«Que les autorités nous disent pourquoi tous les autres commerçants ont été autorisés à rouvrir sauf nous, alors que nous sommes censés être tous régis par la même réglementation», s’est offusqué un commerçant de boissons alcoolisées à Béjaïa lors du second rassemblement tenu, la semaine écoulée, par les professionnels de cette activité suspendue depuis fin mars dans le cadre du confinement décidé contre la propagation de la Covid-19.
Ce cri traduit, en effet, le sentiment d’«exclusion» qu’éprouvent les commerçants de boissons alcoolisées qui parlent d’une situation intenable, compte tenu de la longue durée de l’inactivité dans laquelle ils se retrouvent depuis plus de cinq mois. Une inactivité d’autant plus décriée que les autres activités ont été autorisées à reprendre depuis le 15 août, s’indignent les professionnels de cette activité fortement impactée par les mesures de confinement.
«C’est une situation intenable. Nous n’en pouvons plus. Plus de 5 mois sans la moindre entrée d’argent, c’est trop pour nous», clament les commerçants de cette activité, qui guettent le moindre signe annonciateur de la reprise tant attendue. «Ce qui est pénalisant, c’est le fait que ceux qui exercent cette activité continuent de s’acquitter des factures d’impôts et du loyer pour certains, alors que l’activité est à l’arrêt», témoigne Hakim, employé chez un vendeur de boissons alcoolisées à El Harrach. «Heureusement que le propriétaire n’est pas du genre à abandonner ses travailleurs. Bien que nous n’ayons pas bossé depuis fin mars, nous avons été payés comme s’il n’y avait pas arrêt de travail», souligne-t-il, faisant remarquer que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Interrogé sur les répercussions de cette fermeture qui dure sur le marché, notre interlocuteur évoque une véritable prolifération de la distribution informelle, qui aurait atteint, selon lui, des proportions plus qu’inquiétantes et légitimant des interrogations quant à l’identité des parties qui profitent de cette situation paradoxale où la vente des boissons alcoolisées est officiellement suspendue, alors que sa vente informelle ne cesse de prospérer sans que cela fasse bouger les autorités publiques. «Cette décision de suspendre le commerce des boissons alcoolisées a ouvert un grand couloir pour la vente informelle qui a prospéré ces derniers mois dans toutes les régions du pays», ajoute notre source, d’où, estime-t-il, la nécessité de revenir aux normes et de faire l’effort pour un meilleur encadrement de l’activité en tenant compte des exigences sanitaires. «C’est une mesure absurde, qui n’a fait que pénaliser l’activité et créer de nouveaux chômeurs», selon notre interlocuteur, lequel évoque la ressemblance de cette activité avec celles des restaurants et cafés qui ont repris du service sans que cela constitue un facteur aggravant de la crise sanitaire. Cette difficulté à trouver une explication convaincante à la mesure des autorités publiques ouvre manifestement la voie à d’autres interprétations qui évoquent des «calculs politiques, voire des visées idéologiques», soutient notre interlocuteur qui regrette le manque d’organisation parmi les professionnels de cette activité.
Il pointe également l’attitude des différentes organisations du secteur du commerce qui prétendent défendre les intérêts des commerçants, alors qu’elles «se sont étrangement rangées dans un silence assourdissant» au moment où une activité commerciale n’a pas été incluse dans les activités autorisées à rouvrir. n