Le groupement des concessionnaires automobiles (GCA) multiplie les appels à destination des pouvoirs publics dans l’espoir de trouver une issue à la situation de blocage dans laquelle se trouvent leurs dossiers pour l’obtention d’agrément donnant droit à l’activité d’importations de véhicules neufs.

Par Feriel Nourine
Une semaine après avoir adressé une lettre au président de la République, le GCA a usé de la même démarche pour interpeller, lundi, le médiateur de la République, Brahim Merad, et revendiquer la levée des obstacles auxquels ils sont confrontés depuis de nombreux mois, à travers notamment les révisions à répétition apportées au cahier des charges.
La dernière en date avait été commandée par Abdelmadjid Tebboune lors du Conseil des ministres tenu le 5 décembre dernier, et le nouveau texte devait être prêt avant la fin janvier 2022, avait assuré le ministre de l’Industrie Ahmed Zeghdar, ajoutant que les agréments seront octroyés aux opérateurs concernés dans les plus brefs délais.
Or, le mois de janvier est achevé, et toujours aucun signe ni du cahier des charges révisé ni des agréments. C’est même le silence religieux qu’est en train d’observer le ministère de la tutelle, alors que le comité interministériel mis en place pour étudier les dossiers des opérateurs ne communique plus sur l’avancée de son travail comme elle semblait le faire à son installation.
Après deux années sans véhicules neufs, le marché de l’automobile en Algérie est en train d’amorcer l’année 2022 dans le même flou qui entoure le dossier des importations depuis que cette activité a été réhabilitée par la loi de finances 2020. Le scénario est le même, et les épisodes se suivent et se ressemblent dans un feuilleton qui ne veut pas s’achever.
Un incessant retour en arrière qui empêche les opérateurs éligibles à l’activité de concessionnaire de se lancer concrètement, et prive le citoyen d’un véhicule neuf qu’il ne trouvait aucune peine à acquérir avant la suspension des importations, puis la fermeture des usines d’assemblage qui avaient servi à limiter l’impact de cette suspension.
Et si le GCA a décidé de saisir, cette fois-ci, le médiateur de la République, c’est dans le but que ce dernier puisse convaincre le Président d’ordonner le déblocage de leurs projets comme il l’a fait pour les centaines de projets d’investissements. Lors de la réunion du Conseil des ministres, tenue dimanche, M. Merad a présenté un exposé portant sur la situation des projets en suspens dans différents secteurs, et ce, en exécution des instructions de Abdelmadjid Tebboune, lors du Conseil des ministres tenu le 21 novembre 2021, portant sur le suivi et le traitement, au cas par cas, des projets au niveau national.
Le bilan présenté par le Médiateur de la République fait ressortir la levée des obstacles sur 915 projets, soit une hausse de 38 projets par rapport au bilan présenté lors du Conseil des ministres précédent, et la délivrance de toutes les autorisations nécessaires.
Un exposé que le groupement des concessionnaires n’a pas manqué d’exploiter pour rebondir le lendemain du conseil et appeler le médiateur de la République à plaider leur cause auprès du Président.
«La levée d’obstacles sur plus de 900 projets nous encourage à vous solliciter et vous expliquer notre situation et les nombreux préjudices subis en raison des lenteurs administratives et le non-respect des délais indiqués dans les cahiers des charges 20-227 et 21-227 publiés dans le journal officiel, respectivement le 19 Août 2020 et le 03 Mai 2021, ce qui a causé aux investisseurs de nombreuses pertes», écrit le GCA dans sa lettre ouverte à M. Merad.

Des pertes de près de «1000 milliards de centimes»
Celle-ci porte sur «le cahier des charges qui est modifié à chaque fois» et sur «les agréments non délivrés», mentionne la lettre, soulignant que «ces entraves et ces blocages ont causé des pertes de près de 1000 milliards en centimes liées à la location des infrastructures comme les showrooms, des ateliers d’entretien et de réparation, des magasins de pièces de rechange et des espaces de parking, sans oublier les salaires et les charges sociales».
Une situation carrément catastrophique qui dure et perdure, ajoute-t-on, non sans prévenir des retombées de cette évolution. En effet, si un changement positif n’est pas opéré, «il y aura des pertes d’emploi évalués à 30 000 directs et 120 000 indirects dès lors que les concessionnaires se verront dans l’obligation de retirer leurs dossiers de demande d’agréments et arrêter complètement leurs projets», insiste le GCA.
Le groupement évoque également la situation de la pièce de rechange d’origine, frappée, elle aussi, d’interdiction d’importer et «impliquant un usage fréquent de la pièce contrefaite ou de mauvaise qualité qui pousse à la hausse le nombre de pannes pour les véhicules et d’accidents de la route», écrit-il. <