pays. Et c’est vraisemblablement pour ce type d’offre que vont, à leur tour, opté les concessionnaires qui seront retenus par le comité chargé du suivi des dossiers déposés par les opérateurs pour l’octroi de l’agrément. En d’autres termes, dans l’attente de moteurs électriques ou à hydrogène, qui ont besoin d’installation préalables d’infrastructures nécessaires, c’est le GPL/c qui devrait poursuivre son chemin et gagner des parts de marché au niveau du parc national automobile.
En juillet dernier, le nombre de véhicule roulant à ce gaz propre était évalué à plus de 625 000 unités, selon le Pdg de la Société nationale de commercialisation et de distribution de produits pétroliers Naftal, Mourad Menouar.
Ce dernier a ajouté que sa société ambitionne de porter ce nombre à «un million de véhicules durant les deux prochaines années», à travers, a-t-il dit, «l’intensification des campagnes de sensibilisation en direction des citoyens, mais aussi la réduction des frais de reconversion des véhicules pour les inciter à utiliser le GPL carburant, qui permet d’économiser d’importantes quantités d’essence, en plus de la protection de l’environnement», a-t-il expliqué.

Borne de recharge électrique : qu’en est-il du projet ?
Si les moteurs convertis au GPL/c sont loin de constituer une inconnue pour les automobilistes algériens, la piste de l’hybride, l’électrique et l’hydrogène, reste, quant à elle, à découvrir, pour ensuite être adoptée.
Cela se fera via les gammes qu’auront à proposer les concessionnaires. Parmi ceux qui avaient activé sur le marché algérien du neuf avant son arrêt, Toyota Algérie, en tant que représentant précurseur dans le domaine, avait introduit quelques exemplaires d’hybrides en vue de tâter le terrain. Une expérience qui n’a pas eu la suite souhaitée, vue la réticence de la clientèle potentielle approchée.
Parmi les raisons de cet échec annoncé, l’absence notamment de bornes électriques qui vouait d’emblée la version électrique du véhicule à l’arrêt prolongé.
C’est dire que le projet d’introduction en Algérie de véhicules équipés d’autres motorisations que le thermique ne date pas d’hier. Il a commencé, cependant, à faire du bruit, avec l’avènement du ministère de la Transition énergétique et des Energies renouvelables, dirigé par Pr. Chems-Eddine Chitour.
M. Chitour ne ratait alors aucune occasion de s’exprimer pour faire la promotion des véhicules électriques. En ce sens, il appelait régulièrement à leur émergence à travers l’assouplissement des mesures fiscales et autres facilitations accordées à leurs acquéreurs.
Concernant l’installation de bornes de rechargement électrique, sans lesquelles un véhicule électrique n’aurait aucune chance de rouler, le même ministre avait fait état d’une première approche prévoyant de doter toutes les stations de Naftal, publiques et privées, d’au moins une borne. En attendant, une première borne a été installée, durant l’été 2021, au niveau de la station Naftal de Chéraga (Ouest d’Alger). Elle a été produite localement, par le groupe privé Amimer Energie, pour servir de projet pilote pour équiper d’une borne de rechargement électrique au moins une station-service dans chacune des 58 wilayas, en plus des stations autoroutières (autoroute Est-Ouest), au nombre de 32, avec un nombre plus élevé dans les wilayas où le parc automobile est plus important. Cette opération devait être achevée au plus tard à la fin de 2021, avait alors indiqué le premier conseiller du PDG de Naftal, Adel Bentoumi, qui s’exprimait en juillet de la même année. Qu’en est-il aujourd’hui de ce projet ?