Les travailleurs de l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (Eniem) rejettent l’arrêt technique auquel ils ont été soumis par le Conseil d’administration de l’entreprise. Ils ont tenu à l’exprimer en grand nombre dès hier, au premier jour de l’entrée en vigueur de ce plan social, en organisant une marche de protestation partie de leur usine de Oued Aïssi (Tizi-Ouzou) vers le siège de la wilaya au chef-lieu de Tizi-Ouzou où ils ont observé un sit-in.
Une délégation représentant les travailleurs, affiliés à l’UGTA, union locale zone industrielle Oued Aïssi et union de wilaya, a été reçue par le wali à qui elle a rendu compte de la situation qui prévaut à l’Eniem, accusant le PDG Djillali Mezouar et son staff d’être les responsables du «marasme» que traverse cette entreprise. C’est pourquoi, en plus de manifester son refus de la décision du Conseil d’administration, la délégation a exigé le départ de ces mêmes responsables. Elle a également demandé l’élection d’une nouvelle section syndicale, en remplacement de celle en place dont le mandat a expiré, ainsi que l’élection d’un nouveau Comité de participation dont le mandat arrive à terme.
Le premier magistrat de la wilaya de Tizi-Ouzou a promis de saisir le ministère de l’Industrie pour l’envoi d’une commission à l’usine de Oued Aïssi. En attendant, les travailleurs ont insisté sur le rejet de l’arrêt technique et promis de retourner aujourd’hui sur leur lieu de travail.
Lundi, M. Mezouar a expliqué à l’APS que le recours à l’arrêt de travail a été imposé par «la rupture de stock de matière première au niveau de l’ensemble des ateliers». Il a pointé du doigt «les banques qui ne fournissent pas de crédits pour l’approvisionnement en matière première».
Ce sont ces mêmes motifs qui ont été mis en avant par le Conseil d’administration pour justifier sa décision. Dans la note adressée aux travailleurs le même jour, leur annonçant la mise au chômage technique, du 1er au 31 décembre, il a été écrit que pareille mesure a été prise face à «la persistance du blocage de la banque pour l’octroi des crédits nécessaires pour le financement des approvisionnements, la rupture des stocks des matières premières entraînant de fait l’arrêt de la production et l’abrogation de la production de l’électroménager à partir de collections CKD».
Ce sont, en fait, les mêmes problèmes financiers et d’approvisionnement qui persistent au sein de l’entreprise publique d’électroménager depuis le début de l’année et qui avaient déjà conduit à un arrêt technique en février dernier, avant que la tutelle n’intervienne auprès de la Banque extérieure d’Algérie (BEA) pour un crédit de 1,1 milliard de dinars destiné à l’achat de kits CKD-SKD. Ce montant a permis à l’entreprise «d’assurer la production jusqu’à octobre dernier», a encore indiqué son PDG, précisant que, toutefois, «la banque a déjà débité l’entreprise de 730 millions DA sur les 1,1 milliard de DA sus-cités avant même l’expiration de l’échéance de 9 mois», contractée dans leur accord. Il a ajouté qu’«un lot de marchandises importées par l’entreprise se trouve bloqué au niveau des Douanes en raison de l’absence d’autorisation d’importation et d’exploitation de la matière première en CKD-SKD».
La direction de l’entreprise se réunira à la fin de cette période d’arrêt des activités «pour décider des suites à donner à cette décision selon l’évolution de la situation» a, en outre, fait savoir le même responsable.
Une évolution qui risque de faire durer le conflit opposant les travailleurs de l’Eniem à son staff dirigeant. A moins que le département de Ferhat Aït Ali ne décide d’intervenir pour une solution efficace. Non pas pour le seul conflit, mais pour une entreprise qui est en train de livrer des signes évidents d’extinction. <