Le fléau de la pauvreté, engendré par la pandémie de la Covid-19, risque de toucher 71 millions de personnes qui basculeront dans l’extrême pauvreté, selon les projections de la Banque mondiale.
Ajoutant qu’avec un scénario pessimiste, ce chiffre s’élèverait à 100 millions de personnes, à l’occasion d’une réunion virtuelle d’une quarantaine de chefs de gouvernement et d’organisations internationales. Cette dernière s’est déroulée, mardi dernier, afin de discuter des meilleures mesures qui peuvent être prises pour aider les pays à faible revenu à faire face aux effets socio-économiques dévastateurs de la pandémie de la Covid-19.
Dans ce contexte de précarisation extrême, le programme alimentaire mondial (PAM), annonçait pour sa part une augmentation massive du nombre de personnes souffrant de la faim qu’il prévoit d’aider dans le monde. Les estimations du PAM montrent que le nombre de personnes souffrant de la faim dans les pays où il opère pourrait atteindre 270 millions avant la fin de l’année, soit une augmentation de 82 % par rapport à la période précédant la pandémie.
De son côté, l’Organisation internationale du travail (OIT) sur l’impact de la Covid-19 sur le marché du travail révèle que son impact a été plus sévère que prévu. Le nombre d’heures travaillées dans le monde au deuxième trimestre 2020 a chuté de 14%. En outre, la crise sanitaire du coronavirus a également eu pour conséquences économiques une réduction de l’espace budgétaire en raison de la flambée des dépenses publiques, de la baisse des recettes fiscales et de l’effondrement des flux de devises, touchant plus particulièrement les pays qui dépendent du tourisme et les exportateurs de matières premières. La pandémie menace également la capacité de nombreux pays en développement à rembourser leur dette extérieure et soulève la question d’une possible vague de défauts de paiement sur la dette souveraine.

Appel à l’allègement des dettes des pays en développement
Face à cette situation, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé, mardi dernier, à un nouvel allégement de la dette des pays en développement et à revenu intermédiaire pour qu’ils puissent contenir le coronavirus. «J’espère que l’Initiative de suspension du service de la dette (du Groupe des 20) sera étendue de façon à ce que son champ d’application couvre l’ensemble des pays en développement et à revenu intermédiaire qui en ont besoin. Le secteur privé, y compris les agences de notation, doit être engagé dans les efforts d’aide», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre canadien Justin Trudeau et le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness.
Le premier responsable de l’ONU a aussi vivement encouragé la fourniture de ressources à l’échelle des économies en développement, par l’intermédiaire de la Banque mondiale et d’autres banques multilatérales de développement. Il affirme que les gouvernements doivent disposer des ressources nécessaires pour investir dans la création et le maintien d’emplois, remettre l’éducation et les entreprises sur les rails et aligner leurs budgets sur les Objectifs de développement durable et l’Accord de Paris sur le changement climatique.
La communauté internationale devrait aussi augmenter les ressources disponibles pour le Fonds monétaire international (FMI), notamment par une nouvelle allocation de droits de tirage spéciaux et une réattribution volontaire des droits de tirage spéciaux existants, a suggéré Antonio Gutteres, soulignant que «c’est exactement le genre de crises pour lesquelles le FMI a été créé, pour remettre sur pied les économies en difficulté».

«Un leadership responsable»
Le Secrétaire général de l’ONU a ainsi appelé, mardi dernier, à «un leadership responsable» face à la pandémie de la Covid-19. Il a ainsi exhorté la communauté internationale à mener une action collective pour fournir 35 milliards de dollars américains à l’accélérateur ACT, une collaboration mondiale dirigée par l’Organisation mondiale de la santé pour le développement de diagnostics, de thérapies et de vaccins contre la Covid-19. Sur cette somme, 15 milliards de dollars sont nécessaires immédiatement pour passer d’un démarrage réussi à une mise à l’échelle.
Pour sa part, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a réitéré son appel à «œuvrer ensemble», en déclarant qu’«aucun pays ne peut éliminer le virus Covid-19 tant que tous les pays n’ont pas éliminé le virus Covid-19. Aucun pays ne peut sortir et rétablir la prospérité économique si nous n’avons pas également un rétablissement global de la prospérité économique».
Selon l’ONU, sur les 11 000 milliards de dollars qui ont été dépensés à ce jour à travers le monde pour répondre à l’impact financier de la pandémie de la Covid-19, 88% ont été dépensés par les pays à revenu élevé et seulement 2,5% ont été dépensés dans les économies émergentes et en développement.