Les usines Renault et Peugeot d’Oran devront consentir de nouveaux investissements s’ils veulent continuer leurs activités de montage en Algérie. Quant au sort des usines Tahkout, Oulmi et Larbaoui, cela dépendra des jugements définitifs.

Beaucoup de citoyens se posent des questions sur les nouvelles conditions d’accès à un véhicule neuf importé ou monté localement ou à une automobile d’occasion de moins de trois ans importée et, surtout, sur la disponibilité de ce produit et à quel prix. Les réponses jusqu’ici fournies essentiellement par le ministre de l’Industrie Ferhat Aït Ali Brahim et les instructions du Président de la République restent partielles. Elles nous donnent, cependant, des indications qui nous permettent d’anticiper les orientations du secteur automobile sans pour autant cerner tous les détails de la configuration nouvelle de la filière. Commençons d’abord par les instructions du chef de l’Etat au gouvernement, contenues dans le communiqué officiel rendu public à l’issue du Conseil des ministres. Le Président de la République a, en particulier, exigé que « l’importation des véhicules neufs soit en provenance du pays d’origine avec lesquels l’Algérie partage des intérêts communs clairs et que l’importateur soit spécialisé en la matière et apporte toutes les garanties de protection de l’économie nationale contre les pratiques négatives du passé ». En clair, ces voitures doivent provenir des pays où sont implantées les usines ou le pays du constructeur, c’est-à-dire notamment de France, d’Allemagne, d’Espagne, de Turquie, voire des Etats-Unis et de Chine et non, par exemple, de zones offshore comme Dubai, une plateforme de transactions occultes. Tous les pays précités sont de grands partenaires commerciaux avec lesquels l’Algérie entretient des relations économiques très denses. Le Président de la République laisse entendre que ces précautions éviteront le phénomène de surfacturations et l’introduction de véhicules non conformes qui étaient pratiquées ces dernières années.
Si ces instructions sont mises en oeuvre, elles auront à l’évidence un impact sur le prix du véhicule (baisse de la valeur du véhicule) et sur la qualité des voitures introduites en Algérie. Le chef de l’Etat insiste sur le fait que ces importateurs doivent être des professionnels, c’est-à-dire qu’ils connaissent bien le métier et qu’ils présentent des garanties notamment de solvabilité et d’éthique. Allusion à l’intrusion auparavant dans cette filière de fraudeurs.

Neufs ou d’occasion, pas à moins de 200 millions de centimes
Le ministre de l’Industrie, lui, a indiqué que les premiers véhicules neufs importés le seront vers la fin de l’année. Pour un spécialiste, ils le seront en 2021, car ces premières opérations d’importations pourront être effectuées après un processus complexe de finalisation du cahier des charges relatif à l’importation de véhicules neufs et des procédures d’agrément des concessionnaires chargés de cette fonction, conformité du dossier avec les conditions des charges et étude des recours. Un processus qui prendra plusieurs mois. Ferhat Aït Ali Brahim a clairement indiqué que les compteurs seront remis à zéro, c’est-à-dire que les concessionnaires qui ont une expérience dans ce domaine, comme M. Achaibou, M. Rebrab et M. Hesnaoui, devront comme les autres être choisis de nouveau par le constructeur comme concessionnaire exclusif et déposer un dossier d’agrément s’ils veulent continuer à importer des véhicules. Le premier responsable du secteur a fixé juillet comme date butoir pour la finalisation de ce cahier des charges. Le Président de la République a ordonné au ministre d’accélérer la finalisation de ce texte, soit en d’autres termes, avant cette date butoir. Tout cela veut dire que d’ici à la fin de l’année, le véhicule neuf sera rare. Il ne faut pas s’attendre à ce que les véhicules de moins de trois ans soient introduits conformément à une disposition de la loi de finances complémentaire 2020 très rapidement. Car le texte interministériel, qui précise les conditions de cette importation, à savoir la conformité du véhicule aux spécifications techniques contenues dans le cahier des charges, n’est pas prêt. Il faut compter aussi le temps entre la commande, le dédouanement et la réception du véhicule. Quant aux prix des véhicules neufs, eu égard aux 10 millions à 40 millions de centimes supplémentaires pour les petites cylindrées au titre des nouvelles taxes prévues par la LFC 2020, il s’avère que le véhicule moins cher en provenance d’Europe coûtera ainsi environ 200 millions de centimes, à moins que les concessionnaires ne fassent de gros efforts pour diminuer leurs marges. Ce qui serait étonnant. C’est à peu près le même prix que le véhicule d’occasion de moins de trois ans qui sera importé en 2020, selon l’estimation de spécialistes du domaine. Ce qui veut dire que le véhicule neuf sera moins disponible et hors de portée d’un grand nombre de citoyens en 2020. Tel est le prix de la cure d’austérité imposée aux Algériens en raison de la dégradation de la situation financière du pays et des conséquences des nouvelles règles reconfigurant la filière automobile.

Reconfiguration et attente
Quant à l’activité de montage véhicules, elle reste au point mort. Elle est suspendue à la finalisation du cahier des charges et du respect de ses dispositions qui paraissent très contraignantes : un niveau d’intégration au départ de 30% et la fabrication de la coque et de la carrosserie localement. Le ministre de l’Industrie indique que le cahier des charges est conçu pour « savoir qui a l’intention de créer une industrie et qui ne l’a pas ». Tout cela veut dire que Renault et Peugeot dans leurs usines vont devoir respecter ce cahier des charges et donc consentir de nouveaux investissements s’ils veulent continuer leurs activités en Algérie. Soit un délai minimum de six à 12 mois dans ce scénario. Tout comme les nouveaux investisseurs dans le domaine. Pour les autres, actuellement détenus en prison, il faut attendre les jugements définitifs. Si les Oulmi, Tahkout et Larbaoui sont condamnés définitivement, ils ne pourront plus exercer leurs activités dans le secteur automobile, dans le dossier d’agrément doit figurer, selon le ministre, le casier judiciaire. Dans ce scénario, leurs usines pourraient être vendues aux enchères au profit du Trésor public.
Le gouvernement table, en somme, sur l’intégration et la constitution d’un tissu de traitance avant l’émergence d’une industrie automobile. Ce qui semble une voie plus judicieuse qui nous éloigne de l’importation déguisée, pratiquée ces dernières années et les détournements des avantages fiscaux opérés par certains oligarques. Mais pour le simple citoyen, la voiture neuve produite localement ne sera disponible que fin 2021, voire 2022, avec une intégration minimale de 30%.
Quant au prix de ces véhicules, à première vue, ils seront chers puisque les exonérations sur ces véhicules et sur les kits sont levées. Une baisse du prix de ces voiture pourraient cependant dépendre des efforts de ces industriels à réduire leurs marges et des progrès dans l’intégration de ces véhicules. <