Ras-le-bol chez les taxieurs inter-wilayas. Non seulement ils s’étonnent que l’aide financière de l’Etat soit soumise à l’obligation de paiement des cotisations de l’affiliation à la Casnos, mais dénoncent aussi le laxisme des pouvoirs publics devant la multiplication des taxis clandestins. Devant cette situation, la Coordination des chauffeurs de taxi de la wilaya d’Alger, à l’instar d’autres wilayas, appelle à un sit-in de protestation à la gare routière de Caroubier lundi 19 octobre. «En agissant ainsi, nous voulons nous faire entendre par la tutelle et les pouvoirs publics. D’abord, nous refusons de nous soumettre à l’obligation de paiement de cotisation à la Casnos pour pouvoir bénéficier de l’aide financière de l’Etat de 30 000 DA aux taxieurs inter-wilayas impactés par la crise sanitaire, conformément à la décision ministérielle du 12 septembre dernier, et aussi pour dénoncer la présence d’une station de taxi informel près de la gare routière du Caroubier sans que les pouvoirs publics ne réagissent», explique à Reporters Hocine Aït Braham, président de la Fédération des taxieurs de la wilaya d’Alger. Ce dernier, contacté hier par nos soins, révèle «la condition de se mettre à jour dans le paiement de cotisation empêcherait près de 95 % de taxieurs de pouvoir bénéficier des indemnités décidées par le président de la République au profit des métiers impactés par la Covid-19». Poursuivant : «C’est totalement absurde de nous demander d’être à jour dans nos cotisations à la Casnos alors que nous sommes en cessation d’activité depuis le mois de mars dernier», s’est-il indigné. D’autres syndicalistes, que Reporters a pu approcher, témoignent qu’on leur a demandé de fournir les copies de la mise à jour de leur affiliation à la Casnos relative aux années 2019 et 2020. «La plupart d’entre nous dispose de la copie 2019 mais aucunement des mois de mars et la suite de 2020 pour la raison évidente que les taxis inter-wilayas sont depuis mars à l’arrêt», argumente l’un d’eux.
Par ailleurs, du côté de la Coordination des transporteurs, on juge, comme chez les autres fédérations du secteur, que l’organisation d’un sit-in s’imposait car, selon ces dernières, c’est l’unique moyen de faire entendre les revendications des taxieurs qui, à ce jour, n’ont pas été satisfaites. Entre autres, le problème des licences d’exploitation et d’un statut aux exploitants de taxi et aux transporteurs. Toujours à ce propos, le bureau national de ladite coordination affirme toutefois qu’elle «maintient les portes du dialogue ouvertes» avec les autorités concernées ainsi que le ministère des Transports.
Contacté également par Reporters hier, le président de l’Union algérienne des transporteurs (Unat), Mohamed Bellal, s’est dit ne pas être au courant de l’organisation d’un sit-in pour le 19 octobre courant. Ce qui paraît tout à fait étonnant mais c’est aussi une preuve du manque de coordination entre les organisations du secteur des transports de personnes. Cela dit, le président de l’Unat ne s’est pas empêché de s’exprimer sur la difficile situation que traversent les taxieurs inter-wilayas. Du coup, ce responsable juge qu’il est grand temps d’autoriser les taxieurs à reprendre la route. Pour ce dernier, l’argument avancé jusqu’ici de ne pas autoriser le retour à l’activité des taxieurs tant que les risques de contamination existent ne tient plus la route. Il lance aux partisans de cette thèse que «de nombreux pays où la pandémie persiste avec comme conséquence des centaines de nouveaux cas au quotidien, ont décidé de laisser en activité le transport inter-régional à l’image du rail alors que chez nous, bien que la pandémie est de plus en plus maîtrisée, on continue à ne pas se prononcer sur la question. Pis encore, comme si de rien n’était au moment où des taxieurs traversent des situations financières des plus difficiles».
Sur la question des taxieurs clandestins de plus en nombreux, le président de l’Unat déplore qu’ils continuent de prendre place près des stations en toute impunité, alors qu’il est demandé aux taxieurs de prendre leur mal en patience. «N’est-ce pas là une forme d’injustice à l’égard des taxieurs», s’offusque-t-il. Et de lâcher enfin : «Je n’arrive pas à comprendre comment on tolère toute cette activité informelle près de la station officielle des taxis inter-wilayas ?» Disons enfin que lors du sit-in de lundi prochain, les taxieurs auront à cœur de se faire entendre. n