L’Organisation internationale du travail (OIT) a fait savoir, dans un nouveau rapport publié lundi, que près de 9% des heures de travail ont été «perdues» en 2020 dans le monde. Un chiffre qui équivaut, selon l’OIT, à 255 millions d’emplois à temps plein touchés et qui représente «un nombre quatre fois plus élevé que celui des heures perdues pendant la crise financière mondiale de 2009», alerte l’organisation.

Le rapport, dont les conclusions se basent sur la comparaison des années 2019 et 2020, confirme également les observations faites en Algérie. Le ministère du Travail avait notamment annoncé, à la rentrée 2020, qu’environ 50 000 travailleurs «ont perdu leur emploi de manière provisoire ou définitive», alors que l’Agence nationale de l’emploi (Anem) avait indiqué que les offres d’emploi ont chuté de 39% au cours des huit premiers mois de 2020.
L’étude de l’organisation onusienne explique que ces «heures perdues» concernent à la fois la réduction d’heures de travail, mais surtout les pertes «sans précédent» d’emplois ayant touché 114 millions de personnes. Il est ainsi révélé que 71% de ces pertes d’emplois, soit 81 millions de personnes, sont classées comme «inactivité» plutôt que «chômage». Autrement dit, ajoute l’OIT, ces personnes «ont quitté le marché du travail parce qu’elles n’étaient pas en mesure de travailler» en raison des mesures de restrictions liées à la pandémie ou «parce qu’elles ont cessé de chercher du travail». Le rapport, disponible sur le site de l’Organisation internationale du travail, et intitulé «la Covid-19 et le monde du travail», souligne également que les pertes massives de temps de travail ont entraîné une baisse de 8,3% des revenus du travail au niveau mondial. Une estimation qui ne prend cependant pas en compte les mesures de soutien et de compensation décidées dans certains pays, mais qui équivaudrait à 3 700 milliards de dollars, ou encore 4,4 % du Produit intérieur brut mondial (PIB). Quant aux détails des chiffres constatés par l’OIT, il apparaît que les «jeunes» ont été particulièrement impactés «soit en perdant leurs emplois, soit en quittant la vie active ou encore en retardant leur entrée sur le marché du travail». Les pertes d’emplois dans la tranche d’âge 15 à 24 ans s’élevaient, en effet, à 8,7%, par rapport à 3,7 % pour les adultes. «Cela met en évidence le risque plus que jamais réel d’une génération perdue», met en garde le document de l’OIT.
Même constat en ce qui concerne le travail des femmes, qui ont été davantage exposées à la perte de leurs emplois durant cette crise sanitaire. L’OIT explique ainsi que les perturbations entraînées par la pandémie et les différentes mesures sanitaires, ont entraîné la perte de 5% des emplois occupés par des femmes, contre 3,9 % pour les emplois occupés par des hommes.
Organisation chargée de l’étude de l’évolution du travail dans le monde, l’OIT apporte également ses recommandations pour l’encadrement de la «reprise». Ainsi, il est préconisé d’adopter des mesures ciblées qui devraient «concerner les femmes, les jeunes, les personnes peu qualifiées et les travailleurs faiblement rémunérés, ainsi que les autres catégories de personnes fortement touchées». Les auteurs du rapport recommandent également de privilégier «le dialogue social» afin de mettre en œuvre les stratégies de reprise. «Les signes de reprise économique que nous percevons sont encourageants, mais ils restent fragiles et très aléatoires, et nous devons nous rappeler qu’aucun pays ou aucune catégorie ne pourra s’en sortir seul», souligne le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder. Le même responsable ajoute : «Nous sommes à la croisée des chemins (…) L’un d’entre eux mène vers une reprise économique inégale, non durable, une reprise teintée d’inégalités grandissantes et d’une instabilité croissante, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles crises.» En effet, le rapport de l’OIT appelle à éviter la possibilité d’une reprise où les secteurs les plus touchés pourraient être «laissés sur le côté» de la reprise économique, ce qui conduirait à une augmentation des inégalités si des mesures ne sont pas prises. Le secteur le plus touché reste selon les études de l’OIT, concerne les activités d’hébergement et de restauration, dans lequel l’emploi a baissé de plus de 20% en moyenne. Des secteurs d’activité suivis de près par le commerce et les activités de fabrication. <