Les fervents défenseurs du retour à l’importation de véhicules touristiques de moins de 3 ans peuvent applaudir la loi de finances complémentaires 2021 qui autorise désormais cette formule et dont la publication a été faite sur le dernier Journal Officiel.

Par Feriel Nourine
Mais bien plus qu’une question d’autorisation, d’ailleurs accordée depuis une année par la loi de finances 2020, avant d’être gelée sans avoir jamais été appliquée, c’est surtout au niveau des modalités d’application que la LFC apporte un plus. Autrement dit, pour empêcher la loi autorisant les moins de 3 ans d’être effective sur le terrain, le gouvernement a décidé de ne pas l’accompagner de textes d’application, faisant de son gel une mesure d’office.
Du coup, la LFC de l’année en cours libère cette loi en fixant les modalités de son application. En ce sens, et selon l’Ordonnance 21-07 du 8 juin 2021, portant LFC pour 2021, «est autorisé le dédouanement, pour la mise à la consommation, avec paiement des droits et taxes relevant du régime de droit commun, des véhicules de tourisme de moins de trois (3) ans d’âge, importés par les particuliers résidents, une fois tous les trois ans, sur leurs devises propres, par débit d’un compte devises, ouvert en Algérie, est autorisé», est-il écrit sur le JO. Les modalités d’application de cette disposition ainsi que le contrôle de conformité des véhicules de tourisme usagés sont fixées «par voie réglementaire», selon la même loi de finance complémentaire. Cette mission devrait être attribuée aux services des Douanes.
La question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir s’il s’agit d’un dénouement définitif du dossier des importations de véhicules de 3 ans ? Lequel a trouvé une place de choix, pour faire parler régulièrement la polémique dans un marché privé de véhicules neufs et livré au diktat des importateurs multimarques et autres opportunistes du marché de l’occasion chez qui les prix défient toute logique commerciale.
En effet, si la LFC 2021 n’a pas eu besoin d’être soumise à l’approbation de l’Assemblée populaire nationale, suite à sa dissolution depuis le 1er mars dernier, la question du gel de la loi autorisant l’importation de cette catégorie d’automobiles revenait régulièrement dans les séances de questions orales posées par des députés, et des sénateurs aussi, aux ministres concernés.
A la tête de ces derniers, l’ex-ministre de l’Industrie Ferhat Aït Ali, ayant, justement, payé le prix du cavalier seul qu’il s’était autorisé dans la gestion du dossier automobile, entre filière industrielle, importation de véhicules neufs et importations de véhicules de moins de trois ans. Dans ce dernier dossier, le ministre limogé se permettait même des prises de position qui relèvent en priorité de ses collègues des ministères des Finances et du Commerce.
Une autre question se pose, quelles chances réelles pourrait avoir le client visé par la loi autorisant l’achat à l’étranger de véhicules de moins de 3 ans ? Certes, si en plus de ses fervents défenseurs qui applaudissent, et que les différents réseaux intervenant dans cette activité, dont les revendeurs de la devise sur la place publique, peuvent, eux aussi, se frotter les mains, on voit plutôt difficilement le citoyen accueillir à bras grand ouverts une mesure techniquement et logistiquement trop contraignante, notamment avec les mesures sanitaires en cours, mais aussi trop coûteuse lorsqu’il faudra alimenter son compte en monnaie forte achetée au marché parallèle de la devise. Pour payer non pas le seul véhicule acquis, mais une liste d’autres frais, dont ceux de séjour dans le pays de destination.
Une aventure qui ne mérite vraisemblablement pas d’être tentée pour l’écrasante majorité des Algériens, surtout que ces derniers peuvent espérer une meilleure solution avec le retour prochain des véhicules neufs importés par les concessionnaires.