Perte de chiffre d’affaires, immobilisation de l’outil de production, détérioration de la trésorerie, perte d’emplois, perte de parts de marché : les entreprises nationales n’ont pas fini d’évaluer l’impact qu’elles ont subi à travers les mesures sanitaires mises en place depuis l’arrivée du coronavirus.
Un impact dont les chiffres donnent froid au dos, comme le montre le «Rapport d’évaluation des incidences socio-économiques de la pandémie de covid-19» préparé par le gouvernement.
Se basant sur un échantillon de 3360 entreprises employant 440 000 personnes, et dont les secteurs d’activité n’ont pas été totalement fermés, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale dresse un constat alarmant des retombées multidimensionnelles de la pandémie sur l’environnement socio-économique du pays. Pour preuve, des dégâts engendrés, ce sont 2199 entités, soit 60% des entreprises recensées, qui ont dû procéder à la réduction de leurs activités. Celles-ci emploient 332 932 personnes, soit 76% des effectifs globaux servant d’échantillon pour le ministère enquêteur qui relève également une fermeture temporaire ayant touché 756 entreprises employant 52 367 personnes, alors qu’une fermeture totale a touché 38 entreprises comptant un total de 4264 employés.
En somme, ce sont seulement 4% des entreprises servant d’échantillon qui ont maintenu leur activité en l’état, soit 162 entités seulement, employant tout juste 160 609 personnes, précise la même source, ajoutant qu’outre la réduction des activités et la perte de l’emploi, le marché du travail a subi les effets négatifs des mesures sanitaires, dont le gel des recrutements, le non-renouvellement de CDD (Contrat à durée déterminée) ou encore la compression des effectifs.
La situation s’est également fortement détériorée en matière d’offre et de demandes d’emploi qui ont connu une nette régression de janvier à avril, selon les chiffres de l’Agence nationale de l’emploi (Anem). Ainsi, les demandes d’emploi sont passées de 67 462 cas en janvier à 8 579 cas en avril, alors que les offres sont tombées de 5 423 cas en avril contre 35 890 cas enregistrés au premier mois de 2020. Le rapport souligne à l’occasion que d’autres activités ont été également «fortement impactées», à l’image des métiers spécifiques du cinéma et de la production culturelle «dont le nombre de professionnels activant avoisine 18 500 y compris les indépendants», précise-t-on.
Mais, nettement plus que les secteurs des 400 000 entreprises enquêtées par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, ce sont celles activant dans les secteurs mis à l’arrêt total par le confinement qui ont essuyé le plus dur des revers. Il s’agit, bien sûr, des secteurs du transport et du tourisme (hôtellerie, restauration artisanat) qui ont été mis en veille dès les premiers jours de l’arrivée de la pandémie.
En tête des victimes des mesures sanitaires, Air Algérie a perdu 16,31 milliards de dinars au 30 avril, indique le même document, précisant que les pertes de la compagnie nationale de navigation civile pourraient atteindre jusqu’à 41 milliards DA à la fin de l’année.
De son côté, la Société nationale des chemins de fer (SNCF) évalue ses pertes à 288 millions de dinars dans le domaine du transport de passagers et à 72 millions de dinars dans le transport de marchandises. L’entreprise nationale de transport routier de voyageurs a, à son tour, enregistré une perte de 1,32 milliard de dinars à fin avril dernier, alors que le transport maritime de voyageurs affiche une perte de 792,84 millions de dinars à fin mai en raison de la suspension de la navigation de tous les moyens de transport maritime de passagers.
Concernant le transport de conteneurs et de marchandises, une perte de 156 millions de dinars a été enregistrée. Le groupe Serport a enregistré quant à lui des pertes en chiffre d’affaires de 37.198 millions de dinars. Les entreprises de transport privé n’ont pas été, elles non plus, épargnées par l’impact de la Covid-19. Bien au contraire, elles ont été frappées de plein fouet par les mesures sanitaires, d’autant que celles-ci ont été conjuguées à la vulnérabilité de ces entreprises dont le moteur a cessé de tourner pour quasiment tous les intervenants.
Dans le secteur du tourisme et l’hôtellerie, c’est carrément un état de coma qui a été provoqué par la pandémie. En ce sens, à fin avril, le manque à gagner des hôtels et agences de voyages était estimé à 81,9 milliards de dinars, celui du Groupe hôtelier, tourisme et thermalisme à 81,19 milliards DA, contre 0,02628 MDA pour l’office national du tourisme et 0,09464 pour l’Agence nationale du développement du tourisme. n