Le ministre de l’Education nationale Mohamed Oudjaout a convié hier les syndicats du secteur pour tenter d’annuler le préavis de grève des 9, 10 et 11 mai courant et désamorcer un mouvement social ascendant. Qu’en sera-t-il à la fin ? Les organisations syndicales sont partagées entre prudence, réserves, refus et conviction surtout que seul le Premier ministre est en mesure de faire avancer les négociations sur leurs revendications socio-professionnelles.

Par Milina Kouaci
La série de concertations que vient d’engager le ministre de l’Education nationale Mohamed Ouadjaout avec les syndicats du secteur ne s’annonce pas aisée si elle n’est pas précocement vouée à l’échec au vu des réticences qu’affiche le partenaire social, dont la composante souhaite plutôt un dialogue direct avec le Premier ministre Abdelaziz Djerad.
Et pour cause. Certaines organisations syndicales ont carrément décliné l’offre de dialogue, à l’image du CLA, alors que d’autres sont plutôt sceptiques bien qu’elles aient accepté le principe de prendre langue avec la tutelle. C’est le cas du Snapest qui s’est rendu, hier, au ministère, mais dont la rencontre ne semble pas avoir convaincu son coordinateur, Meziane Meriane.
Le coordinateur national du Syndicat national des professeurs d’enseignement secondaire et techniques (Snapest) Meziane Meriane a indiqué, au sortir du ministère, que cette rencontre entre dans le cadre des négociations suite au dépôt de préavis de grève pour les 9, 10 et 11 mai courant. «Nous savons d’office que la tutelle ne pourra pas répondre à nos revendications», dit M. Meriane, convaincu que leurs revendications relèvent de la compétence de la chefferie du gouvernement. Les deux parties, ministère – Snapest, ont discuté de la situation du secteur et du préavis de grève déposé dernièrement, affirme notre interlocuteur. «Les portes du dialogue sont fermées depuis plus d’une année, c’est tout à fait normal et logique que les fonctionnaires du secteur observent des grèves et des contestations», dit M. Meriane.
Le Conseil des lycées d’Algérie (CLA) a, pour sa part, rejeté l’offre de dialogue en informant, dans un communiqué rendu public, avoir décliné l’invitation de sa tutelle pour une réunion qui devait avoir lieu hier. Ce syndicat exige, en effet, des «négociations sérieuses qui déboucheraient sur des engagements concrets et également rompre avec les dialogues infructueux». «Nous sommes persuadés que cette réunion ne sera qu’une formalité et nous constatons l’absence d’une réelle volonté pour la concrétisation des revendications à travers les déclarations du Premier ministre» qui avait dénoncé l’exploitation abusive et arbitraire de l’action syndicale, et qualifiant les revendications soulevées «d’irréalisables». «Nos revendications sont les mêmes. Nous n’avons pas besoin de les rabâcher à chaque reprise», ajoute la même source.
Le CLA, qui refuse la menace des ponctions sur salaires à l’encontre du personnel protestataire, reproche à la tutelle de «tergiverser» à dépêcher des commissions d’enquête dans plusieurs wilayas pour statuer sur la réalité du secteur. Mais, contrairement au CLA, les corps communs refusent de mettre la charrue avant le bœuf. Le Syndicat national des corps communs et ouvriers professionnels de l’Education (Snccopen), qui n’a pas reçu pour le moment d’invitation pour le dialogue, compte répondre à l’invitation lorsqu’elle lui parviendra. «Ce que nous n’acceptons pas est que la tutelle se focalise uniquement sur le statut particulier de l’enseignant comme l’avait ordonné le président de la République. Nous avons deux autres corporations des corps communs et des ouvriers professionnels qui attendent une issue positive à leurs doléances», dit Ali Bahari, président du Snccopen. Cependant, de par son expérience, M. Bahari manifeste son «pessimisme» sur l’issue du dialogue avec la tutelle.
Quant aux directeurs des écoles primaires, qui se sont retirés de la réunion avec les responsables du secteur, lundi dernier, ils indiquent que le problème «ne réside pas dans le nombre de rencontres, mais dans leur apport».
«Depuis octobre, nous avons eu plusieurs rencontres avec Mohamed Ouadjaout, mais qui n’ont abouti à rien», déplore Abdelkrim Gaïd, président du Syndicat national des directeurs des écoles primaires (Snadep). «Je suis lassé de répéter à chaque fois les mêmes revendications et je ne trouve pas d’intérêt à aller voir les responsables du secteur sans que les choses ne bougent d’un iota», clame M. Gaïd. Il reproche à la tutelle de ne pas avoir «de volonté politique» pour régler leurs problèmes socioprofessionnels qui se posent dans le secteur depuis plusieurs années.