Durant les cinq premiers mois de 2019, l’Algérie a importé pour plus de 1,548 milliard de dollars de kits (SKD) destinés à cette filière, contre près de 1,405 milliard de dollars à la même période de 2018, soit une hausse de 10,25%, selon la direction générale des Douanes (DGD). Sur toute l’année 2018, l’importation des CKD/SKD destinés au montage de véhicules et l’importation des véhicules de transport de personnes et de marchandises (produits finis) avait dépassé 3,73 milliards de dollars, contre 2,2 milliards de dollars en 2017, soit une hausse de plus 70%. Ainsi, la tendance à la hausse n’est pas près de se renverser. En théorie, ces importations sont destinées à mettre en place une politique cohérente en matière d’industrie automobile. Sur le terrain, cette manière de procéder a détruit plus d’emplois qu’elle n’en a créés et fait flamber les prix des voitures. Et, la situation risque d’empirer, après que l’Etat eut décidé de réduire l’enveloppe destinée à l’importation. En effet, en mai 2019, des décisions avaient été prises par le gouvernement pour faire baisser la facture d’importation des kits CKD/SKD destinés au montage des voitures touristiques, ainsi qu’à la fabrication des produits électroménagers, électroniques et de téléphonie mobile. Une correspondance adressée par la direction générale des Douanes à ses services, précise les quotas d’importation des kits SKD alloués, pour l’année 2019, aux quatre principaux constructeurs automobiles, dont les projets et les programmes de production (modèles) ont été validés par le Conseil national de l’investissement (CNI). Le document indique que le montant alloué à la SPA Renault-Algérie Production (RAP), pour cette année, est de 660 millions de dollars, dont 50% sont destinés aux véhicules d’une cylindrée inférieure à 2.000 cm3. Concernant les modèles validés de ce concessionnaire franco-algérien, la correspondance cite la Renault symbole, la Clio 4 et la Dacia Sandero stepway. Le montant alloué à la SARL Tahkout manufacturing company, a été plafonné, quant à lui, à 360 millions de dollars, dont 50% réservés aux véhicules d’une cylindrée inférieure à 2.000 cm3. Les modèles validés par le CNI de ce concessionnaire sont : Hyundai Tucson, Santarem, Accent RB, Sonata, I10, I 20, et Créta. S’agissant du montant alloué à la SPA Sovac production, il a été plafonné à 600 millions de dollars, dont 50% destinés aux véhicules d’une cylindrée inférieure à 2 000 cm3.
Les modèles validés de ce constructeur algéro-allemand, sont le Caddy, la Golf, la Skoda Octavia et la Seat Ibiza. Enfin, le montant alloué à la SARL Gloviz (KIA) est 380 millions de dollars, dont 50% consacrés aux véhicules d’une cylindrée inférieure à 2 000 cm3.

De l’assurance, mais rien n’a bougé
Trois modèles sont validés au compte de ce constructeur alégro-sud-coréen: la KIA Rio, Cérato et la Picanto. Ce faisant, l’Etat tente de recadrer une industrie lancée sur une base peu cohérente. Il insiste sur le fait qu’il est dans son rôle. L’intervention de l’Etat dans la filière du montage automobile vise à encourager les opérateurs sérieux à poursuivre l’activité et à identifier ceux qui ne remplissent pas les conditions.
L’Etat intervient pour évaluer l’ensemble des partenaires et voir celui qui réunit les conditions pour poursuivre son activité et celui qui ne les réunit pas, a expliqué le directeur général du développement industriel et technologique, Mustapha Hamoudi, dans un entretien à l’APS. A une question sur la limitation de l’importation des kits (SKD/CKD) destinés notamment au montage de véhicules, il a indiqué qu’il n’existe pas un Etat qui constate que ses réserves de change se réduisent à cause des importations effectuées par deux ou trois secteurs et reste les bras croisés. Selon lui, l’activité du montage automobile en Algérie doit être organisée, relevant qu’une vingtaine d’opérateurs activent, actuellement, sur le marché national du montage automobile. Hamoudi a, en outre, indiqué qu’il y avait des aspects dans le décret régissant l’activité du montage automobile qui doivent être respectés pour l’obtention de l’agrément définitif et bénéficier des avantages accordés les pouvoirs publics. Il s’est, par ailleurs, montré rassurant au sujet des entreprises dont les patrons sont en prison, indiquant que « l’Etat n’abandonnera » pas les entreprises se trouvant en difficulté suite à l’incarcération de leurs propriétaires notamment pour des affaires de corruption.
L’Etat a mis en place un dispositif de sauvegarde de l’outil de production nationale avec un comité ad-hoc, présidé par le ministre des Finances. A travers ce dispositif, toutes ces situations seront prises en charge. Il y a, toutefois, un fossé entre ce que le gouvernement dit et ce qui est réellement fait. Ce qui est très inquiétant, c’est que certaines entités de montage sont en difficultés et que les travailleurs ne voient pas le bout du tunnel.