L’immigration clandestine continue à faire parler d’elle en Algérie, à travers des harga massives dont les tristes bilans rendent compte régulièrement, et quasiment sans trêve, de l’ampleur que prend ce phénomène chez les Algériens.

Par Feriel Nourine
Sans distinction de sexe, d’âge et même de classe sociale dans bien des cas, ils sont de plus en plus nombreux à s’inscrire sur la liste des partants en quête d’un «destin meilleur» à bord d’embarcations de fortune dont l’aventure tourne souvent au drame collectif qui plonge leurs familles et proches dans le deuil et met les autorités concernées face à une équation sociale de plus en plus difficile à résoudre.
Mais l’immigration clandestine tourne aussi au malheur pour des contingents de ressortissants d’autres pays, notamment en provenance d’Afrique subsaharienne, qui viennent chercher en Algérie une vie qu’ils n’arrivent pas à avoir chez eux. Dernier exemple de cette harga, à laquelle les côtes algériennes servent de point de départ, mais aussi de lieu d’accostage, celui qui a vu les garde-côtes algériens repêcher, samedi, 4 corps noyés et intercepté 13 migrants à bord d’une embarcation ayant chaviré au large des côtes algériennes, selon un communiqué rendu public hier par le ministère de la Défense nationale.
Dans le cadre des missions des garde-côtes du Commandement des Forces navales, notamment à caractère humanitaire, deux unités de recherche et de sauvetage relevant du Groupement territorial des garde-côtes d’Alger et un hélicoptère de recherche et de sauvetage des Forces navales ont procédé, le 16 octobre 2021, au sauvetage de 13 immigrants clandestins et au repêchage de 4 corps d’autres migrants noyés suite au chavirement de leur embarcation à 16 miles nautiques au nord de la ville d’Alger», indique le MDN. Même si le communiqué ne précise pas la nationalité des victimes et des migrants interceptés, tout porte à croire qu’il s’agit d’une énième tentative de harga d’Algériens vers l’Europe. Principale destination de ces derniers, l’Espagne dont les côtes sud sont en train d’assister à une montée sans précédent de traversée en provenance de l’Algérie, principalement à partir des côtes ouest. Entamée au début de l’été dernier, la ruée d’Algériens vers l’Espagne se poursuit toujours, gagnant même en nombre. Ces derniers partent, en effet, par centaines, vers ce pays, dans des embarcations légères où sont entassés hommes, femmes, personnes âgées, enfants en bas âge et même des nouveau-nés.
Selon le journaliste espagnol Ignacio Cembrero, «près de 1 900 migrants irréguliers sont arrivés par la mer en Espagne dans la semaine du 27 septembre au 3 octobre». Ce dernier a précisé, sur son compte Twitter, que 72% d’entre eux venaient de l’Algérie, soit 1 368 personnes, 21% du Maroc et 7% d’autres nationalités. Et de souligner que «jamais la proportion d’Algériens n’avait été si élevée», sachant que «jusqu’à septembre, l’immigration a augmenté de 51%», a expliqué le journaliste espagnol. De son côté, l’activiste Francisco Jose Clemente Martin, du Centre international d’identification des migrants disparus (CIPIMD), signale régulièrement les embarcations et le nombre de migrants qui atteignent l’Espagne. Il signale également les embarcations portées disparues en haute mer. L’été dernier, il avait signalé l’arrivée de milliers de migrants clandestins algériens en Espagne, dont plus de 2 200 harraga recensés pour le seul mois de juillet. Le 4 septembre, près de 200 migrants algériens ont été interceptés par les garde-côtes espagnols, puis
1 000 autres, le 20 du même mois, selon la même source.
Parmi ces derniers se trouvaient une femme enceinte et ses cinq enfants, ou encore, un handicapé sur un fauteuil roulant dont les images avaient fait le tour des réseaux sociaux. Ces harragas font partie des milliers d’Algériens qui risquent chaque année leur vie, et celle de leur progéniture, en haute mer, après avoir ramassé une petite fortune (900 000 dinars) pour payer des transporteurs sans scrupule. <