Incompréhension et mécontentement ! Les modalités d’entrée au pays ne plaisent pas à la diaspora. Crise sanitaire ou pas, les Algériens de l’étranger souhaitant rentrer pour leurs familles ou leurs affaires sont partagés sur les restrictions anticovid imposées aux frontières et avant leur séjour. Après une longue attente, certains les considèrent trop contraignantes, voire répulsives et espèrent un assouplissement.

PAR INES DALI
Après l’annonce des mesures sanitaires conditionnant l’entrée en Algérie suite à l’ouverture partielle des frontières aériennes, les ressortissants algériens à l’étranger sont partagés entre ceux qui demandent que les autorités concernées revoient certaines conditions, ceux qui attendent plus de clarifications et ceux qui les acceptent. Si les mesures éditées sont loin de faire l’unanimité, ce sont pourtant celles «demandées par les spécialistes depuis des mois», révèle le président de la Société algérienne d’infectiologie, le Dr Mohamed Yousfi.
Loin de rassurer une bonne partie des Algériens à l’étranger et voulant entrer au pays après plus d’une année de fermeture des frontières, les nouvelles conditions sanitaires émises par le gouvernement sont qualifiées par nombre d’entre eux de dissuasives, et ce, sur plusieurs plans. Ils ont vivement réagi au test PCR devant être fait à l’entrée au pays, au confinement de cinq jours imposé à tout voyageur et au test PCR à effectuer à la fin de chaque confinement, le tout à la charge du passager.
Pour eux, s’ils doivent présenter un test RT-PCR datant de moins de 36 heures avant la date du voyage, pourquoi alors effectuer un autre dépistage dès leur entrée en Algérie ? Sur ce point, des associations de la communauté algérienne à l’étranger, au nombre de 23, ont réagi en demandant à ce que les 36 heures soient rallongées à 72 heures, car cela serait «difficile d’être respecté par les voyageurs qui résident dans les pays lointains, comme le Canada, les Etats-Unis et la Malaisie, où les tests doivent être obligatoirement validés par les autorités sanitaires, ce qui prend du temps», ont-ils fait savoir hier dans un communiqué. A noter, toutefois, que la réouverture partielle des frontières aérienne ne concerne pas encore ces pays, la reprise des vols devant s’effecteur, dans un premier temps à partir du 1er juin, seulement de et vers la France (Paris et Marseille), la Turquie (Istanbul), l’Espagne (Barcelone) et la Tunisie (Tunis).
Pour une bonne partie de ceux qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux, s’acquitter des frais inhérents aux tests RT/PCR et au confinement va coûter très cher, cela d’autant qu’il y a obligation de s’acquitter des frais avant l’embarquement, donc à l’avance. Ils s’interrogent également sur la tarification des 5 jours de confinement dans un hôtel. Ce sont autant de questions auxquelles ils attendent des réponses des pouvoirs publics dès que possible pour qu’ils puissent bien organiser et programmer leur voyage.
Leurs questionnements ne s’arrêtent pas là et concernent certaines catégories, comme les étudiants et les ressortissants qui sont restés bloqués dans les pays étrangers. Ce sont deux catégories qui, selon toute vraisemblance, n’ont pas de quoi honorer à l’avance les frais à engager pour pouvoir entrer en Algérie. Ils se demandent alors si le gouvernement ne pourrait pas faire des exceptions pour ces personnes vu leurs cas. Les ressortissants résidents à l’étranger qui veulent passer leurs vacances en Algérie et qui n’ont qu’un court congé sont, eux, assez en colère. Ils affirment que déjà l’année dernière, ils n’ont pas pu venir à cause des conditions imposées, en Algérie et ailleurs, par la pandémie de coronavirus et refusent de voir leur «congé amputé de cinq jours de confinement». Ils estiment qu’un test RT/PCR négatif serait largement suffisant.

