Après les dissensions entre membres des fédérations et leurs propres présidents ou entre présidents des fédérations et le Comité olympique algérien (COA), on remarque ces derniers jours l’apparition sur les réseaux sociaux d’une campagne de dénonciation initiée par plusieurs athlètes sous le hashtag #balancezvotrefédération où ils fustigent la gestion de leurs responsables fédéraux.

Parmi les principales raisons évoquées par les athlètes on notera le mauvais choix des responsables techniques avec l’accord des présidents; le manque de préparation et, bien sûr, l’absence du nerf de la guerre : les finances. La dernière réaction d’athlètes contre leur président de la Fédération a été celle de trois karatékas de la sélection féminine qui ont dénoncé le comportement de la Fédération suite à leur exclusion du championnat d’Afrique. Il s’agit de Selma Bedja, Kamilia Hadj Saïd et Yasmine Mouloud. Cinq fois championnes d’Afrique, les trois athlètes déclarent être étonnées de voir leurs noms absents de la liste des participants au prochain tournoi pour leur permettre défendre leurs titres respectifs. Elles ne comprennent pas, surtout, le fait de choisir la sélection B au détriment de la sélection A. De son côté, le président de la Fédération de karaté répond par communiqué en indiquant, entre autres, que «la Fédération confirme son soutien à la DTN et ses compétences à sélectionner les athlètes qui représenteront l’Algérie lors des manifestations et tournois internationaux…». C’est également le cas du jeune entraîneur d’aviron Nabil Chiali qui a posté sur sa page Facebook une vidéo où il dit tout haut les maux qui gangrènent le sport algérien. Un cri d’alarme en direction des responsables pour « sauver le sport ». Cette situation rappelle bien celle des boxeurs qui ont refusé d’entamer un stage de la sélection nationale, demandant au président de la fédération de la discipline de changer le sélectionneur national, l’entraîneur Brahim Bedjaoui. Ce que le président refuse catégoriquement.

De plus, et auparavant, des membres de son bureau fédéral ont manifesté leurs désapprobation de la désignation des nouveaux staffs techniques et directeur technique nationaux.

Des athlètes en colère, un fait pas nouveau

Et c’est ce qui a valu au président de la FAB d’être suspendu au mois de mai 2017par le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS). Deux mois plus tard, soit au mois de juillet 2017, qualifiés pour les championnats du monde de natation de Budapest, Souad Cherouati et Oussama Sahnoune dénoncent tous les deux, sur leur page Facebook, la mauvaise gestion et le manque d’accompagnement de la Fédération algérienne de natation pour la préparation de cette compétition internationale. Les 2 athlètes dénoncent le manque de moyens et l’accompagnement de la Fédération algérienne de natation pour la préparation des championnats du monde et accusent la fédération d’avoir préféré payer le voyage et le séjour à Budapest pour des nageurs non qualifiés pour la compétition. Interrogés, les nageurs détaillent les conditions déplorables dans lesquelles ils ont du se préparer alors que Mohamed Boughadou, le président de la Fédération, se défend sans pour autant réfuter les accusations des deux athlètes.

On se rappelle également les réactions de deux de nos prestigieux athlètes, à savoir le décathlonien Larbi Bouraâda qui avait fustigé le responsable du COA, Brahmia, lors des JO  de Rio.

Bouraâda et la critique au vitriol du COA

Concernant sa préparation pour les JO de Rio 2016, Bouraâda a une nouvelle fois souligné qu’il n’avait pas eu trop de temps pour effectuer une bonne préparation afin de bien figurer sur la piste brésilienne. «Nous n’avons pas pu préparer convenablement les JO de Rio. Je n’ai pas eu assez de stages, même si c’est vrai que j’ai fait quelques jours (45 jours) de préparation en Espagne et au Portugal pour participer aux Championnats du monde de septathlon, mais sans plus», dira Bouraâda avant d’ajouter, accusant le COA: «Il y a eu plusieurs problèmes qui m’ont handicapé et ce n’est pas la fédération d’athlétisme qui en est responsable, puisque c’est le Comité olympique qui doit veiller à la bonne préparation des sportifs pour les JO.»

Quand Taoufik Mekhloufi s’attaque au MJS, au COA et à la FAA

Et lors de ces mêmes JO de Rio, Taoufik Makhloufi, le double médaillé d’argent à ces jeux Olympiques de Rio, dans l’épreuve du 800 m et celle du 1 500 m, n’avait pas mâché ses mots à l’issue de sa participation à sa seconde finale. Il s’était attaqué avec véhémence aux responsables des sports, soit le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS), le Comité olympique algérien (COA) et aussi la Fédération algérienne d’athlétisme (FAA). Il faut dire que l’enfant de Souk-Ahras a bien vidé son sac. «L’État algérien a dégagé des moyens considérables pour aider les athlètes à se préparer dans les meilleures conditions. Malheureusement, certains responsables du sport en Algérie, à tous les niveaux, n’ont pas été à la hauteur de la mission qui leur a été confiée. Ils ont déçu le peuple algérien et les pouvoirs publics», avait déclaré Makhloufi à la presse présente à Rio au stade olympique Joao-Havelange. «Ces personnes utilisent leur poste de responsabilité pour réaliser leurs intérêts personnels contre celui des sportifs. J’ai souffert pendant quatre ans depuis mon titre olympique de Londres, alors que dire des autres athlètes anonymes ? Le gouvernement a alloué de gros moyens pour aider les athlètes algériens, mais ces personnes ne pensent qu’à leurs intérêts, et le résultat, on le constate lors de ces jeux Olympiques. Il faut que ces responsables se réveillent», a-t-il ajouté. «Ils ont essayé de me nuire par tous les moyens. Ils m’ont donné des miettes alors que je suis un champion olympique depuis quatre ans. Les sportifs algériens présents à Rio auraient pu faire mieux, malheureusement, ces responsables ont tout fait pour porter la responsabilité de l’échec de la participation algérienne aux athlètes. Ils ont même douté de ma participation aux JO et certains d’entre eux se sont empressés sur les plateaux de télévision pour me dénigrer ou dire des contrevérités», a-t-il confié. On remarque ainsi que chaque année, des athlètes sortent de leur mutisme, risquant de compromettre leurs carrières, pour dénoncer la mauvaise gestion de leurs responsables fédéraux. Il est donc temps de revoir tout le système de gestion des sports dans notre pays pour trouver des solutions adéquates. 

On n’omettra pas de citer le football car les dettes des clubs dits professionnels s’accumulent depuis des années avant que la LFP et la FAF ne décident d’appliquer enfin la réglementation. Le dernier scandale du CR Belouizdad qui a perdu sur tapis vert en est la parfaite illustration de la décadence, non seulement du football national, mais de tous les sports en Algérie. Des journées d’études sur la gestion et la répartition équitable des aides de l’Etat seront les bienvenues pour tenter de régler cette problématique selon les spécificités de chaque fédération.