La permanisation de près de 60 000 enseignants contractuels de l’Education a fait réagir les «normaliens». Plusieurs rassemblements ont été observés hier au niveau de différentes écoles normales supérieures. Les protestataires, qui estiment être prioritaires dans le recrutement dans le secteur de l’éducation, expriment leurs «préoccupations» des conséquences d’une démarche qui réduirait leurs chances de trouver des postes libres en fin de cursus.

PAR MILINA KOUACI
Si la décision prise à l’issue d’un Conseil des ministres du dimanche 11 décembre portant titularisation «immédiate» de 59 987 enseignants contractuels du secteur de l’éducation a été favorablement accueillie par le ministère de tutelle et son partenaire social, elle a eu l’effet contraire chez les normaliens.
En effet, les étudiants des écoles normales supérieures ont observé des grèves et des rassemblements au niveau des 11 établissements, notamment de Kouba et Bouzaréah (Alger), Constantine, Sétif, Béchar et Ouargla. Les protestataires ont brandi des pancartes sur lesquelles ont pouvait lire «Des garanties de recrutement direct», «La priorité des normaliens dans le recrutement» ou encore «L’Education n’est pas un secteur d’absorption de chômage».
Les protestataires estiment que la démarche du président de la République porte atteinte à leurs droits d’être recrutés directement après la fin de cursus se disant «prioritaires» dans l’octroi des postes d’enseignant dans les trois paliers, et ce, en vertu d’un contrat qui les lie au ministère de l’Education nationale. Le ministère de l’Education nationale s’engage, en effet, à recruter l’étudiant signataire de ce contrat dès la fin de son cursus. Ainsi, les étudiants protestataires des écoles normales supérieures appellent au respect des clauses du contrat qu’ils ont signé ainsi que des objectifs pour lesquels ils sont formés. A Laghouat, les normaliens ont carrément menacé d’entrer en grève ouverte. La section locale de l’Union nationale des étudiants algériens (Unea) a observé une grève suivie d’un rassemblement pour dénoncer la décision de titularisation des enseignants contractuels. Dans un communiqué rendu public, l’Unea explique que la permanisation de près de 60 000 enseignants contractuels porte atteinte de «façon directe aux normaliens en diminuant les chances de trouver des postes libres après». «Nous perdons le bénéfice du poste d’emploi au profit des contractuels», regrette l’Unea.
D’ailleurs, pour l’excédent des ENS, le ministère a recours au détachement pour assurer le travail en dehors du palier, tout en maintenant la classification. A ce propos, cette organisation estudiantine n’a pas écarté la possibilité d’aller vers une grève ouverte si des garanties ne leur sont pas formulées.

Les doctorants et magister appellent à un recrutement direct
La titularisation des enseignants contractuels de l’Education a, également, fait réagir les titulaires de doctorat et magister qui réclament à leur tour un recrutement direct dans le secteur de l’enseignement supérieur. La section de Tizi Ouzou de la Coordination des étudiants et titulaires de doctorat et de magister a réclamé «le droit à l’intégration directe», pour déficit de l’encadrement pédagogique et scientifique. La Coordination estime que les détenteurs des diplômes de magister et de doctorat sont formés pour occuper le poste d’enseignants chercheurs. Un poste obtenu suite à un concours national après que les universités aient exprimé leurs besoins en matière d’enseignants chercheurs. Ladite Coordination explique que les universités ont recours aux vacataires pour pouvoir assurer la continuité de l’encadrement pédagogique et scientifique.

Une décision historique pour la coordination des enseignants contractuels
De son côté, la coordination des enseignants contractuels s’est félicitée de la titularisation immédiate de l’ensemble des enseignants contractuels, affirmant que cette décision «historique» «rend justice à cette catégorie et renforcera la stabilité dans le secteur». Le représentant de la coordination Zoheir Merabet a salué dans une déclaration à l’APS cette décision qui témoigne, a-t-il dit, de la «vision éclairée et judicieuse du président de la République en vue de la relance du secteur de l’Education nationale en assurant à l’enseignant un climat adéquat».
Cette décision permettra, poursuit le même intervenant, de garantir «la stabilité du parcours professionnel de l’enseignant et l’amélioration de ses conditions sociales pour pouvoir ainsi accomplir parfaitement ses missions». Félicitant les enseignants contractuels, M. Merabet a proposé le «lancement d’une plateforme permettant aux enseignants contractuels cette année de renseigner leurs informations», relevant «qu’en cas de vacance de postes, la priorité doit être accordée aux enseignants ayant exercé en tant que contractuels, tout en programmant des visites d’inspection pour les titulariser».
Le membre de la même coordination, Ismail Oudie, qui a exercé pendant dix ans en tant que contractuel, s’est félicité de cette décision qui «mettra fin aux souffrances des enseignants contractuels, notamment dans les régions reculées, non desservies par le transport, et permettra à l’enseignant de jouir d’une stabilité socioprofessionnelle», a-t-il dit. Il rappellera, par là même, les problèmes de versement des salaires dont pâtissaient les enseignants contractuels ces dernières années, soulignant que la décision de titularisation permettra à cette catégorie de «profiter pleinement de tous ses droits».
Pour rappel, dès l’annonce de la titularisation immédiate de 59.987 enseignants contractuels du secteur de l’Education, le ministère de l’Education nationale a installé une commission centrale chargée de l’encadrement et du contrôle de la mise en œuvre efficace de cette mesure. Le ministre du secteur, M. Abdelhakim Belaabed a salué à cette occasion, «la décision stratégique, importante et sage prise par le président de la République, une décision qui permettra d’apporter davantage de stabilité au secteur». <