A défaut de libération du nouveau cahier des charges, promise pour la fin du mois de janvier dernier, ou d’octroyer les agréments aux opérateurs qui remplissent les conditions pour l’activité d’importation de véhicules neufs, le ministre de l’Industrie semble se plaire à produire un discours qui maintient intact le flou sur le dossier de l’automobile.

Par Feriel Nourine
Tous les délais annoncés du retour des véhicules sur le marché du neuf ont été dépassés, incitant le président de la République à rebondir régulièrement sur le dossier pour appeler au déblocage de la situation. Parfois, on a même l’impression qu’il existe une résistance à peine voilée aux directives et autres instructions de Abdelmadjid Tebboune et ce depuis l’ère de Ferhat Aït Ali qui avait réussi à mettre un bâton dans les roues d’une mesure qui était pourtant venue réhabiliter l’importation des véhicules neufs par voie quasi sacrée de la loi de finances.
Sinon comment expliquer que les choses stagnent toujours alors, qu’il y a près de deux mois et demi, le chef de l’Etat était revenu à la charge, lors d’un Conseil de ministres, pour instruire de la révision « immédiate » du cahier des charges fixant les conditions d’importation des véhicules et l’accélération de l’annonce des concessionnaires agréés. Ahmed Zeghdar l’avait alors relayé pour promettre un cahier des charges avant la fin de janvier 2022 et l’octroi des premiers agréments à la même échéance. Or, rien n’a été fait à ce jour, et les dernières sorties publiques du ministre de l’Industrie laissent transparaître que dans le meilleur des cas, le marché des véhicules neufs ne renaîtra pas avant quelques mois. Peut-être même pas avant la fin de l’année 2022, ce qui fera consommer à ce marché sa troisième année successive sans offre.
En plus de pousser à la confusion entre l’importation de véhicules neufs et la filière industrielle du secteur, le même responsable rappelle, à qui veut l’entendre, que l’importation d’un véhicule à titre particulier n’est pas interdite. Un rappel fait à deux reprises en l’espace de cinq petits jours. D’abord, lundi dernier, sur les ondes de la Radio nationale, puis, jeudi à l’APN, comme pour recommander au citoyen ce type de transaction dans un marché qui ne trouve pas d’autre voie pour introduire des véhicules neufs dans le pays.
Après avoir tenté, il y a quatre années, de remédier à l‘arrêt des usines d’assemblage en votant une loi à l’APN autorisant le retour des importations de véhicules de moins de trois ans par les particuliers, les pouvoirs publics ont fini par déchanter, même aucune décision officielle n’est venue depuis annuler cette mesure. Du coup, on parle de plus en plus de la possibilité accordée aux Algériens d’aller outre-mer acheter un véhicule neuf. Même le président de la République avait évoqué cette « ouverture » accordée pour l’acquisition d’un produit qui se fait désirer sur le marché local. Son évocation à deux reprises, en moins d’une semaine, par le ministre responsable du dossier, a quelques signes d’une démarche qui tend à apaiser la tension et le courroux des citoyens ne sachant plus à quel discours croire ni à quel saint se vouer. Sauf que l’importation d’un véhicule neuf par un particulier n’a d’abord rien d’une faveur au profit de ce dernier. Bien au contraire, ce type de transaction profite grandement au Trésor public au vu des taxes douanières et autres droits dont doit s’affranchir l’acquéreur. Ce type d’achat était d’ailleurs opéré par de nombreux citoyens même durant la période de boom du marché du véhicule neuf où les dizaines de concessionnaires et autres importateurs multimarques proposaient de nombreuses marques et de modèles pour tous les goûts et tendances. Il s’est poursuivi du temps de l’assemblage local et se poursuit toujours, notamment par le biais des importateurs multimarques qui arrivent à maintenir en vie leur activité en profitant notamment de la licence d’importation et des avantages qu’elle leur procure sur le registre des taxes.
Ces derniers ont des connaissances, des données et des avantages que la quasi-totalité des Algériens en quête d’une voiture neuve n’ont pas pour oser la transaction.
Entre acquisition de devises au prix du marché parallèle, billet d’avion, frais de séjour dans le pays où doit s’effectuer l’achat du véhicule neuf, l’addition a déjà de quoi refroidir les ardeurs de bien des prétendants. Quant au visa qui se délivre au compte-goutte, notamment depuis l’arrivée du coronavirus, c’est carrément l’obstacle qui empêche ces ardeurs de naître. Suivent, bien-sûr, le coût du véhicule, ses frais d’assurance sur place, de transport et les taxes douanières qui ont explosé.
C’est pourquoi, le gros de la clientèle des importateurs multimarques ne sont autres que pour ces particuliers que les pouvoirs publics disent ne pas interdire d’importation.
Ces derniers savent de quoi est fait le chemin vers un véhicule neuf qui n’existe plus dans leur pays. Ils préfèrent alors en faire la commande chez un revendeur multimarque, avec moins de tracas administratifs et même à des prix moins élevés dans certains cas. Quant à l’acquisition d’un véhicule auprès d’un actionnaire agréé, c’est tout à fait un autre type de transaction qui ne se limite pas à l’acte d’achat, mais se prolonge dans une relation de service après-vente régie par ce même cahier des charges que le ministère de l’Industrie n’en finit pas de réviser. <