Par Nadir Kadi
Le président de l’Association des céramistes algériens (ACA) Moncef Bouderba a fait savoir que le secteur de la fabrication de produits céramiques avait enregistré une perte de chiffre d’affaires de près de 60% depuis le début de la crise sanitaire. Le responsable, invité hier de la Chaîne III, de la Radio nationale, a demandé au gouvernement de mettre en place un «fonds de compensation» pour les secteurs économiques réellement impactés par la crise. Le président de l’ACA a par ailleurs fait savoir qu’en moins de deux ans, 1,8 milliard de dollars de chiffre d’affaires ont été perdus par les professionnels de l’industrie de la céramique, et réclame au gouvernement un nouveau projet de construction de logements sociaux.
Le responsable de l’organisation patronale s’est dit hier favorable à la mise en place d’un fonds de compensation en soutien aux entreprises impactées dans le projet de loi de finance complémentaire : «Un fonds de compensation à plusieurs fonctions (…), combler des déficits qui ont lourdement frappé les entreprises sur les plans financier, social avec l’arrêt des investissements, mais aussi les projections pour les années 2021 et 2022». Moncef Bouderba ajoute dans la même idée que les «modalités» ou les montants alloués devront «être discutés» entre gouvernement, patronat et syndicats. Il explique toutefois que tous les secteurs n’ont pas été impactés de la même manière par la pandémie et les mesures de gestion sanitaire. «Le secteur du médicament a fait un bond sur le plan des investissements (…), les hydrocarbures se remettent sur les rails avec l’augmentation des prix sur le marché international». Quant au secteur que défend l’ACA, c’est-à-dire l’industrie de la céramique, et par extension le bâtiment en général, le responsable de l’ACA explique : «Nous avons souffert cruellement de la crise de la Covid (…) Nous ne pouvons pas transporter la production, les employés ne pouvaient pas accéder aux lieux de production». Une situation dictée par les mesures de lutte contre la pandémie qui ont toutefois été allégées dès juin 2020, explique le responsable, «grâce à l’intervention courageuse du Premier ministre, qui a été sensible à nos messages (…) Nous avons retrouvé une activité normalisée. Nous avons pu tenir nos engagements par rapport aux employés et au marché algérien». Moncef Bouderba demande cependant au gouvernement le lancement «d’un plan de relance de l’habitat social et promotionnel (…) Le promotionnel a continué à fonctionner et a été un palliatif pour nous, mais les grands projets gouvernementaux lancés entre 2018 et 2019 doivent reprendre le chemin de la croissance. Il faut que le gouvernement relance le bâtiment».
Plaidant ainsi pour le secteur du bâtiment en expliquant qu’il est un moteur pour l’ensemble de l’économie, le responsable patronal a également avancé des arguments sur le plan social. Moncef Bouderba rappelle ainsi que le «droit au logement» est inscrit dans la Constitution. «Dès les années 2000, des efforts considérables ont été fournis (…) Plus de trois millions de logements ont été mis sur le marché». Toutefois, le responsable ajoute : «En ce qui nous concerne pour la céramique, nous souhaiterions qu’une deuxième opération de cette importance soit inscrite dans le cadre des dispositions financières du pays».
Une action qui serait nécessaire et même indispensable, souligne en substance le responsable, qui chiffre les pertes enregistrées depuis le début de la crise sanitaire par les entreprises qu’il représente à plus de «60%». En ce sens, rappelant que l’Algérie comptait une soixantaine d’unités de productions classées «céramique» et d’une capacité de production «de près de 600 millions de m², soit 2,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires» Moncef Bouderba déclare qu’aujourd’hui, avec la crise sanitaire «il y a presque 1,8 milliard de dollars parti en fumée».
Abordant par ailleurs la nature des politiques de relance économique qu’il estime nécessaires, le responsable de l’ACA reconnaît que le gouvernement a choisi l’idée de «cohésion sociale» comme priorité dans la répartition de près de 8 600 milliards de dinars dans le projet de loi de finance complémentaire. Il ajoute : «Pour ma part, j’aurais souhaité que la plus grande part revient aux investissements et non au budget de fonctionnement (…) Cela aurait été un signal fort de rupture (…) et qui dirait que le pays s’est converti à l’efficacité économique et aux projets créateurs de richesse et d’emplois». Et dans la même logique, le responsable demande une réouverture de l’économie algérienne en veillant à l’équilibre de l’encadrement juridique : «Tout comme l’on dit que trop d’impôts tue l’impôt, trop de lois peuvent aussi étouffer la liberté d’entreprendre, il faut dire stop à cela». Le responsable de l’ACA a estimé que l’augmentation de «certaines» taxes prévue par le projet de loi de finance complémentaire était une démarche «risquée». «En moyenne, tous les secteurs ont perdu 50% de leur chiffre d’affaires et de leurs bénéfices (…) Qu’allons-nous taxer ? Et pourquoi ? Si c’est pour le bénéfice du budget de fonctionnement, le volet social et pour combler les déficits dans la subvention des produits de première nécessité… cela reposera le problème en 2022 et 2023». <