La décision prise par les pouvoirs publics de fermer les frontières est vécue comme un véritable drame par de nombreux Algériens qu’ils soient actuellement bloqués à l’étranger ou en Algérie. A l’exemple, parmi tant d’autres, de ces étudiants inscrits dans les universités russes, mais qui n’arrivent pas à les rejoindre pour cause de «fermeture des frontières avec l’Etat russe».

Par Feriel Nourine
Le nombre de ces étudiants dépasserait les 300, selon leur représentant, Hichem Djaker, qui tente d’alerter une nouvelle fois les autorités concernées par cette situation, dans l’espoir d’une solution qui permettrait à tout ce monde de rejoindre ses amphithéâtres et autres salles de cours en Russie. Ceci d’autant qu’après avoir eu la possibilité de poursuivre leurs cours en ligne durant le premier semestre de l’actuelle année universitaire, ces étudiants ont été obligés par les responsables de leurs universités de renouer impérativement avec les cours en présentiel dès l’entame du second semestre, le 8 février dernier. Obligation qu’ils n’ont pu accomplir depuis, même s’ils ont entrepris toutes les démarches possibles pour convaincre les pouvoirs publics d’intervenir et de débloquer leur situation.
En ce sens, une semaine avant cette date, «nous avons été reçus par un haut responsable du ministère des Affaire étrangères, qui nous a conseillé d’écrire au ministère de l’Enseignement supérieur, ainsi qu’au ministère de l’Intérieur et à la présidence», explique Hichem Djaker, dans une lettre adressée à notre rédaction par e-mail. Soulignant que le responsable chargé de cette affaire au niveau du ministère de l’Enseignement supérieur «nous a demandé de lui fournir les justificatifs nécessaires qui prouvent que nous sommes des étudiants en Russie» et que cela a été fait le 21 février 2021, avant que les documents ne soient fournis au ministère des Affaires étrangères qui s’est chargé de les transmettre à l’ambassade d’Algérie en Russie, le 11 mars suivant, lit-on dans la lettre.
Des étudiants délégués par leurs dizaines de camarades ont même été reçus par le Médiateur de la République Karim Younès, début février dernier. «Il nous a promis de nous aider, mais jusqu’à aujourd’hui aucune réponse», regrette le même représentant, avant de noter que «depuis la fin mars, la Russie a ouvert ses frontières à quelques étudiants étrangers des autres pays, au total plus de 30 pays», «malheureusement, l’Algérie ne figure pas sur la liste des étudiants étrangers qui peuvent rejoindre la Russie», relève-t-il encore.
Les étudiants algériens en Russie estiment qu’ils ont été «délaissés», contrairement à d’autres étudiants algériens vivant dans d’autres pays (France, Belgique, Tunisie…) «qui ont pu rejoindre leurs universités sans problème», souligne la même lettre, avant d’évoquer également les cas des «influenceurs, youtubeurs, instagramers et joueurs) qui, eux aussi ont voyagé le plus normalement du monde». Et de s’interroger sur le pourquoi de cette «inégalité», synonyme de calvaire pour les étudiants bloqués en Algérie. «Tous les jours, nous sommes confrontés à des problèmes avec nos universités, des étudiants doivent impérativement rejoindre leurs universités pour assister à des travaux pratiques, d’autres pour passer des examens, des étudiants en première année de langue qui doivent apprendre la langue russe pour passer en deuxième année et poursuivre leurs études et à la fin des étudiants qui sont en stage pratique au sein des entreprises russes qui doivent soutenir leurs thèses cette année», insiste Hichem Djaker.
Une situation que vivent de nombreux autres Algériens, notamment ceux bloqués à l’étranger, en attente d’une reprise des vols de rapatriement et de la réouverture des frontières qui tardent à venir.
Parmi ces derniers, deux catégories seulement sont désormais autorisées par le ministère des Affaire étrangères à rejoindre le pays, en l’occurrence les citoyens bloqués en Turquie et en France, mais qui «doivent accompagner les dépouilles mortelles de leurs proches parents (ascendants, descendants et collatéraux) dans la limite de quatre personnes», selon une note fraîchement adressée aux ambassades d’Algérie dans ces deux pays par la Direction générale des affaires consulaires et de la communauté nationale à l’étranger du ministère des Affaires étrangère, rapporte le site 24Hdz.
Les consuls généraux dans ces deux pays ont été instruits de «procéder à la délivrance des autorisations d’entrée, à titre exceptionnel, au profit des citoyens bloqués en France et en Turquie désirant rejoindre le territoire national par les compagnies étrangères».
La seconde catégorie autorisée à rentrer au pays concerne les citoyens bénéficiaires des autorisations de sortie et de retour délivrées par les services du Premier ministre ou du ministère de l’Intérieur pour des raisons médicales et ayant achevé leur période de traitement dans l’un de ces deux pays, poursuit la même source. Précisant que pour les deux catégories, les retours au pays se feront à bord d’avions de compagnies étrangères, sachant que les appareils d’Air Algérie affectées aux dessertes internationales sont cloués au sol depuis le début mars dernier.
La semaine dernière, la compagnie nationale de navigation aérienne a publié un communiqué dans lequel elle a informé ses clients d’un «programme adapté» mis à leur disposition en prévision de la réouverture des frontières. Lequel programme reste néanmoins tributaire de la décision des pouvoirs publics concernant cette réouverture.