Le mouvement de protestation des médecins résidents, entamé en octobre dernier, vient de faire un saut vers l’inconnu. Déterminé à ne faire aucune concession sur sa plateforme de revendications, le Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra) s’engage dans un nouveau bras de fer avec les pouvoirs publics.

Voulant faire pression sur les députés, qui discutent depuis dimanche le projet de loi sur la santé, les médecins résidents ont tenté, hier, d’organiser une marche vers le siège de l’Assemblée populaire nationale (APN). Venus des 13 facultés de médecine du pays, les résidents ont été empêchés d’atteindre leur objectif par l’important dispositif sécuritaire mis en place. Des bousculades ont été signalées par des témoins autour du siège de l’APN. Cernée de partout, la foule s’est dirigée par la suite vers la place Emir Abdelkader à Alger-Centre en vue d’y tenir un sit-in. Là encore, l’intervention des services de sécurité ne s’est pas fait attendre. Bilan : des dizaines de médecins résidents ont été embarqués de force dans les fourguons de la police. Selon le représentant du Collectif autonome des médecins résidents algériens, Hamza Boutaleb,  « des manifestants ont été tabassés et embarqués dans des autocars par les forces de l’ordre présentes sur place ». Il affirme que les téléphones portables des personnes arrêtées ont été confisqués par la police. Face à cette situation, Hamza Boutaleb exprime son inquiétude. « L’une des personnes arrêtées souffre d’une fracture au niveau du bras », affirme-t-il, tout en expliquant que les résidents ont juste voulu marcher pacifiquement de la place Emir Abdelkader jusqu’à l’APN. « On réclame que les détenus soient libérés immédiatement », exige-t-il.
Sur son compte twitter, Camra indique :
« Des centaines de résidents ont été violemment arrêtés par la police suite à une manifestation massive contre le nouveau projet de loi de la santé. » L’organisation indique aussi que des médecins résidents arrêtés ont été abandonnés hors le territoire de la wilaya d’Alger. « Nous sommes sans nouvelles de plusieurs dizaines qui ont été déportées hors d’Alger », note la même source. Elle ajoute : « Les éléments de la Sûreté nationale ont procédé à la confiscation de tout matériel de prises de photos ou vidéos y compris celui des journalistes présents à l’Assemblée nationale ».

Service civil maintenu dans le projet de loi sur la santé

Le choix des médecins résidents d’aller manifester devant le siège de l’APN est loin d’être fortuit. Et pour cause. C’est dans ces locaux que se discute, actuellement, le projet de loi sur la santé. Ce dernier, contrairement aux attentes, a maintenu le caractère obligatoire du service civil.
Ce qui a provoqué la colère des médecins résidents qui militent depuis 2011 pour sa suppression. Des députés de l’opposition, notamment ceux du FFS et du PT, ont appelé au retrait pur et simple de ce projet de loi, jugé « trop » favorable au secteur privé et ouvrant la voie à la réduction du rôle de l’Etat dans la prise en charge médicale des patients algériens. Une accusation que rejette en bloc le ministre de la Santé qui affirme que la gratuité des soins est consacrée par le projet de loi en question.

Pas de gardes ni de service minimum à partir du 1er mai
Par ailleurs, le Camra a annoncé, hier dans un communiqué, sa décision de boycotter les gardes et le service minimum à partir du 1er mai prochain. Tous les médecins résidents du pays sont appelés, à compter de cette date, à ne plus observer de gardes dans les services des urgences quelle que soit la structure de santé publique.
« Suite à l’amère constatation avec la tutelle et suite aux agissements arbitraires et illégales de l’administration de l’hôpital et dans le cadre de durcissement de notre mouvement de contestation et vu la situation financière très délicate des résidents les mettant dans l’incapacité de subvenir aux frais de transports pour rejoindre leur lieu de travail, nous vous informons que la présence des résidents dans les points de garde ne sera plus assurée à partir du 01/05/2018 », a indiqué le Camra. Il justifie le recours à une telle action, notamment par le gel des salaires des médecins résidents par les administrations des Centres hospitalo-universitaires à la demande du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. Avant d’annoncer cette décision, les médecins résidents ont tenu des assemblées générales dans toutes les facultés de médecine du pays, durant lesquelles ils ont opté à la majorité écrasante pour le durcissement de leur mouvement en arrêtant d’assurer le service minimum et les gardes.
Cette mesure, si elle entre en vigueur, aura des conséquences graves sur la prise en charge des malades dans les centres hospitalo-universitaires. Souffrant déjà d’un manque de personnel médical en raison de la fuite des médecins spécialistes vers le secteur privé, mais aussi vers l’étranger, les malades hospitalisés dans les CHU risquent tout simplement de se retrouver livrés à eux-mêmes à partir du 1er mai prochain. <