L’autorisation d’importation de véhicules de moins de trois trouvera-t-elle réellement preneur parmi les citoyens ? Difficile de répondre à pareille question introduite par la loi de finances 2020 et dont les textes d’application tardent.
Ceci étant, il peut déjà exister des paramètres objectifs qui n’augurent d’aucun succès pour cette formule. Bien au contraire, le retour aux importations de véhicules de cette catégorie d’âge risque d’être un échec pour de nombreuses raisons. A commencer par le prix d’un véhicule de moins de trois ans, dont la valeur, sur les marchés choisis pour cette opération, à savoir les marchés français, belge et espagnol, reste assez élevée sur les trois premières années. En France spécialement, considérée comme première destination européenne pour les Algériens, la courbe de chute d’un véhicule est de tout juste 7 à 8% par an, soit au plus 24% de moins du prix initial au bout de trois années d’usage.
La question du prix du véhicule a d’ailleurs été évoquée une nouvelle fois, hier, par le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Aït Ali. « Le citoyen doit savoir que la différence entre les prix des véhicules de moins de trois ans et ceux des voitures neuves n’est pas grande, notamment du fait de la valeur du dinar sur le marché parallèle, sans compter les droits de douanes », a-t-il lancé lors de son intervention au forum d’El Moudjahid. Une précision, sinon tout juste un rappel, qui n’a absolument rien d’un scoop chez le citoyen, ce dernier étant déjà au coutant des prix pratiqués outre-mer pour les véhicules de moins de trois ans, comme il est au courant qu’au-delà de cet âge, la perte de valeur s’accentue et peut atteindre jusqu’à 50% au bout de cinq ans. C’est d’ailleurs ce paramètre pesant qui a poussé des analystes du marché automobile à recommander le recours à des véhicules de moins de 5 ans pour réussir la formule d’achat de véhicules d’occasion d’outre-mer. Une recommandation qui n’a malheureusement pas trouvé preneur chez le gouvernement, faisant qu’aujourd’hui, peu d’emballement populaire a été manifesté pour la mesure introduites par la LFC 2020.
Et l’emballement risque de ne pas avoir du tout lieu, sachant qu’en plus du prix du véhicule, le citoyen algérien obligé d’aller faire son achat à l’étranger aura à faire face aux frais du billet d’avion, de séjours, d’assurance à payer sur place en devises, de transport, mais aussi des taxes douanières dont il faudra s’acquitter une fois le véhicule débarqué dans un port algérien. Nous allions oublier le visa pour accéder à l’espace Schengen qui se fait de plus en plus rare chez les consulats, voire impossible dans de nombreux cas. Au bout du compte, la facture risque d’être même plus élevée que celle qui pourrait être payée pour un véhicule neuf acquis en Algérie.
A ces considérations financières trop lourdes, il faudra ajouter l’incompatibilité technique entre les véhicules appelés à être importés et la qualité du carburant vendu en Algérie.
Comprendre que les véhicules qui, aujourd’hui, ont moins de trois ans en France, en Espagne ou en Belgique roulent à l’Euro 6, c’est-à-dire avec des normes de motorisation qui ne correspondent pas à la qualité de l’essence made in bladi.
Face à cette batterie de contraintes trop dissuasives, le gouvernement va-t-il faire l’effort de revenir aux véhicules neufs.
Une option qui serait en train de faire son bonhomme de chemin, d’autant que la production locale a déjà montré ses limites.