En attendant l’acquisition d’un vaccin contre le nouveau coronavirus, l’annonce de la vaccination gratuite dans cette situation de pandémie est une démarche saluée, qui va dans le sens de ce qu’a toujours entrepris l’Etat en matière de prévention, de l’avis des professionnels de la santé qui estiment, par ailleurs, qu’il ne faut pas se précipiter pour passer commande, car cela permettra d’avoir plus de recul sur plusieurs plans, notamment les effets secondaires et l’efficience de l’antidote.

Pour le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), la gratuité de la vaccination «serait une bonne chose». «Dans une situation pareille de pandémie, on ne peut qu’aller dans ce sens. C’est une bonne démarche», a-t-il déclaré à Reporters, tout en soulignant que l’une des missions clairement énoncées dans les Constitutions de notre pays, depuis des décennies, est la gratuité des soins, d’où, ajoute-t-il, «tout ce qui relève de situations en rapport avec la santé publique et le volet préventif est à la charge de l’Etat. Comme il y a gratuité de la vaccination des enfants, je pense que dans une situation pareille, on ne peut qu’aller dans le sens de la gratuité de la vaccination ant-Covid-19». C’est un avis que partage le Dr Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) qui a tenu à rappeler que «l’Algérie, où les soins sont gratuits depuis toujours», est un pays dont «la politique en termes de vaccination, que ce soit pour les enfants (calendrier vaccinal) ou même pour les adultes, a toujours été la gratuité concernant la large vaccination», notant, dans ce sens, que le pays a déjà eu les félicitations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à ce propos.
A la question de savoir s’il serait recommandé de passer commande pour un vaccin ou attendre, sachant que plusieurs pays l’ont déjà fait, les présidents des syndicats médicaux soutiennent tous deux qu’il ne faut pas être dans la précipitation. «Il ne faut pas se précipiter, ça nous permettra d’avoir un peu plus de recul concernant l’efficacité, les effets secondaires, etc., sans oublier que les organismes de contrôle dans les pays où les vaccins sont annoncés, comme la FDA aux Etats-Unis ou l’organe du médicament européen, n’ont encore validé aucun vaccin, de même qu’aucun vaccin n’est encore en distribution», selon Dr Yousfi. Le président du SNPSSP fait encore remarquer qu’outre les laboratoires qui ont déjà communiqué sur leurs vaccins, il y en a d’autres qui pourraient le faire et cela permettrait d’avoir un choix plus large, sans oublier que l’Algérie est dans l’initiative Covax. Les pays qui achèteront les premiers le vaccin, a-t-il encore noté, sont ceux qui ont contribué au financement des recherches des laboratoires producteurs.
L’Algérie multiplie les contacts et les consultations avec les laboratoires et pays fabricants et fera son choix au moment qu’elle jugera opportun, cela d’autant que «pour l’instant, il n’y a pas encore suffisamment d’informations», de l’avis du Dr Merabet. La seule communication sur les vaccins «vient des fabricants, donc il y a intérêt. Il faut attendre que les autorités sanitaires de l’Union européenne, des Etats-Unis, mais aussi de l’OMS s’expriment officiellement sur les vaccins». Pour lui, il faudrait s’organiser maintenant sur le plan logistique car, note-t-il, «la vaccination c’est les aires de stockage à mettre en place, la chaine de froid à respecter, les moyens de transport, la distribution, les unités de vaccination… Il restera, ensuite, à définir les doses et les assurer». Dans ce sens, il faut savoir que les premières doses seront destinées aux personnes prioritaires, comme l’ont déjà souligné les membres du Comité scientifiques de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. A ce sujet, Dr Merabet estime qu’il est clair que la vaccination ne va pas concerner toute la population et que, dans un premier temps, seront concernées les personnes âgées, les personnes ayant des maladies chroniques y compris les enfants malades, ainsi que les professionnels de la santé qui sont exposés à un risque de contamination important, eux qui comptent dans leur rang près de 120 décès et plus de 7000 cas confirmés de coronavirus. «Nous avons besoin de ces professionnels de la santé car lorsqu’ils sont malades, ils sont démobilisés. En outre, nous avons besoin de personnel soignant qui accompagne toutes les situations sanitaires, car il n’y a pas que le Covid-19», a-t-il dit, ajoutant que les corps comme ceux de la Protection civile, de la police, gendarmerie et l’armée, il est évident qu’ils doivent être vaccinés, comme cela se passe tous les pays.
Les personnes âgées et malades chroniques sont également prioritaires car, explique-t-il, lorsqu’on revient aux statistiques de cette pandémie depuis son début, en Algérie et ailleurs, la majorité des malades qui ont compliqué ainsi que les décès se trouvent parmi cette frange.
Pour sa part, Nouredine Bouderba, ancien syndicaliste et spécialisé en questions sociales, a déclaré à propos de l’annonce de la gratuité du vaccin anti-covid19 en Algérie : «Je tiens à saluer cette juste et clairvoyante décision». Il ajoute, toutefois, revendiquer «la gratuité (ou avec une participation minime des citoyens) pour les tests, le scanner, le traitement, les bavettes et le gel hydro-alcoolique ainsi qu’une aide sociale adéquate à tous les travailleurs qui ont perdu totalement ou partialement leur salaire ou revenu» et, pourquoi pas, un fonds de solidarité anti-Covid-19.
De son côté, Dr Yousfi estime que la Caisse nationale de sécurité sociale devrait avoir un rôle à jouer dans cette situation de pandémie et plaide pour que le citoyens qui passe un test PCR ou un scanner pour Covid-19 chez le privé soit remboursé au prix réel. Pour lui, il est grand temps, par ailleurs, que la CNAS actualise la nomenclature des remboursements. n