A la découverte, le 10 novembre dernier, par des contrôleurs de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) de graines colorées dans une partie des 30 000 tonnes de blé tendre importées de Lituanie et fournies par un opérateur suisse, il n’en fallait pas plus pour que le ministre de l’Agriculture et du Développement rural Abdelhamid Hemdani décide, sur instruction du Premier ministre Abdelaziz Djerad, de limoger le Directeur général de l’OAIC Abderrahmane Bouchahda en place à ce poste depuis septembre 2019.
Il faut dire que la présence de graines colorées dans la cargaison a vite fait d’éveiller des doutes chez les contrôleurs sur la qualité de la cargaison et décider de son refoulement vers le port d’embarcation. Une opération à la charge du fournisseur comme inscrit dans le cahier des charges de la transaction. Il importe de savoir dans ce sens que l’OAIC n’en est pas, historiquement parlant, à sa première mesure de refoulement. En effet, chaque fois qu’une cargaison montre des signes d’avarie, s’ensuit systématiquement un refus de déchargement et son refoulement sans pour autant culpabiliser le Directeur général ni aller jusqu’à le limoger. C’est pourquoi on peut se demander comment Abderrahmane Bouchahda a été pointé du doigt dans cette mauvaise transaction commerciale à moins qu’il y ait anguille sous roche. A propos de cette mauvaise transaction commerciale pour cause d’avarie, il y a lieu de préciser que les analyses physico-chimiques réalisées par un laboratoire spécialisé de la Gendarmerie nationale à Bouchaoui avaient confirmé, en effet, l’existence d’une substance colorée sur des graines mais en quantité infime par rapport au volume global de la cargaison. De plus, des sources avaient révélé que ladite substance n’était pas nocive à la consommation. Pour revenir à la décision de limogeage du Directeur général en place, des sources concordantes la qualifie « d’étonnante, voire même de curieuse », car selon les sources, le risque d’avarie sur une cargaison est loin d’être nul. « De là à porter la responsabilité sur le Directeur général de ne pas s’être assuré à l’achat que le blé tendre était sain est tout simplement chercher un bouc émissaire, alors que c’est au fournisseur de procéder à une analyse au préalable et de s’assurer également des bonnes conditions », confient nos sources. Un cadre de l’OAIC, contacté par nos soins et qui a tenu à garder l’anonymat, nous a rapporté : « Depuis que l’Office a décidé de revoir le cahier des charges relatif aux conditions d’importation des céréales, notamment de hisser le taux de punaisassions de 1% à 5%, rendant ainsi possible aux blés russe et balte d’être exportés vers l’Algérie, car jusqu’ici leur taux de punaisassions s’élevaient entre 3 et 4%. Autrement dit, le pays a décidé d’élargir sa palette de fournisseurs de céréales primaires, blé tendre, dur et orge. En conséquence, il y a tout lieu de croire qu’une rude concurrence s’est enclenchée entre les fournisseurs de blé d’origine européenne et ceux de blé russe et balte ». Cette source poursuivant dans ce sens : « Les fournisseurs européens vont tout faire pour se maintenir en position de gros fournisseurs sur le marché algérien. A partir de cette donne, l’avarie découverte sur du blé tendre lituanien destiné au marché suppose que c’est tout au bénéfice des fournisseurs européens qui verront là une occasion inouïe de conforter leur position si tant est que l’OAIC va se montrer très vigilant sur la qualité des importations de blé venant des fournisseurs russes et baltes. » Ce ne sont que des supputations qui pourraient se révéler sans fondement. Pour l’heure, ce qui est sûr c’est que les fournisseurs en blé vont se bousculer pour gagner des parts de marché importantes dès lors où les volumes d’importation annuels se situent entre 7 et 10 millions de tonnes toutes céréales confondues. n