La rue gronde à nouveau à Ouargla. Cette fois-ci, ce n’est pas pour demander des postes de travail ou s’opposer à l’exploitation du gaz de schiste, mais pour exiger l’annulation d’une activité culturelle que devait animer une armada de chanteurs algériens connus du public.

Les appels lancés, ces derniers jours, sur les réseaux sociaux pour une mobilisation citoyenne contre l’organisation d’une semaine culturelle au théâtre de verdure de la ville ont fini par avoir un écho sur le terrain. Jeudi soir, après la prière du maghreb, des centaines de personnes ont marché depuis les mosquées vers le théâtre de verdure pour demander l’arrêt immédiat des soirées artistiques initiées par les autorités publiques. Pancartes et banderoles à la main, les manifestants ont demandé aux habitants de la ville de bouder l’activité, a indiqué à Reporters une source locale. Effectivement, aucune personne n’a osé franchir l’entrée de l’édifice culturel, réceptionné l’an dernier. N’ayant pas d’autre choix, les organisateurs de l’événement ont cédé à la pression de la rue en annulant les activités prévues. Pour marquer leur détermination, les manifestants ont fait la prière d’el aicha ensemble sur la voie publique, avant de se disperser dans le calme. Présents en nombre sur les lieux, les policiers se sont contentés d’organiser la circulation routière et éviter tout acte de violence. Aucun incident n’est à signaler, rassure notre source. «La manifestation s’est déroulée dans le calme absolu. Les services de sécurité présents sur les lieux ne se sont pas intervenus pour empêcher la manifestation. Les organisateurs de l’action ont nettoyé les lieux à la fin de la manifestation», indique-t-on. Quant aux raisons de cette action de protestation qui a brisé le calme de la capitale des hydrocarbures en ce mois de fortes chaleurs, notre contact nous dira que les manifestants voulaient tirer la sonnette l’alarme sur l’état dans lequel se trouve leur ville. «Les manifestants disent que leur ville a besoin de piscines pour les enfants, de CHU pour les malades, de postes de travail pour les milliers de chômeurs de la région et non de galas artistiques pour lesquels l’Etat a mobilisé des milliards de dinars», explique notre source. Pour les protestataires, en ce mois de chaleur il faut ouvrir des piscines et renforcer du réseau d’électricité pour éviter les coupures qui font vivre le calvaire aux habitants de la ville la plus chaude d’Algérie. Contacté par nos soins la figure emblématique des mouvements sociaux à Ouargla, Tahar
Bellabbes, nous dira que le Comité des chômeurs de Ouargla n’a pas pris part à cette action. «Nous n’avons pas participé à cette manifestation, mais nous tenons à exprimer notre solidarité avec les revendications exprimées par les marcheurs», a-t-il précisée. Pour lui, il est légitime de demander une amélioration du cadre de vie à Ouargla qui connaît, selon lui, une dégradation continue sans toutefois remettre en cause le droit d’organiser des galas artistiques.

Le reste du programme annulé

La soirée artistique que devaient animer, hier soir, Cheb Bilal et Cheba Zehouania et d’autres artistes, a été tout simplement annulée. La décision a été annoncée hier, pendant la journée, par les organisateurs de l’événement. La nouvelle a vite fait le tour des réseaux sociaux. Des internautes de la région ont qualifié cette décision «de victoire», d’autres se sont interrogés sur la véritable identité des meneurs de ce mouvement qui prend de l’ampleur, sur les réseaux sociaux notamment Facebook. D’autre part, des appels pour empêcher des activités culturelles similaires ont été lancés. La réussite de l’action de Ouargla a donné l’idée à plusieurs activistes dans d’autres wilayas pour lancer des mouvements de protestation contre l’organisation d’activités artistiques. Des appels ont été lancés sur Facebook pour empêcher un gala artistique programmé jeudi prochain dans la ville d’El Oued. Un gala que devrait animer Cheb Bilal, Cheba Zehouania et Kader le japonais. D’autres appels ont été lancés pour faire de même, mais cette-fois-ci dans la ville de Sidi Bel-Abbès, où devait se tenir une représentation consacrée à la chanson du raï. Béchar également a été de la partie puisqu’elle a été la première wilaya où ce genre d’incidents ont été signalés.