Des questionnements subsistent
Par ailleurs, un autre élément non cité dans le communiqué préoccupe les ressortissants algériens. Les personnes vaccinées sont-elles tenues de se confiner aussi ? Pour cela, les 23 associations de la communauté algérienne à l’étranger estiment qu’il serait inutile de les confiner et demandent aux pouvoirs publics de prendre en considération leur vaccination, laquelle devra être prouvée bien sûr, comme elles demandent la levée d’autres conditions, à l’instar des autorisations d’entrée ou de sortie du territoire national. Des clarifications sont, par ailleurs, attendues sur «la programmation des vols dans chaque pays» et «combien de vols par jour». D’autres points sont soulevés par ces associations à l’adresse des autorités du pays. Elles demandent «un plafonnement des prix des billets vers l’Algérie au vu de l’effroyable hausse constatée après l’annonce de l’ouverture des frontières», et qu’«une date soit fixée et communiquée concernant l’ouverture des frontières maritimes pour soulager l’aérien».
En attendant que certains détails soit communiqués par la compagnie nationale Air Algérie, à savoir la programmation des vols, les prix des billets, les tests et les hôtels affectés, les ressortissants algériens à l’étranger attendent donc que le gouvernement revoie quelques-unes des mesures prises, et d’autres lancent «une campagne» appelant carrément à «boycotter» le retour en Algérie. Une campagne qui ne sera pas suivie par tous, puisqu’il y en a qui disent avoir «attendu tellement longtemps qu’il ne faut pas trop chicaner» maintenant qu’ils peuvent rentrer. Il convient de rappeler que les 23 associations de la communauté algérienne à l’étranger ont rendu public un communiqué il y a quelques jours dans lequel elles demandaient l’ouverture des frontières algériennes pour permettre aux Algériens de voyager au pays. Elles s’étaient engagées à respecter les mesures sanitaires qui seraient mises en place et à mener une campagne de sensibilisation auprès des voyageurs.

Dr Yousfi : «Nous avons appelé à la mise en place de ce protocole»
Contacté pour avoir son avis par rapport aux conditions et protocole sanitaire mis en place pour l’entrée des voyageurs en Algérie, le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie, a déclaré : «C’est ce que nous avons demandé nous les spécialistes, depuis plusieurs semaines, depuis plusieurs mois. C’est le protocole sanitaire que nous avons demandé à mettre en application comme cela se passe pour les voyageurs dans tous les pays du monde, en fonction de la situation épidémiologique». Il a tenu à rappeler que c’est le fait qu’il n’y ait pas eu ces mesures sanitaires dès le début qui a fait que les variants de Covid-19 ont pu être introduits en Algérie.
Revenant sur le fait d’avoir toujours plaidé pour que les Algériens aient «le droit de retourner au pays», il a soutenu que «dans ce droit, il y a aussi le droit de la protection sanitaire de nos concitoyens, il faut préserver le droit des uns et des autres», ajoutant que «les conditions émises par le Premier ministre sont tout-à-fait logique et que ce n’est pas propre à l’Algérie».
En tant qu’infectiologue et scientifique, il estime également que «c’est le minimum que devait faire l’Algérie. Nous sommes dans une situation sanitaire exceptionnelle de pandémie, donc automatiquement, il faut appliquer le protocole sanitaire que nous spécialistes demandons et imposons. C’est ce que j’ai toujours dit avant même que le Comité scientifique de suivi de la pandémie ne le valide». Il a souligné, par ailleurs, que les conditions émises sont pour «la sécurité sanitaire du voyageur et pour les plus de 40 millions d’Algériens que nous sommes», tout en notant que «les mêmes conditions sont acceptées lorsqu’elles sont émises par d’autres pays» en donnant un exemple concret, celui du Canada.
Concernant les personnes vaccinées qui ne sont pas citées dans le communiqué du Premier ministère et qui, selon toute vraisemblance, seront, elles aussi, soumises aux conditions émises dont le confinement de cinq jours, il estime que c’est peut-être pour qu’il ait «une équité par rapport aux autres voyageurs non vaccinés, car la vaccination n’est pas encore à un stade ayant touché le maximum de personnes pour pouvoir appliquer pour le moment» un traitement spécial aux gens vaccinés. Il a souligné que cela n’est pas encore appliqué dans beaucoup de pays, car beaucoup de voyageurs n’ont pas eu accès au vaccin.