Le déficit budgétaire crée un excédent de demande qui encourage les importations et donc à amenuiser les réserves de change, explique un expert financier.

La révélation du chef de l’Etat concernant l’état des réserves de change du pays est inquiétante. «Les 42 milliards de dollars qu’accumulent l’Algérie dans ses réserves ne couvrent que 15 mois d’importations», a indiqué le Président de la République. Un répit d’un an et demi. Le premier magistrat du pays ne précise pas, cependant, si cela correspond aux importations de marchandises ou aux importations globales. Il semble bien que la période avancée est celle relative aux marchandises puisque sa facture s’est élevée à 34 milliards de dollars. Le chef de l’Etat ne fournit pas, en ce sens, le niveau d’importations de services qui s’était situé, ces dernières années, entre 10 et 11 milliards de dollars.
Si l’on tient compte de cette facture, la situation financière de l’Algérie serait beaucoup plus grave. En un mot, pour se rendre compte de la situation réelle des finances du pays, il convient de tenir compte de la facture importation de services et globalement du niveau négatif du solde de la balance des paiements. En tout état de cause, les réserves de change ces dernières années s’amenuisent à un rythme de 15 à 20 milliards de dollars. Dans un scénario de laisser-faire, l’Algérie pourrait s’acheminer vers le recours au FMI en 2023. Les économistes sont plus pessimistes. Ils affirment que dans un an, notre pays pourrait se voir imposer une correction ferme de sa politique économique par cette institution financière internationale.
Contacté à ce sujet, un expert financier, qui a requis l’anonymat, estime que cette réduction importante du niveau de nos réserves en devises est le résultat de politiques guère adéquates menées depuis la chute brutale des prix du pétrole en 2014. Il rappelle que l’Algérie disposait, à cette échéance, de près de 200 milliards de dollars. Plus précis, le spécialiste analyse ce phénomène d’amenuisement prononcé des réserves de change. «Notre pays est actuellement en déficit de ressources financières. Le déficit budgétaire de l’Algérie se situe entre 10 à 15% du PIB. Cela crée une demande locale de biens et services favorisée par une rigidité de l’offre. L’excédent de demande encouragé par le déficit budgétaire est satisfait par les importations. C’est le prix à payer des politiques menées jusqu’ici.» A cet égard, il pointe du doigt les limites des mesures administratives décidées pour réduire la facture des importations. Le chantier économique le plus urgent, actuellement, est donc de réduire le déficit budgétaire, d’abandonner une politique d’expansion budgétaire (augmentation des dépenses budgétaires) menée jusqu’ici. En clair, il s’agit de réduire le budget de fonctionnement, via la réduction du train de vie de l’Etat et des subventions.
Cette situation risque de faire fondre de manière plus importante nos réserves en devises, en l’absence de décisions courageuses et de solutions adéquates prises rapidement. «L’Algérie perd trop de temps dans les tergiversations des gouvernants à appliquer des solutions consensuelles proposées par les experts économiques. Elle risque de le payer très cher», a averti le spécialiste. «Nous avons plus en mains un amortisseur important : l’argent du Fonds de régulation des recettes. Il ne nous reste comme amortisseur de crise que les réserves en devises, lorsque nos réserves en devises seront au point zéro, qu’allons-nous faire ?». Une interrogation qui interpelle nos gouvernants.