Pas de limitation de quotas pour les concessionnaires qui seront autorisés à reprendre l’importation de véhicules neufs. Le ministre des Finances, Abderrahmane Raouia, a apporté, mardi, cette précision alors qu’il présentait le PLFC aux membres de la Commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN).

Une réponse qui permet d’en savoir un peu plus sur les modalités qui accompagneront le retour à l’importation de véhicules neufs. D’autant que la question des quotas s’est posée depuis l’annonce, au début de la semaine dernière, du retour à cette activité sur fond de souvenirs de l’instauration, en 2016, d’un mécanisme visant à réduire la facture d’importation de véhicules dans une conjoncture de forte régression des recettes en devises du pays, provoquée par la chute des cours du pétrole en 2014.
L’instauration des quotas avait été opérée de façon si expéditive qu’elle n’avait pas manqué de provoquer de la suspicion chez certains concessionnaires lésés, notamment des acteurs très en vue sur un marché où ils cumulaient près de 20 années d’exercice. Ces derniers n’avaient d’ailleurs pas tardé à être confortés dans leurs doutes en se retrouvant, un peu plus tard, carrément écartés des projets d’usines automobiles et perdant leurs marques au profit d’autres opérateurs privilégiés par l’ancien système.
M. Raouya a expliqué aux députés que le Gouvernement est en train de mettre en place une nouvelle stratégie pour asseoir une véritable industrie nationale automobile en Algérie. Les résultats de cette stratégie ne seront toutefois visibles que dans trois années, a-t-il souligné. Parallèlement, faut-il le souligner de notre côté, les usines d’assemblages existantes se trouvent toutes en arrêt d’activité et sans aucune perspective de reprise après la suppression du régime préférentiel qui leur avait été accordé dans le cadre des importations de kits SKD-CKD sur lesquelles reposait leur stratégie industrielle.
D’où l’obligation pour les pouvoirs publics de revenir à l’importation de véhicules neufs, en plus des voitures d’occasion (autorisée par la Loi de finances initiale), en vue de répondre à la demande du marché jusqu’à l’entrée en production effective des nouvelles usines, a soutenu le ministre des Finances. Autrement dit, il s’agit d’une approche qui tend aussi à corriger les fautes graves commises ces dernières années à travers l’arrêt brutal des importations pour céder le terrain à une brochette d’opérateurs triée sur le volet dans l’assemblage automobile. Ces derniers se sont, en tous les cas, bien servis en profitant de cette période de marché, vidée de plus de 30 marques, pour imposer une logique de prix que la logique ne connaît pas, sachant qu’ils bénéficiaient d’un tarif préférentiel en fiscalité, taxes douanières et autres extras dans l’acquisition d’assiettes foncières pour leurs projets ou encore pour l’embauche de leurs personnels.
Importations en devises ou en dinars ?
M. Raouya a expliqué que le concessionnaire pourra importer en fonction de ses capacités financières sans limitation de quotas, mais en contrepartie de taxes fixées par le PLFC. Il n’a cependant pas précisé si les capacités financières du concessionnaire seront évaluées en devises ou monnaie locale qui sera convertie à travers le circuit bancaire. Dans le deuxième cas, cela signifierait qu’il va falloir encore creuser dans les finances publiques pour satisfaire les achats de véhicules neufs, alors que la situation financière du pays subit de plein fouet la double crise sanitaire du coronavirus et l’effondrement des cours de l’or noir.
C’est pour quoi ceux qui souhaiteraient renouer avec l’activité de concessionnaire devront faire appel à leur propre manne financière en monnaie forte. Cette démarche semble la plus indiquée pour justifier la décision des pouvoir publics de ne pas limiter les quotas, laissant la voie libre aux importations, et même les encouragent pour en tirer un maximum de dividendes en matière de fiscalité et de taxes douanières et autres, dont notamment la taxe sur les véhicules neufs (TVN) et ses montants révisés à la très forte hausse par le PLFC pour varier entre 1 00 000 dinars et 1,5 million DA pour les véhicules essences et 200 000 et 2 millions DA pour les véhicules diesel.
Tous ces avantages avaient, faut-il le rappeler, disparu ces dernières années sous l’effet du tarif préférentiel accordé dans le cadre de l’assemblage automobile local. C’est pourquoi leur retour sera assurément d’un apport pesant pour les finances publiques.
Quant à la question de savoir si les concessionnaires sont prêts à financer leurs importations avec leurs propres devises, il est utile de rappeler que certains d’entre eux avaient déjà interpellé l’APN en ce sens, en 2018. Pour maintenir leur activité de vente de véhicules, certains opérateurs avaient même incité des députés à exposer leur offre au sein du Parlement, mais sans jamais être écoutés par des dirigeants affairés à privilégier les proches du cercle présidentiel et à faire de la voiture faussement «made in bladi» une autre voie de corruption et d’enrichissement sans compter.
Pour rappel, en plus d’autoriser l’importation sans limitation de quotas, le PLFC suspend l’obligation faite aux concessionnaires de monter un projet industriel. Une mesure qui sert à rappeler la distinction à devoir systématiquement faire entre l’activité de commerce automobile et celle du montage. Une seule planète certes, mais deux mondes aussi. n